C’est une figure à part du cinéma français. Adèle Haenel, comédienne du « Portrait de la jeune fille en feu » ou de « En liberté ! », était l’invitée de C dans l’air ce samedi après-midi sur France 5. Une intervention rarissime : l’actrice de 37 ans n’avait quasiment pas pris la parole publiquement, en dehors de ses réseaux sociaux, depuis cinq ans.
Une sortie médiatique qui intervient quelques jours après la condamnation en appel du réalisateur Christophe Ruggia à cinq ans de prison, dont deux ferme sous bracelet. Le cinéaste était poursuivi pour agressions sexuelle sur Adèle Haenel - qu’il avait faite tourner dans « Les diables » - alors que la jeune fille était alors âgée de 12 à 14 ans.
« C’est un soulagement, la fin d’un parcours judiciaire lourd et éprouvant, a réagi la comédienne, émue et calme à la fois, la voix déterminée, répondant aux questions d’Aurélie Casse. Un chapitre se ferme, c’est bien d’avoir les termes posés. Ce parcours, c’est un travail, du temps passé sur un dossier, et c’est du temps que je pourrai consacrer à autre chose désormais ».
« Que toutes les vies soient vivables »
Interrogée sur son militantisme, Adèle Haenel insiste sur le combat pour la justice au-delà de son propre cas, qu’elle souhaite mener. « C’est un parcours qui se mène dans la société. Le fait qu’il n’y ait plus d’injustices, c’est ça mon projet. Que toutes les vies soient vivables, souligne-t-elle, en chemise claire et cravate, accompagnée de son avocate Anouck Michelin. Je me sens chanceuse d’avoir eu droit à la justice. La réalité, c’est que dans de nombreux exemples, les gens n’ont pas l’occasion de voir leur cas traité en justice ».
Confrontée à l’écran, à l’image d’elle à 12 ans dans le film de Christophe Ruggia, elle semble agacée. « Si je suis venue ici, c’est pour parler du présent. Mon enfance a été massacrée, martèle Adèle Haenel. J’ai envie de parler des enfants qui subissent aujourd’hui et que personne ne veut voir. La réparation, elle est dans la transformation de la société. On me dit que je suis militante. De quoi ? De vivre dans un monde où toutes les enfances sont protégées, à l’abri des bombes, comme des viols ».
Elle poursuit. « L’Etat de droit devrait être limité et circonscrit. Aujourd’hui, il est piétiné. J’étais dans une flotille pour Gaza, qui a été attaquée en pleine mer et rien n’a été fait, dénonce celle qui avait dû quitter la mission maritime prématurément, à cause d’une avarie technique sur son bateau, en septembre 2025. Je me bats aux côtés du droit, dans un monde en train de glisser vers le fascisme ».
« Je fais du théâtre »
Dans cette séquence d’une dizaine de minutes, elle dénonce une industrie du cinéma, qui selon, elle n’a pas appris de ses erreurs. « Cette histoire, c’est du caché exhibé. C’est un film qui a été vu par des milliers de gens, et qui sexualise des enfants », remarque-t-elle.
Aurélie Casse l’interroge sur un potentiel retour au cinéma. « Je fais du théâtre, tranche l’actrice, c’est ça que je fais. Je ne critique pas le médium, mais l’industrie. Qui construit des imaginaires qui n’aident pas à sortir de la crise dans laquelle nous sommes. Pour moi, les récits qu’elle propose restent problématiques, véhiculant racisme, sexisme. Je n’ai pas envie de participer à ça ».
Adèle Haenel est devenue un symbole depuis sa réaction épidermique aux César de 2019 lorsque, accompagnée de la réalisatrice Céline Sciamma, elle a claqué la porte des César au moment où une distinction était attribuée à Roman Polanski, accusé de viols.
Elle ne s’était pas publiquement exprimé depuis 2021, date à laquelle la comédienne présentait le documentaire « Retour à Reims » dont elle signait la voix off. « Oui, le militantisme prend beaucoup de place dans ma vie », nous confiait-elle alors.




