« Le paradis n’est pas sur la terre, mais il y en a des morceaux. Le domaine de Chaumont-sur-Loire est un morceau de paradis ! » lance Sabine Azéma, tout sourire, en citant Jules Renard.
L’actrice, née au pied de la tour Eiffel, a toujours vécu à Paris. Mais elle garde la nostalgie de ses vacances dans le Loir-et-Cher, à Lamotte-Beuvron. « Mon grand-père vétérinaire m’a appris à connaître et à aimer la nature. Il m’emmenait, moi et mes sœurs, dans les fermes. C’est un souvenir délicieux », se souvient Sabine Azéma, mardi 21 avril, à la veille du lancement dans le département de l’édition 2026 du célèbre festival des jardins de Chaumont-sur-Loire, institution mêlant depuis 1992 la flore et l’art.
Elle partage sa passion pour le végétal avec les jardiniers du jardin du Luxembourg de Paris. Elle discutait d’ailleurs avec eux le jour où Chantal Colleu-Dumond, directrice du domaine de Chaumont-sur-Loire, l’a appelée pour lui demander de réaliser un jardin.
« J’étais folle de joie ! Et, je me suis alors promis de faire une surprise aux gens », raconte Sabine Azéma. Une surprise de taille ! L’actrice aux deux césars, aimée des cinéphiles pour ses nombreux rôles dans les films d’Alain Resnais et dans les cultes « Un dimanche à la campagne » de Bertrand Tavernier, « Tanguy » ou « Le bonheur est dans le pré » d’Étienne Chatiliez, est allée dénicher une pépite : le premier court-métrage d’animation en technicolor extrait de la série « Silly Symphony » produite par Walt Disney entre 1929 et 1939.
Une parenthèse enchantée
Pendant sept minutes, une nature personnifiée danse sur une musique symphonique. Une histoire de jalousie où l’amour et les forces de la nature finissent par l’emporter. Sur un terrain de 250 m2, Sabine Azéma a fait bâtir une cabane. Sur sa façade de couleur taupe, dix lettres bleues claquent : « Cinémazéma » ! Des rondins de bois servent de sièges. Dans un somptueux écrin de verdure, les chants des oiseaux se mêlent à la musique. Une parenthèse enchantée.
Sabine Azéma a souhaité que l’endroit rappelle le Festival de Cannes où elle a si souvent été applaudie. Elle a donc installé un tapis de géraniums rouges qui conduit jusqu’à la cabane. « Il était impératif que ce soient des fleurs qui tiennent jusqu’au début du mois de novembre », précise l’actrice.
Elle a aussi choisi le géranium parce qu’il est « le symbole de La Grande Illusion ». Dans ce chef-d’œuvre avec Jean Gabin, signé Jean Renoir en 1937, le commandant von Rauffenstein sacrifie l’unique fleur de la forteresse, son géranium, juste après le décès du capitaine de Boëldieu. Le film, jugé trop pacifique, a été interdit en Allemagne par le régime nazi et en France par les autorités d’occupation en octobre 1940. « Plus que jamais, il résonne dans l’actualité. Il y avait cette idée de fraternité entre les peuples qui me touche beaucoup », commente Sabine Azéma. La visite du jardin s’achève par un extrait de la pièce de théâtre d’Edmond Rostand, « l’Aiglon », où les pétales du géranium deviennent Légion d’honneur.
L’affiche du festival international des jardins de Chaumont-sur-Loire, qui se tient jusqu’au 1er novembre, montre Marilyn Monroe fondue dans un tapis de pétunias roses. On peut y lire : « Le jardin fait son cinéma ». « Ce sont des arts de la mémoire, du temps et du mouvement. Ils ont de très grandes similitudes », analyse Chantal Colleu-Dumond. L’actrice et réalisatrice Mélanie Laurent a créé « La Lanterne des profondeurs ». Des jardins évoquent de façon détournée « Rouge-Baiser » de Véra Belmont, le film d’animation « Fantasia » des studios Disney, « Jurassic Park » de Spielberg ou encore l’œuvre de Jacques Tati.




