Pendant son enfance, Gustave Bonsoir, le héros du nouveau roman de David Foenkinos, a une révélation : « La meilleure façon d’exister, c’est d’être drôle. » C’est décidé, il sera humoriste. Un récit tragi-comique qui raconte ses détours pour trouver sa voie, et sa voix.
« Je suis drôle » est votre 21e roman. Comment est née cette histoire ?
DAVID FOENKINOS. Je me suis rendu compte que la nouvelle génération a une forte envie d’humour. Mes enfants ne regardent que des vidéos d’humoristes, et eux-mêmes se mettent à faire des sketchs et à se filmer. Il y a un certain désir d’être vu et d’être aimé par l’humour. Dans cette époque sinistre, je vois aussi que partout s’ouvrent des comedy clubs. Ce phénomène m’a intéressé.
Comment ce personnage est-il né ?
C’est un orphelin, il est traversé par des figures d’absence, donc il était parfait pour camper quelqu’un qui, justement, va chercher à exister par l’humour. Parce que faire rire est souvent une manière d’être aimé rapidement, d’avoir une réaction immédiate, d’être validé par l’autre. C’est aussi la meilleure façon de masquer sa mélancolie. Gustave Bonsoir, c’est vraiment la politesse du désespoir, à l’état pur. C’est aussi un livre sur le destin, sur une éducation. Un roman d’apprentissage. J’aime l’idée que, parfois, on s’acharne dans une voie, et que le destin nous montre que ce n’est pas la bonne. Gustave cherche la lumière, mais dans le mauvais décor.
Gustave Bonsoir, quel nom ! Surtout pour un personnage qui va débuter dans un comedy club. Un nom, est-ce important pour enclencher une fiction ?
Essentiel ! Une fois que j’ai trouvé le nom et/ou le prénom, j’ai 80 % du personnage. Gustave Bonsoir a une attitude de Gustave Bonsoir, il agit comme un Gustave Bonsoir, il ne pourrait pas s’appeler Bonjour. Il a le même prénom que Flaubert, donc littéraire, et un patronyme un peu mélancolique, à fort potentiel comique quand même. Cela lui correspond. Il a 19-20 ans mais, plusieurs fois, il explique qu’il a une vieille âme. Il a l’âge où l’on peut rater, tâtonner, se chercher… C’est aussi un livre sur la fin de l’adolescence. Sur la façon dont on s’invente une vie, dont on la crée.
« Je suis drôle », de David Foenkinos, Gallimard, 192 p., 20 euros.




