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La crainte démesurée de prendre le volant et de conduire un véhicule s’appelle l’amaxophobie, et elle peut gâcher la vie quotidienne d’une personne. Quelles sont les causes de cette phobie ? Quelles sont les solutions pour s’en débarrasser ? Les conseils de Rodolphe Oppenheimer, psychanalyste.
L'essentiel
Résumé par l’IA, validé par la Rédaction.
Avoir peur de prendre le volant et ne plus conduire, cela peut être sans conséquence sur la vie quotidienne. Mais parfois, la phobie empêche la personne de faire des choses importantes. Heureusement, il existe des traitements pour vaincre sa peur.
Définition, symptômes : qu’est-ce que l’amaxophobie ou la phobie de conduire ?
La peur démesurée de conduire est l’amaxophobie. Au volant, la personne amaxophobe peut développer des symptômes tels qu’une accélération du rythme cardiaque, une transpiration excessive, une impression de boule dans la gorge, une difficulté à respirer, un pic de stress voire une crise d’angoisse ou une crise de panique… Elle peut ressentir une sensation de solitude et de vide lors d’une situation anxiogène sur la route et craint également la perte de contrôle.
La phobie de conduire peut aussi être liée à d’autres troubles proches de l’amaxophobie tels que l’acrophobie, l’agoraphobie, la décidophobie…
D’une simple appréhension à un réel handicap au quotidien
L’intensité de la phobie est très variable : certaines personnes ne ressentent cette anxiété que dans des situations de conduite très précises (entrée ou sortie d’autoroute, tunnel, embouteillage…), alors que pour d’autres il s’agit d’une angoisse difficile à dépasser et d’un réel handicap au quotidien. Comme toute personne phobique, celle-ci finit en effet par adopter un comportement d’évitement afin de conduire le moins possible, voire plus du tout.
L’amaxophobie du passager existe aussi
En fonction de la sévérité du trouble, la personne amaxophobe peut développer ces symptômes si elle est au volant, mais également sur le siège passager ou lorsqu’elle s’approche d’une voiture. Certaines personnes sont amaxophobes uniquement lorsqu’elles se trouvent sur le siège passager. Elles ressentent une forte anxiété car elles ne peuvent pas avoir le contrôle du véhicule.
79 % des Français seraient concernés par cette phobie
Selon la première enquête de prévalence de l’anxiété de la conduite menée en France en 2021 (source 1), cette phobie serait très fréquente et toucherait 79 % des Français. 15,6 % considèrent que cette anxiété est difficile à vivre.
Pourquoi a-t-on peur de conduire ? Quelle est l’origine de cette phobie ?
Il existe plusieurs causes à cette anxiété de la conduite. Tout d’abord un manque de confiance en soi et/ou en ses capacités à conduire peut entraîner la peur de faire une erreur de conduite, d’avoir ou de créer un accident de la route.
Autre cause possible : la personne a vécu un événement traumatisant lié à la voiture ou à la conduite. Un individu qui a subi un accident de voiture ou qui a vu un accident de voiture pourra développer ce type de phobie (même s’il n’a pas été blessé ou seulement témoin de la scène). Ou encore, l’apprentissage de la conduite a été une expérience compliquée et la personne n’est pas à l’aise au volant (difficultés, moniteur peu pédagogue…).
C’est le cas de Carolina, 39 ans : « il y a des moments où j’ai vraiment honte. À presque 40 ans, ne pas avoir pu accompagner ma mère à l’hôpital quand elle était soignée pour un cancer du sein m’a fait remettre en question ma peur de conduire et m’a donné envie de la débloquer ». Il faut souvent un déclic tel que celui de Carolina pour passer le cap et engager une thérapie.
Traitement : comment se débarrasser de la peur de conduire grâce aux thérapies ?
Il n’est pas question de dire que tous les phobiques du volant doivent se soigner. Par exemple, Marie, 57 ans, explique : « Mon mari était chauffeur routier, et il s’est fait retirer son permis. Quand je conduisais, j’avais l’impression de prendre sa place… et de faire du mal à mon couple. J’ai développé une véritable angoisse à prendre le volant. Je me suis longtemps forcée et puis j’ai laissé tomber : je préfère ne plus conduire et que mon couple aille bien… d’autant que, vivant dans une grande ville, je n’ai pas un besoin impératif de voiture ».
De nombreuses personnes vivent très bien sans conduire, comme Marie, mais quand l’amaxophobie devient un handicap au quotidien, des thérapies parfois rapides peuvent aider : les thérapies comportementales et cognitives (TCC) donnent de bons résultats dans le traitement des phobies. Vous pouvez aussi faire appel à un psychologue spécialisé dans le traitement des phobies, ou encore essayer l’hypnose, etc. Le but est de trouver la psychothérapie qui vous convienne.
Des techniques de relaxation pour apprendre à contrôler le stress peuvent être apprises et appliquées avant un pendant un pic de stress. Par exemple, des techniques de respiration, la sophrologie, la méditation, l’ancrage, la visualisation positive…
Des cours ou des stages en auto-école
Certaines auto-écoles proposent également des stages avec un formateur et un psychologue pour aider les personnes à sortir de cette phobie handicapante au quotidien. Si vous ne souhaitez pas forcément réaliser un stage, avez-vous envisagé de reprendre quelques heures de cours de conduite, histoire de vous remettre dans le bain ? Peut-être que des années après, avec un moniteur qui vous met à l’aise, votre peur aura diminué.
Comment soigner le syndrome de l’autoroute grâce à la réalité virtuelle ?
Dans cette veine des thérapies comportementales, il existe la thérapie par réalité virtuelle. De quoi s’agit-il ? Pour en parler, nous avons rencontré le psychanalyste et comportementaliste Rodolphe Oppenheimer, qui traite par réalité virtuelle de nombreuses phobies.
Cela marche pour la peur de conduire comme pour la peur de prendre un ascenseur, de parler en public, etc. Pour “venir à bout” d’une phobie, il faut compter en moyenne une quinzaine de séances de réalité visuelle, qui dure chacune 45 minutes. Ces chiffres sont variables d’une personne à l’autre : pour une, dix séances suffiront, pour une autre il en faudra peut-être vingt.
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Qu’en sera-t-il pour Carolina, citée en début d’article ? Arrivera-t-elle à conduire de nouveau ? "Il m’arrive souvent de faire des rêves où je prends le volant facilement et je me dis "tiens, tu vois, tu y arrives !", nous raconte-t-elle. "En attendant, comme mon mari n’a pas le permis non plus, la voiture ne fait pas partie de notre quotidien. Un jour je m’y mettrai. D’ici là, je veux offrir un stage de permis intensif… à mon mari !"
Renseignements sur la thérapie par réalité virtuelle
- Plusieurs hôpitaux (Assistance publique - Hôpitaux de Marseille, Centre Hospitalo-universitaire de la Pitié-Salpêtrière à Paris, Hospices civils de Lyon…) proposent dans leur service psychiatrie des prises en charge de phobies par réalité virtuelle. Les séances sont alors prises en charge par la Sécurité sociale.
- Certains psychiatres sont équipés du matériel et peuvent proposer des consultations avec éventuellement feuille de soins.
- Des psychologues et des psychanalystes équipés du matériel proposent des séances de thérapie non prises en charge. Comptez alors 60 à 90 € la séance. Durée d’une séance : de 30 à 45 minutes.

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