Celle qui était, il y a encore peu de temps, journaliste à France Inter dans l’équipe de Léa Salamé, est devenue cinéaste. Elle a reçu le César du meilleur premier film, ce jeudi soir, une deuxième récompense pour « Nino » après celle obtenue par Théodore Pellerin. Retour sur son parcours peu ordinaire.
En mai 2024, Pauline Loquès, qui œuvrait depuis plusieurs années en tant que journaliste chargée de préparer fiches et interviews pour des grands noms de l’animation radio et télé, tenait ce rôle auprès de Léa Salamé pour « Quelle époque ! » durant le Festival de Cannes, tandis que cette dernière interrogeait les stars sur la Croisette. Un an après, Pauline, désormais cinéaste, était en compétition à la Semaine de la Critique avec son premier film, « Nino »… Pour lequel Léa Salamé allait l’interviewer quelques mois plus tard lors de la sortie du long-métrage.
Aujourd’hui, « Nino », touchant récit qui suit l’errance dans Paris d’un jeune homme venant d’apprendre qu’il est atteint d’un cancer, se fait remarquer à la cérémonie des César. Après avoir enregistré presque 130 000 entrées lors de sa sortie, il a obtenu quatre nominations — meilleurs premier film, espoir masculin pour le remarquable Théodore Pellerin, scénario original et actrice dans un second rôle pour Jeanne Balibar. Un cumul rare pour un premier film. Et désormais deux César : celui du meilleur premier film et celui du meilleur espoir masculin. Mais sans doute moins étonnant que le parcours de Pauline Loquès, passée ainsi du journalisme au 7e art en peu de temps.
« Je voulais aller voir les stars »
L’histoire paraît encore plus belle lorsqu’elle nous apprend qu’elle est née il y a 38 ans à… Cannes (Alpes-Maritimes), où elle a passé sa jeunesse. Mais « ce n’est pas là qu’est née ma cinéphilie », sourit-elle. Fille de commerçants, la préado est alors surtout intéressée par les paillettes : « Je voulais aller voir les stars et j’étais vraiment celle qui emportait son petit appareil jetable pour attendre en bas des palaces et prendre des photos… »
Le reste de l’année, elle regarde tout de même des films à la télévision et se rend régulièrement aux Arcades ou à l’Olympia, les cinémas de la ville, avec sa grand-mère. Pour voir quoi ? « Des trucs assez populaires, comme Scream. Et je l’ai emmenée voir Titanic quatre fois ! »
Brillante écolière, elle fait du théâtre en parallèle et, fan de la série « Cours Florent » sur Canal +, songe à se diriger vers des études pour devenir comédienne. Mais affronte un véto parental, car trop brillante à l’école. Elle suit un cursus à Nice en prépa hypokhâgne, puis du droit à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), avec une dernière année de licence à Paris, à la Sorbonne. « Une fois que j’ai obtenu mon master de droit international public, je me suis dit : Qu’est-ce que je vais faire de ça ? »
Un court-métrage tourné avec des copines en Normandie
Elle décroche alors un stage chez « Tout le monde en parle », enchaîne avec « On n’est pas couché ! » de Laurent Ruquier. Préparer les fiches, « c’est un poste de l’ombre qui est un peu devenu ma spécialité, tranche la future réalisatrice. Cela consiste à assister des journalistes télé ou radio, ce qui signifie lire 14 ouvrages par semaine pour préparer leurs interviews. Dans mes bios, il y a écrit programmatrice mais, en fait, c’est un poste qui n’a pas de nom pour dire fichiste ! »
Ce métier, elle va beaucoup l’exercer à France Inter auprès de Léa Salamé. Si elle a alors « l’impression d’écrire des dialogues », est-ce parce qu’elle va de plus en plus au cinéma ? Toujours est-il qu’elle s’essaye à un scénario de court-métrage qu’elle va tourner avec des copines en Normandie après l’avoir produit via un financement participatif. Ce film de 30 minutes, « La Vie de jeune fille », va tout changer. La survenue de l’épidémie de Covid également. Sandra da Fonseca — productrice de « Jeune femme » de Léonor Serraille —, qui vient de décrocher la Caméra d’Or à Cannes, voit le court acheté par Arte et présenté dans des festivals.
La productrice rencontre Pauline Loquès, lui propose d’écrire et de réaliser un long-métrage. C’est au moment du confinement que cette dernière a décidé d’arrêter sa collaboration avec France Inter pour s’occuper de ses enfants. « À l’époque, quelqu’un dans ma famille était malade, un truc très grave qui lui était tombé dessus à 34 ans. J’ai expliqué que c’était la seule chose sur laquelle j’avais envie d’écrire, même si je savais que ça n’était pas le sujet le plus sexy. Sandra, qui est assez audacieuse, m’a dit : Pourquoi pas ? » Le Covid puis « l’année blanche » décrétée pour les intermittents vont lui permettre de se consacrer au scénario de « Nino » durant deux ans.
« Tout le monde était un peu amoureux de Nino »
En parallèle, Pauline et sa productrice doivent trouver des financements et monter un casting, surtout pour dénicher celui qui va incarner Nino. « Ma directrice de casting, Youna De Peretti, a établi une liste de 30 comédiens, avant qu’elle ne me parle de Théodore Pellerin. J’ai regardé tout ce qui ce qu’il avait fait au Québec. Il dégage une vraie énergie et une grande timidité en même temps. C’était parfait pour le film… »
Côté financement, l’affaire ne s’est pas révélée simple à cause du sujet. « On me raccrochait au nez après m’avoir dit : De quoi tu me parles ? Sperme, dépression, cancer, ça ne va pas ! Finalement, le distributeur Jour de fête a eu l’audace de nous suivre, et nous avons décroché l’avance sur recette du CNC… »
Du tournage de 27 jours, son premier pour un long-métrage, Pauline garde de beaux souvenirs : « J’avais envie que les gens de l’équipe soient heureux sur mon film. Ce fut assez magique, tout le monde était un peu amoureux de Nino, ce jeune homme malade incarné par Théodore qui était habillé tous les avec le même costume. J’étais novice à chaque étape, mais extrêmement bien entourée… »
Prix de la révélation pour Théodore Pellerin à Cannes
La belle histoire va se poursuivre à Cannes, en mai 2025, où le film est sélectionné en compétition à la Semaine de la Critique. Il en repartira avec le Prix de la révélation pour Théodore Pellerin. C’est là que Pauline Loquès le réalise : « L’année précédente, j’étais à Cannes avec Léa Salamé pour préparer les interviews, parce que j’avais repris mon travail à France Inter avant le tournage… » Elle a accueilli ses nominations aux César avec bonheur et « beaucoup de trac ». « J’ai évidemment envie que Nino l’emporte dans la catégorie premier film et encore plus que Théodore gagne le César de la révélation masculine… » Elle est comblée.
Après ce parcours étonnant, qu’envisage désormais la cinéaste ? Certainement pas de revenir au journalisme. On lui a fait plusieurs propositions, notamment pour écrire et réaliser des séries. Mais elle préfère poursuivre sa collaboration avec Sandra da Fonseca. « J’ai deux enfants et, si je veux réaliser un deuxième film, je ne peux pas écrire ou réaliser une série. J’ai signé un contrat avec ma productrice, ce sera un long-métrage basé sur un portrait de femme. Je viens de commencer à l’écrire… »




