Partir à l'étranger pour parachever son cursus scolaire ou améliorer son CV, apparaît aujourd'hui comme le plus sûr des accélérateurs de vie mais aussi de carrière. De leur côté, les grandes écoles françaises qui doivent faire face à la chute de la démographie étudiante et à une baisse des financements publics, multiplient les campus au-delà de l'Hexagone pour recruter de nouveaux étudiants. Toutes font le même constat, mais développent des stratégies différentes, persuadées que les classements les plus prestigieux sont désormais mondiaux. Cette course à l'exportation d'une éducation nationale au savoir-faire reconnu n'est pas sans obstacle dans un contexte géopolitique toujours plus tendu où la politique des visas devient une arme. Les implantations ne s’improvisent pas et restent coûteuses dans un marché très concurrentiel. Les élèves, eux, rêvent d’horizons lointains et parfois exotiques comme le souligne le baromètre exclusif réalisé par nos partenaires de L’Express Connect. Ils ont pris le temps de méditer Lamartine : "Il n'y a d'homme plus complet que celui qui a beaucoup voyagé, qui a changé vingt fois la forme de sa pensée et de sa vie."
Quand on la questionne sur la stratégie internationale d’HEC Paris, Anne Michaut, la doyenne associée des programmes de formation initiale, le reconnaît bien volontiers : "Notre stratégie est particulière". A rebours des autres écoles de commerce françaises, HEC se refuse en effet à multiplier les implantations de campus hors de l’Hexagone : "Nos étudiants partent déjà à l’étranger, notamment grâce à nos 130 partenariats avec des universités et des écoles comme le MIT, Yale, NYU, etc. Notre objectif ne consiste donc pas à ouvrir des HEC partout mais de faire venir le monde à Jouy-en-Josas. Nous croyons en l’importance d’un point d’ancrage unique". Un positionnement ambitieux qui accompagne la rénovation en cours du campus, pour accueillir en 2031 sur un seul lieu tous les étudiants (post-Bac, programme Grande école, Executive master ou MBA).
Pas de campus à l'étranger mais la création de Bachelors
Mais si HEC revendique la particularité de son positionnement à l’international, elle n’en a pas moins cédé il y a trois ans à une tendance lourde dans les écoles de commerce : l’ouverture de bachelors avec un recrutement postbac et non plus seulement à bac +2 ou bac +3. Pour cela l’école s’est alliée avec l’université privée Bocconi, de Milan, afin de proposer ensemble un double diplôme. "Depuis dix à quinze ans, nous avons observé que le bachelor, programme à l’origine plutôt généraliste et local, devenait de plus en plus international, décrypte Anne Michaut, notamment parce que beaucoup de jeunes, et pas seulement en France, souhaitent désormais partir étudier à l’étranger sitôt le bac en poche, plutôt que d’attendre le niveau master". Gabriela Crouzet, directrice exécutive des programmes diplômants d’HEC Paris, abonde : "Bocconi est clairement l’une de nos concurrentes, mais nous avons une grande complémentarité. Notamment parce qu’elle a déjà des bachelors, et donc une bonne pratique de ce segment d’étudiants plus jeune".
Concrètement, le double diplôme franco-italien se découpe en deux périodes : d’abord dix-huit mois en Italie, pour acquérir une formation fondamentale (mathématiques, économie, sciences des données) - "des matières très similaires à ce qui se pratique en classe prépa", souligne Anne Michaut-, puis la même période en France, avec un contenu plus professionnel et davantage orienté “école de management et de commerce”. A l’issue des trois années, les élèves pourront afficher sur leur CV deux diplômes : le Bachelor ès sciences Bocconi en politique internationale et gouvernement, et le Bachelor of Arts and Sciences HEC Paris, spécialité Données, Société et Organisations - le tout pour un peu plus de 75 000 euros de frais de scolarité.
A la recherche de profils différents
A l’arrivée, le but n’est pas de faire grossir les rangs de ses diplômés, jure HEC : “Nous limiterons chaque promotion à 100 étudiants”, dit Anne Michaut, ni d’attirer plus d’étrangers : “Ils représentent déjà 50 % des étudiants en programme diplômant de Jouy-en-Josas, avec 135 nationalités différentes”, rappelle Gabriela Crouzet. “Nous cherchons à recruter des profils différents de ceux qui viennent des classes prépas, via un cursus plus international” résume la doyenne associée des programmes de formation initiale. Pari réussi pour l’instant puisque au sein de la toute première promotion de ce bachelor (diplômée en 2027), les étudiants viennent de 24 pays différents.
Et après ? Deux options s’offrent à eux : continuer en master, à HEC ou ailleurs à l’étranger, ou bien intégrer le monde du travail. "C’est ce à quoi prépare notre programme de bachelor, souligne Anne Michaut. Rien ne les empêche ensuite de revenir avec quelques années d’expérience professionnelle pour préparer un master". Un type de parcours pour l’instant bien plus répandu à l’étranger qu’en France, où l’objectif reste encore de décrocher le plus haut niveau de diplôme possible avant de commencer sa carrière.

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