Coup de théâtre ce vendredi matin au tribunal correctionnel de Paris. Après deux ans et demi de procédure, l’acteur Gérard Depardieu s’est finalement désisté de ses poursuites contre France Télévisions et l’émission « Complément d’enquête ». C’est ce qu’a annoncé dès l’ouverture de l’audience, sa nouvelle avocate Delphine Meillet.
L’acteur de 77 ans dénonçait un montage malhonnête dans une séquence de moins d’une minute extraite des cinquante-quatre que compte un numéro du magazine « Complément d’enquête » intitulé « Gérard Depardieu : la chute de l’ogre », diffusé en décembre 2023.
Une séquence tournée en Corée du Nord au cœur du dossier
Tournée en 2018 dans un haras en Corée du Nord, un pays où il s’était rendu avec Yann Moix pour les 70 ans du régime dictatorial, celle-ci montre l’acteur en train de tenir des propos orduriers et à connotation sexuelle. Au moment où une fillette d’une dizaine d’années passe à l’écran sur un cheval, on l’entend ainsi dire : « Si jamais il galope, elle jouit. (…) S’il la fait galoper, elle mouille, elle jouit. »
Lors d’une audience en octobre, le désormais ex-avocat de Gérard Depardieu, Jérémie Assous, n’avait pas hésité à parler de « montage illicite » qui avait « tué » professionnellement son client. Mais « l’ogre » du cinéma français semble avoir changé de stratégie auprès de son nouveau conseil, Delphine Meillet.
C’est par la voix de celle-ci qu’il a donc communiqué ce vendredi sa décision de se désister. Ce choix concerne également la présidente de France Télévisions Delphine Ernotte-Cunci, les auteurs du reportage et la société de production Hikari.
France Télévisions « se félicite » de cette issue
« France Télévisions se félicite de ce désistement, qui met fin à deux années de procédure, de polémiques et de fausses informations ayant gravement mis en cause la rigueur et le professionnalisme des équipes de Complément d’enquête », s’est immédiatement félicité le groupe audiovisuel auprès de l’AFP. « Deux expertises ont conclu que l’acteur avait bien tenu des propos à connotation sexuelle à l’égard d’une fillette et ont écarté toute manipulation frauduleuse des images », a ajouté France Télévisions.
« Après deux ans et demi de harcèlement médiatique et judiciaire, Gérard Depardieu reconnaît finalement qu’il n’y avait pas de montage illicite et qu’il avait bien sexualisé une fillette en Corée du Nord, en abandonnant le jour du procès, ses poursuites contre Complément d’Enquête », s’est réjoui sur X le présentateur de l’émission Tristan Waleckx.
Dans un communiqué transmis au Parisien, Delphine Meillet évoque une « décision, mûrement réfléchie », alors que « le temps de l’apaisement est venu ». « Gérard Depardieu maintient néanmoins sa position quant à l’absence d’objectivité du reportage et des scènes, objet de la procédure », poursuit-elle dans le texte.
« Une affaire dans laquelle les convictions de chacun demeureront »
« La multiplication des audiences et des expertises a représenté une charge considérable pour Gérard Depardieu », insiste l’avocate, avant de préciser que son client « refuse de passer son temps à se battre contre des moulins à vent ».
C’est donc la fin de l’affaire entre Complément d’Enquête et Gérard Depardieu. Les dénégations de l’acteur avaient largement été reprises par les médias, notamment ceux du groupe Bolloré. « Il s’agit d’une affaire dans laquelle les convictions de chacun demeureront », conclut l’avocate Delphine Meillet.
Pour la justice, l’affaire se résume désormais à la procédure de Yann Moix notamment pour travail dissimulé et abus de confiance contre France Télévisions et la société de production Hikari, qui avait produit le documentaire jamais diffusé en Corée du Nord et utilisé ses images dans un numéro de « Complément d’enquête ». L’écrivain, lui, conteste toujours le montage effectué et le « souillage » de son œuvre. « On m’a volé une œuvre de fiction, pour en faire un reportage à charge contre un acteur », a-t-il rappelé à la barre.
Gérard Depardieu sera de retour au tribunal en novembre prochain, pour l’appel de sa condamnation à 18 mois de prison avec sursis pour avoir agressé sexuellement deux femmes en 2021 sur le tournage du film « Les Volets verts » de Jean Becker. Par ailleurs, son renvoi devant la cour criminelle de Paris pour viols sur l’actrice française Charlotte Arnould, a été ordonné fin août. Mais le comédien a fait appel de ce renvoi qui doit être examiné par la cour d’appel.
En décembre 2023, quelques jours après la diffusion de « Complément d’Enquête », Emmanuel Macron avait défendu la star qui « rend fière la France ». « Tout le monde tombe sur la même personne, en disant pis que pendre sur la base d’un reportage, sans qu’il ait même la possibilité de se défendre », s’était offusqué le chef de l’État, évoquant cette « polémique » sur le montage et « les mots qui étaient en décalage avec les images ».




