On dit de certains rôles qu’ils sont « à Oscar », lorsque des comédiens semblent tout faire à l’écran dans le seul but de décrocher une statuette dorée. Ce n’est pas le cas de l’époustouflante prestation de Sydney Sweeney dans « Christy », en salles ce mercredi, qui pour le coup aurait vraiment mérité un Oscar, alors qu’elle n’est même pas nommée pour la prochaine cérémonie le 16 mars.
Ce qui est d’autant plus dommage pour la boxeuse Christy Martin, dont le film raconte l’histoire. Compte tenu des luttes qu’elle a dû mener dans son existence, elle aurait mérité, elle aussi, d’être mise en lumière le temps d’une soirée sous les spotlights d’Hollywood. « Christy » suit chronologiquement le parcours de la jeune femme, née en 1968 en Virginie-Occidentale dans un milieu populaire et dénigrée par sa mère à la moindre occasion. Christy goûte peu aux rendez-vous avec les garçons, car elle aime les filles. Elle a un temps une aventure avec une camarade. Mais dans son milieu et à son époque, ça ne se fait pas, elle cache son homosexualité.
Sous l’emprise toxique de son mari et entraîneur
Devenue boxeuse pour se lancer un défi, elle est poussée à devenir professionnelle par un entraîneur de seconde zone, Jim Martin, qui lui propose aussi de l’épouser. À partir de là, la trajectoire de Christy va, durant des années, relever du paradoxe. Sur le plan professionnel, elle a la rage de vaincre et gagne tous ses combats, redonnant ses lettres de noblesse à la boxe féminine américaine, bientôt chapeautée par le pape de la discipline, Don King, jusqu’à ce qu’elle mette KO Laila, la fille de Mohammed Ali, puis devienne championne WBC dans la catégorie super mi-moyens en 2009.
En privé, c’est tout le contraire : sous emprise toxique de Jim Martin, horrible personnage, jaloux maladif, qui veut se faire de l’argent sur son dos, elle est malheureuse de taire ses vraies préférences sexuelles, de subir les rabaissements constants et la violence au quotidien de son manager de mari. Ce jusqu’au drame, dont elle réchappera heureusement pour enfin afficher qui elle est au grand jour.
Hyper réaliste, filmé parfois comme un documentaire, le long-métrage de David Michôd épate dans sa façon aussi brute que juste de traiter cette dualité qui habitait alors la boxeuse. On a de la peine pour elle quand elle est violentée et humiliée par son abominable époux, on exulte avec elle lorsque, sur le ring, elle affiche une très communicative joie à vaincre par KO.
Après ça, on aura du mal à revoir « Million Dollar Baby » de Clint Eastwood avec Hilary Swank - qui devait au départ être adapté de la vie de Christy Martin, comme on le découvre dans le récit - tant ce dernier paraît désormais tenir de la belle histoire hollywoodienne en comparaison au réalisme cru de « Christy ».
Une partition démentielle mais…
Et puis, il y a les performances des comédiens : Ben Foster, atroce à souhait dans le rôle de Jim Martin - il fallait oser camper ainsi un tel salaud - et, bien sûr, Sydney Sweeney. Brute de décoffrage, pas maquillée, ayant pris 15 kg pour le rôle, sa prestation, éblouissante, rappelle un peu - en mieux - celle qu’elle avait livrée dans « Reality », en lanceuse d’alerte interrogée par le FBI. Surtout, sa composition vient prouver, une fois de plus, quelle actrice elle est, capable se s’illustrer aussi bien en petite princesse dans des comédies romantiques qu’en boxeuse dure-à-cuire.
À nos yeux, la comédienne de 28 ans, qu’on retrouvera dès le 13 avril dans la saison 3 d’« Euphoria » sur HBO Max, livre ici, avec une dévotion sans pareil, la partition la plus démentielle de 2025 pour une actrice anglo-saxonne, saluée en premier lieu par la vraie boxeuse qu’elle incarne. Alors, pourquoi n’est-elle pas nommée aux Oscars, ni dans aucune cérémonie américaine ? Parce qu’elle subit depuis quelques mois un phénomène de « bashing ». Surnommée « MAGA Barbie » à cause de certaines prises de position pourtant pas politiques, elle n’a pas la cote à Hollywood et certains dans son milieu ont tout fait pour la dénigrer.
Cela s’est arrangé récemment - elle cartonne dans le succès planétaire « La Femme de ménage » - mais « Christy » est sorti au plus mauvais moment pour elle aux États-Unis, début novembre 2025, période où elle était le plus montrée du doigt. Résultat : le film a pris une taule monumentale au box-office local, et Sydney Sweeney n’a eu aucune nomination pour les grands-messes du cinéma. Aux spectateurs français de réparer aujourd’hui ces injustices : ils profiteront, au passage, d’un film phénoménal…
La note de la rédaction :
4.5/5
« Christy », drame américain de David Michôd (2025) avec Sydney Sweeney, Ben Foster, Merritt Wever... 2 h 15.




