L’amour et les livres

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Les applications de rencontre filtrent l’autre avant qu’il ait eu le temps d’être autre. Les algorithmes de recommandation filtrent le livre avant qu’il ait eu le temps de déranger. La chronique de Chloé Morin, politologue et essayiste.

Par Chloé Morin 

Chloé Morin, politologue et essayiste. Le Parisien-DA/AFP/Joël Saget

Chloé Morin, politologue et essayiste. Le Parisien-DA/AFP/Joël Saget

28 % des jeunes de 18 à 24 ans n’ont pas fait l’amour en un an. En 2006, ils étaient 5 % dans cette situation. La même semaine, le Centre national du livre publie son baromètre : 67 % des adolescents de 16 à 19 ans déclarent faire autre chose pendant qu’ils lisent. Ils envoient un message, regardent la télévision, scrollent sur TikTok. Ces deux chiffres n’ont jamais été mis côte à côte. Ils disent pourtant la même chose.

Lire, rester dans une phrase et laisser une voix étrangère vous habiter pendant 200 pages est un acte que les neurologues savent désormais localiser. Il mobilise le réseau de mentalisation. Celui qu’activent aussi, selon les neurosciences de l’attachement, les premiers temps de l’amour : même zone, même opération, même vulnérabilité requise. C’est à cet endroit-là qu’on loge le personnage de Tolstoï. L’inconnu du premier chapitre. La femme dont on a suivi la respiration pendant 300 pages. C’est là aussi qu’on aime.

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