Comme en France, en Suisse, en Pologne et au Royaume-Uni, le concert du rappeur américain programmé dans un festival à Émilie-Romagne cet été a de grandes chances d’être annulé.
Pourra-t-on encore parler d’une tournée ? Kanye West devait défendre son nouvel album Bully dans dix pays d’Europe cet été, dont l’Italie, où un concert du rappeur américain est prévu le 18 juillet à la RCF Arena d’Émilie-Romagne, dans le cadre du festival Hellwatt. Mais sa participation à cet événement pourrait être compromise. Comme en France, en Angleterre, en Pologne et en Suisse, politiciens, syndicats et représentants de la communauté juive haussent le ton et réclament l’annulation du concert.
Tous pointent du doigt les sorties de route de l’artiste américain qui a tenu ces dernières années des discours inconcevables sur l’esclavage, les personnes juives ou encore le nazisme. Des dérives auxquelles s’ajoutent une chanson à la gloire d’Hitler et la mise en vente de t-shirts frappés d’une croix gammée, présentés dans une publicité au Super Bowl. Personne ne comprend donc la venue de Kanye West dans cette ville hautement symbolique qui, en 1950, a reçu la médaille d’or de la valeur militaire pour son rôle crucial dans la résistance italienne contre les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale.
La ville excuse Kanye West
Pina Picierno, vice-présidente du Parlement européen et membre éminente du Parti démocrate italien, a récemment exhorté le ministère de l’Intérieur, seul décisionnaire d’une éventuelle annulation, à adopter une position similaire à celle des autres pays d’Europe. Dans des propos relayés par le quotidien local La Gazzetta di Reggio, l’élue a reproché au gouvernement de « rester les bras croisés avec ses 68 000 billets vendus, comme si de rien n’était ».
Pour nous, l’antifascisme n’est pas un désir momentané, mais une valeur ancrée dans notre histoire
Rosamaria Papaleo, représentante du Confédération des syndicats italiens (CISL)Cet avis a été partagé par Rosamaria Papaleo, représentante de la Confédération des syndicats italiens (CISL), qui juge « très contradictoire qu’un artiste connu pour ses déclarations antisémites puisse être accueilli dans cette ville, qui a toujours défendu avec force les valeurs antifascistes ». « Pour nous, l’antifascisme n’est pas un désir momentané, mais une valeur ancrée dans notre histoire », a-t-elle ajouté.
Le maire d’Émilie-Romagne, lui, n’a pas fait part de son inquiétude. L’édile estime dans un communiqué relayé par Variety qu’il préfère « prendre [ses] distances avec les déclarations de Kanye West », notamment suite à son mea culpa effectué en janvier dernier dans les colonnes du Wall Street Journal. Le rappeur disait regretter son comportement, l’imputant à des troubles bipolaires.
Le directeur artistique du festival Hellwatt a également rappelé cet épisode médiatique et juge que Kanye West est « ni nazi ni antisémite », mais simplement touché par la maladie. Auprès de l’agence de presse ANSA, il a précisé que sa manifestation est « un espace de libre expression artistique » et que le rappeur a accepté de présenter ses excuses au public italien.
Six concerts encore programmés en Europe
À ce jour, seuls six des dix concerts programmés par Kanye West en Europe sont maintenus. Une date est prévue en Turquie le 30 mai, en Espagne le 30 juillet et au Portugal le 7 août. Deux autres représentations sont annoncées aux Pays-Bas les 6 et 8 juin, où il n’est pas prévu que le concert soit annulé selon les récentes déclarations du vice-Premier ministre, Bart van den Brink. Au Royaume-Uni, le ministère de l’Intérieur a interdit à l’artiste de se rendre sur le territoire, compromettant sa venue dans un festival londonien en juillet. En début de semaine, la Pologne et la Suisse ont également annulé les concerts du rappeur, prévus respectivement les 19 et 26 juin.
À lire aussi L’embarrassante programmation de Kanye West, paria du rap, agite les municipales à Marseille
La France n’a pas fait exception. Kanye West devait donner un concert unique dans l’hexagone le 11 juin au Vélodrome de Marseille. Mais sous la pression de Laurent Nunez, ministre de l’Intérieur, l’ex-gloire du hip-hop américain a décidé de « reporter jusqu’à nouvel ordre » son show. Comme en Italie, l’annonce du concert avait provoqué un tollé dans toute la cité phocéenne. Le maire socialiste Benoît Payan s’en est offusqué, rappelant que l’enceinte du Vélodrome ne devait pas devenir « une vitrine pour ceux qui promeuvent la haine et le nazisme ».

il y a 21 hour
1



