Conflits armés : les conseils d'une psychologue pour limiter l'anxiété liée à la situation géopolitique

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© simplehappyart/Getty Images

En collaboration avec Karine Sauval (neuropsychologue et psychologue clinicienne à Narbonne)

Embrasement au Moyen-Orient, guerre en Ukraine : les conflits internationaux prennent actuellement une tournure inquiétante. Comment continuer à s’informer tout en préservant sa santé mentale et en limitant son anxiété ? Une psychologue nous éclaire.

L’actualité internationale est bien sombre, et un tant soit peu anxiogène : les frappes américano-israéliennes en Iran ont conduit à l’embrasement de la région, tandis que l’invasion russe en Ukraine a abouti à un enlisement du conflit, qui est entré dans sa 5e année…

Face à ce contexte géopolitique, nombre d’entre nous peuvent ressentir une certaine inquiétude, voire de l’anxiété ou de l’angoisse. Ce qui est « tout à fait compréhensible », selon Karine Sauval, neuropsychologue et psychologue clinicienne à Narbonne, avec qui nous nous sommes entretenus ce mercredi 4 mars 2026. « Les conflits armés, les crises économiques et les bouleversements sociopolitiques créent un environnement instable et imprévisible. Cette anxiété peut être considérée comme une réponse adaptative à des menaces perçues, reflétant notre instinct de survie et notre besoin de sécurité », détaille la spécialiste. Elle assure qu’il est normal de ressentir une certaine appréhension au vu de ces événements géopolitiques qui semblent hors de notre contrôle, et ce « indépendamment de son parcours personnel ou de sa résilience psychologique ».

Des symptômes variés à surveiller

Les symptômes peuvent être variés, et « inclure inquiétude ou préoccupation constante au sujet des événements mondiaux, rendant difficile la concentration sur d’autres aspects de la vie quotidienne », prévient la psychologue. Certaines personnes peuvent même entrer dans un état d’hypervigilance, associée à une surveillance accrue des informations, et à un état de tension constante. De quoi engendrer une fatigue mentale et émotionnelle.

Dans certains cas, le sommeil peut être perturbé, et cela doit alerter, selon la psychologue. « Les pensées anxieuses peuvent interférer avec le sommeil, entraînant des difficultés d’endormissement ou des réveils fréquents, ce qui peut aggraver la fatigue et l’irritabilité », développe la spécialiste. Plus rarement, des symptômes plus somatiques (palpitations, tensions musculaires, maux de tête, troubles gastro-intestinaux) peuvent survenir, illustrant le lien entre santé mentale et santé physique.

La spécialiste met en garde également sur une sorte de syndrome d’évitement, où l’on a tendance à éviter les discussions ou situations évoquant l’actualité, car cela peut entraîner un isolement social, et une détérioration des relations interpersonnelles.

Quand consulter un psychologue ?

Si ces symptômes peuvent impacter provisoirement la vie quotidienne, ils peuvent aussi disparaître progressivement à mesure que la situation géopolitique s’améliore ou se stabilise, ou que l’on tâche de se préserver (voir ci-après). Toujours est-il que si l’anxiété demeure, devient difficile à gérer et commence à affecter la qualité de vie, il peut être judicieux de considérer la consultation d’un psychologue. « Si les individus ressentent une détresse émotionnelle persistante, un sentiment d’impuissance, des difficultés à remplir leurs responsabilités quotidiennes, ou encore des symptômes physiques durables, il est judicieux de rechercher un accompagnement professionnel. Un psychologue pourra fournir un espace sécurisant pour libérer la parole et explorer ces émotions afin de développer des stratégies d’adaptation adaptées », indique Karine Sauval.

Des stratégies à mettre en place pour se préserver

Si l’on sent que l’actualité génère chez nous de l’anxiété, on peut être tentés de s’isoler complètement des informations. Ce qui n’est généralement pas nécessaire, selon la psychologue. En revanche, il est judicieux et bénéfique de s’interroger sur la manière dont l’on consomme l’information, et d’ajuster cette consommation, voire de la revoir à la baisse.

Nul besoin en effet de passer la journée devant les chaînes de télévision d’information en continu, ou d’écouter les informations toutes les heures. « Une consommation équilibrée des nouvelles, en s’orientant vers des sources fiables et objectives, peut aider à maintenir une perspective réaliste sans provoquer une surcharge émotionnelle », conseille la spécialiste, qui suggère de préférer les médias fournissant des analyses approfondies et équilibrées, à ceux ne proposant que des reportages sensationnalistes. On pourra par exemple définir des moments spécifiques pour consulter les actualités, par exemple une fois le midi et une fois le soir, et ce pour « rester informé sans être submergé ».

Et contre l’anxiété liée à l’incertitude, « l’intégration de techniques de méditation ou de pleine conscience, de respiration profonde ou de relaxation peut aider […] en nous ancrant dans le moment présent », suggère la psychologue. Le maintien d’une hygiène de vie saine (activité physique régulière, alimentation saine, sommeil régulier) est aussi un plus, pour renforcer notre résilience face au stress. Se focaliser sur des activités qui nous font du bien (lecture, jardinage, art) peut aussi aider, en servant de contrepoids.

Enfin, partager ses préoccupations avec ses proches, sans entrer dans des débats politiques, peut alléger le poids émotionnel des angoisses et rompre l’isolement lié à l’anxiété. « Cela favorise un soutien émotionnel essentiel et permet d’échanger des points de vue, ce qui peut aider à normaliser les sentiments d’anxiété. Souvent, d’autres partagent des préoccupations similaires, ce qui renforce le sentiment de communauté et d’appartenance, éléments cruciaux pour le bien-être psychologique », assure la spécialiste.

S’investir physiquement ou financièrement dans une association peut-il nous aider à aller mieux ?

La réponse est oui, selon la psychologue, car « cela permet de redonner un sens à l’existence, en contribuant à une cause qui dépasse les préoccupations personnelles, et peut renforcer le sentiment d’utilité et de connexion avec les autres », tout en diminuant les sentiments de désespoir, de vulnérabilité ou d’impuissance. « Participer à une communauté engagée favorise les interactions sociales et le soutien mutuel, qui sont essentiels pour le bien-être mental », conclut la spécialiste.

Sources

Source 1 : entretien avec Karine Sauval, neuropsychologue et psychologue clinicienne à Narbonne, le 3/03/26.

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