Dossier : "Pour faire une bonne réparation, il faut les bonnes pièces, les bons outils et les bons tutos" : comment Bricophone veut rendre votre mobile éternel

il y a 2 hour 1

Publicité, votre contenu continue ci-dessous

Publicité

Publié le 19/04/26 à 18h03

Nos réseaux :

Suivez-nous

5

Situé en plein cœur de la Charente-Maritime, sur l’ile de Ré, Bricophone œuvre depuis plus de 15 ans à fournir aux particuliers toutes les ressources nécessaires pour réparer leurs appareils électroniques. Sorte de iFixit à la française, le site totalise plus d’un million de commandes et 600 000 clients. Un modèle construit en parallèle des changements profonds que connait l’industrie du smartphone. Interview avec Sylvain Allidères, PDG.

© Bricophone - Les studios de tournage de Bricophone

Comment est née l’idée de Bricophone ?

J’ai lancé le site il y a un peu plus de 15 ans. À l’époque, je vendais des accessoires pour téléphone. On était au tout début des smartphones et j’avais cassé mon iPhone 3G. Avec mes connaissances, j’ai trouvé des fournisseurs capables de me fournir en pièces détachées et j’ai réparé mon téléphone moi-même. J’en ai profité pour prendre un caméscope et filmer le tout et c’est comme ça que j’ai publié ma première vidéo YouTube. C’est les débuts de Bricophone. L’idée était de proposer aux gens des solutions accessibles pour que tout le monde puisse réparer son téléphone chez soi.

Publicité, votre contenu continue ci-dessous

Publicité

Depuis, on a racheté une autre société, SOSAV, il y a environ y a trois ans. Aujourd’hui, on fait perdurer les deux sites, mais SOSAV ne représente que 8 à 10 % de notre activité. On a coupé tout ce qui était hors périmètre de notre métier de base, comme l’électroménager. C’est très compliqué de marier le secteur blanc et brun. Pour l’électroménager, il y a des millions et des millions de pièces et le focus est plus mis sur le côté diagnostic. Pour les téléphones, on préfère se concentrer sur le côté pièce détachée, puisque la solution est quasi tout le temps là.

Quels sont les appareils les plus populaires et les pièces les plus populaires chez vous ?

Les pièces pour iPhone représentent environ 50 % de notre volume de vente. Ensuite vient Samsung à 30 % environ, puis le reste. Avant, on vendait plus d’écrans que de batteries, mais la tendance s’est inversée au fur et à mesure que les écrans devenaient de plus en plus résistants et que les gens gardaient leurs téléphones de plus en plus longtemps.

Publicité, votre contenu continue ci-dessous

Publicité

Est-ce qu’on vit confortablement du commerce de pièces détachées ?

Notre chiffre d’affaires est stable depuis une dizaine d’années, même si c’est de plus en plus compliqué de le maintenir à ce niveau. Depuis quinze ans, on a été obligé de multiplier les références. De 400 à 500 au début, on est arrivé à plus de 10 000 aujourd’hui. À chaque fois que vous avez un téléphone qui sort, on va avoir dix à quinze nouvelles références qu’on va garder en gamme pendant sept à huit ans, parfois plus.

Comment tenir le coup face aux plateformes internationales types AliExpress, etc. ?

Par la qualité de service. Nous, on n’a jamais laissé tomber un client. Si un client loupe la réparation, il peut nous renvoyer son téléphone. On n’a jamais triché sur les pièces aussi. Quand on vend un écran Oled, c’est un vrai écran Oled. Les batteries d’origine sont vraiment d’origine. On met aussi en avant notre SAV comme un gage de qualité. C’est super important aujourd’hui.

Nous, on n’a jamais laissé tomber un client, on a jamais triché sur les pièces

Mais il y a aussi de la concurrence saine, comme iFixit. C’est bien, ça oblige à avancer, à se poser la bonne question, etc. Le plus important, en réalité, c’est de regarder les avis clients. Nous, on se focalise là-dessus.

Que pensez-vous des avancées françaises et européennes sur le droit à la réparabilité ?

C’est une super nouvelle. En obligeant les constructeurs à fournir un accès aux pièces détachées, le consommateur pourra plus facilement choisir entre des pièces compatibles (qui ne pourront plus être sérialisées) et des pièces d’origine.

Avec les mesures pour faciliter les réparations, c’est aussi un frein psychologique qui pourra être levé. Ça va donner du choix aux consommateurs. S’il veut réparer lui-même, il pourra le faire sans trop d’appréhension. On a déjà commencé à remarquer que les constructeurs s’y mettaient. Les batteries sont de moins en moins collées et le Macbook Neo, par exemple, est très simple à démonter.

Publicité, votre contenu continue ci-dessous

Publicité

Sentez-vous un intérêt grandissant de la population pour les sujets liés à la réparation ?

C’est balbutiant. Nous, on travaille majoritairement avec des gens qui ont déjà l’habitude de réparer des téléphones. Dans le grand public, ce n’est pas quelque chose de très connu encore. Mais ça commence à monter. Aujourd’hui, vous pouvez garder un téléphone, quatre, cinq ou six ans et être toujours à la page. L’allongement de la durée de vie permet d’envisager la réparation plutôt que de changer tous les deux ans. C’est pour ça qu’on vend plus de batteries qu’avant.

Il y a aussi un argument écologique qui commence à monter. Nous, on n’a jamais trop voulu mettre ce côté-là en avant en annonçant « tant de CO2 économisés » de peur que ça fasse un peu greenwashing. Mais c’est des remontées qu’on a côté client. C’est d’ailleurs la même chose pour le reconditionné.

Les vidéos YouTube et les réunions en visio avec des techniciens, c’est pour fidéliser une clientèle ? Générer des nouveaux revenus ?

YouTube en termes de rentabilité, c’est négatif pour nous. Mais c’est tout de même une partie intégrante de notre métier. On a entre 1200 et 1300 vidéos et c’est toujours moi qui fait les voix off rires. Ça permet de faire connaître de la marque, ça fait de la pub. Ensuite, les gens viennent acheter chez nous parce qu’on sait de quoi l’on parle et qu’on a les bons outils. C’est simple, pour faire une bonne réparation, il faut les bonnes pièces, les bons outils et les bons tutos.

En revanche, les rendez-vous en visio, on s’est rendu compte que ce n’était pas vraiment adapté pour nous. Le bonus réparation pour un smartphone à la base, il est de 25 €. Sauf que pour nous, 25 € pour une visio, c’est trop du coup on voulait en reverser une part aux clients. Mais les écoorganismes ont stoppé l’idée. Aujourd’hui, on en fait encore, mais c’est surtout sur des réparations difficiles. Quand on avait un effet incitatif sur le bonus, on faisait entre 600 et 700 visios par mois. Aujourd’hui, on est entre dix et vingt.

Publicité, votre contenu continue ci-dessous

Publicité

Publications qui peuvent vous intéresser
Lire l’article en entier