«C’est un soulagement pour moi» : un descendant d’armateurs négriers s’excuse publiquement pour les actions de ses ancêtres

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À l’occasion de l’inauguration du «Mât de la fraternité et de la mémoire» à Nantes, un octogénaire français s’est excusé auprès des communautés de la Caraïbe pour les actions de ses ancêtres, armateurs négriers au XVIIIe siècle.

«Mes ancêtres armèrent six navires pratiquant la traite atlantique triangulaire.» Le 18 avril à Nantes, lors de l’inauguration du Mât de la fraternité et de la mémoire, monument en souvenir des personnes victimes de la traite négrière, le descendant d’armateurs négriers Pierre Guillon de Princié a présenté des excuses publiques aux communautés de la Caraïbe en rapport aux actions perpétrées par ses ancêtres à Haïti au XVIIIe siècle.

En présence de Louino Volcy, ambassadeur d’Haïti en France, Josette Bruffaert, présidente de l’association Haïti Futu et Thomas Dieudonné Boutrin, Martiniquais descendant d’esclaves, l’octogénaire s’est livré à un acte de contrition public. «C’est un soulagement pour moi, Pierre Guillon de Princé, descendant d’une famille d’armateurs négriers nantais, de pouvoir présenter mes excuses pour les actes de mes ancêtres», a ainsi présenté le Français de 85 ans.

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4500 captifs

Pierre Guillon de Princié est revenu sur le passé de ses ancêtres, notamment «Daniel Jean Guillon (1720-1799) et Jean Baptiste Christophe Guillon (1745-1811)», qui s’étaient installés à Saint-Domingue où ils avaient ouvert deux sucreries «sans que les archives en [sa] possession ne précisent combien d’hommes, femmes et enfants y [avaient] été mis en esclavage», relate Presse Océan , qui a retranscrit son discours.

L’orateur a également mentionné les six navires armés par ses ancêtres qui pratiquèrent «la traite atlantique triangulaire, entre Nantes et Saint-Domingue», entre 1766 et 1789 pour un total de «dix-huit départs de Nantes entre 1766 et 1788, ayant arraché 4 500 captifs de leur terre, dont plus de 200 périrent en mer.» Pierre Guillon de Princié a rappelé que ces actes sont aujourd’hui reconnus comme «crimes contre l’humanité».

5000 euros de donation

«C’est vers l’ensemble des communautés de la Caraïbe que je présente mes excuses, pour l’impact du racisme sur leur vie quotidienne, leur santé et leur bien-être, avec une compassion toute particulière vers le peuple d’Haïti, doublement agressé par l’esclavage et par la dette injuste qui lui a été imposée», s’est repenti l’octogénaire. Qui a également annoncé faire un don d’une valeur de 5000 euros à Haïti Futur, association visant à développer l’éducation et l’entrepreneuriat haïtien. Cette somme reste «très symbolique», a-t-il cependant ajouté, puisqu’elle n’est «pas à la mesure des souffrances infligées aux populations victimes de l’esclavage». Il compte maintenir un prélèvement automatique mensualisé pour soutenir l’association sur la durée.

«Pierre n’est pas responsable du passé, mais nous sommes responsables du présent et du futur», a ponctué le Martiniquais Dieudonné Boutrin, descendant d’esclaves, auprès de France 3 . «La France a colonisé, elle est allée chez ces hommes. Et aujourd’hui, la France ne sera plus jamais blanche. Et le message que je peux laisser, c’est qu’il faudra immanquablement recomposer des identités nouvelles, qu’on le veuille ou non. Donc au lieu d’aller se battre contre les uns et les autres, il faut aller vers la fraternité entre les peuples», a encore lancé le responsable associatif.

Cette démarche, de plus en plus fréquente outre-Manche et outre-Atlantique, est inédite en France. L’emplacement du monument est hautement symbolique, rappelle également France 3 : les quais de l’île de Nantes avaient été jusqu’au 19e siècle un haut lieu de la déportation massive de Noirs africains vers les colonies françaises, notamment celles des Antilles.

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