L’écrivain était connu pour le cycle SF Les cantos d’Hypérion, mais aussi des thrillers horrifiques, des romans d’espionnage et de formidables hommages littéraires à Hemingway, Conan Doyle, Mark Twain et Henry James.
Il était né en 1948, à Peoria, Illinois, la même année que James Ellroy et un an après son copain Stephen King dont il avait l’habitude d’écouter la version audio des romans dans ses longs trajets en voiture. De l’un, il avait pris l’art du thriller, des scènes-choc, de l’autre la passion de la science-fiction et du fantastique. Dan Simmons est mort à l’âge de 78 ans et s’il était moins connu en France que les auteurs précités, c’était un écrivain d’envergure mondiale publié dans une trentaine de pays.
La carrière de Dan Simmons commence par l’écriture de nouvelles, genre littéraire qu’il maîtrise au point de bluffer son professeur d’atelier d’écriture Harlan Ellison. L’auteur de Dangereuses visions et Dérapages, l’incite à poursuivre l’aventure littéraire. La nouvelle Le Styx coule à l’envers paraît en 1982. Trois ans plus tard, Dan Simmons publie son premier roman, Le Chant de Kali, thriller horrifique réussi, publié en France en 1989. Cette année-là, le romancier passe à la vitesse supérieure et publie aux États-Unis Hyperion et L’Échiquier du mal.
La traque d’un vieux nazi
Le premier lance le cycle des Cantos d’Hypérion (1989-1999) devenu, au fil des années un classique de la SF. Le deuxième, L’Échiquier du mal, est un chef-d’œuvre horrifique, du niveau du Jeu de la damnation (1985) de l’anglais Clive Barker, qui met en scène un joueur de cartes qui ne perd jamais dans Varsovie en pleine Deuxième Guerre mondiale. Dans L’Echiquier du mal, Simmons n’est pas très loin lorsqu’il raconte la traque d’un vieux nazi par un survivant de l’Holocauste. À l’époque, le vieux nazi et un autre SS se livraient à des parties d’échecs géantes dont les pions étaient des déportés, manipulés psychiquement pour avancer sur l’échiquier. Ce puissant roman sera traduit en France en 1992 aux éditions Denoël par le brillant éditeur Jacques Chambon qui dirigeait alors les collections < Présence du futur > et < Présence du fantastique >.
Fin lettré, Dan Simmons n’aura cessé, tout au long d’une œuvre riche d’une trentaine de titres, de rendre hommage à des écrivains aimés. Les Larmes d’Icare (1989) et L’Homme nu (1992) étaient fortement inspirés de Dante et de T.S.Eliot. Dans Les Forbans du Cuba (1999), il mettait en scène un agent du FBI surveillant de près Hemingway et son loufoque réseau de contre-espionnage pendant la Deuxième Guerre. Dans Drood (2009), Dan Simmons imaginait les dernières années de la vie de Dickens racontées par son ami, l’écrivain Wilkie Collins. Des années au cours desquelles l’auteur de David Copperfield s’était acharné à achever son roman Le Mystère d’Edwin Drood.
Sherlock Holmes suicidaire
Le romancier poursuivait dans cette veine littéraire dans laquelle il excellait en mettant en scène dans Le Cinquième Cœur (2020), l’un de ses derniers livres, Henry James, en personnage principal, assisté de Sherlock Holmes! Mark Twain en second couteau et le jeune Rudyard Kipling en figurant complétaient l’impressionnant casting. Dans le roman, Simmons imagine Sherlock Holmes déprimé à l’idée de n’être qu’un personnage de fiction créé par le Dr Watson, auteur qui a pour agent un certain Conan Doyle! Nous sommes à Paris en 1893 et Sherlock décide de se suicider en se jetant dans la Seine. Au moment où il va mettre son projet à exécution, il découvre, à quelques mètres de lui, qu’un autre homme est sur le point d’en faire autant. Ce quidam n’est autre que l’écrivain américain Henry James. À presque 50 ans, l’auteur de Portrait de femme, et des Bostoniennes, est en pleine dépression. Dan Simmons va associer le tandem improbable dans une enquête sur les traces du Pr Moriarty, l’ennemi juré de Holmes, décidé à éliminer le président des États-Unis!
L’association du grand écrivain américain, couard et irritable, à la sexualité incertaine et du détective de 39 ans, sûr de lui, est la belle idée du roman, ludique, brillant, enlevé. Dan Simmons est mort où il a longtemps vécu, dans le Colorado. Il y occupait une maison à flan de montagne, dans le parc national de Rocky Mountain. Non loin de là, une statue du Gritche, monstre robotique et créature majeure des Cantos d’Hypérion veillait sur son créateur.

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