Elle a bien caché son jeu. Hormis celui qui partage sa vie, personne n’était au courant qu’Élisabeth Gérard poursuivait le défi qu’elle s’était fixé il y a plus deux ans. Costumière de formation, elle a usé de ses talents de couturière et de sa créativité en concevant de A à Z une tenue de bourgeoise troyenne (Aube) de 1820. « Plus jeune, j’étais fan de jeux vidéo. Je suis tombée dans le cosplay. J’ai réalisé mon premier costume à 14 ans. C’était un personnage de mon jeu préféré. Il a beaucoup plu. Cela m’a donné confiance en moi », souligne-t-elle.
De fil en aiguille, elle en fait son métier en obtenant un bac pro « Métiers de la mode - vêtements ». Avant de suivre diverses formations pour étoffer sa palette. « J’aimais le détail et la reproduction mais il n’y a pas trop de filières pour devenir costumière. » Désormais à son compte, elle a aménagé son atelier dans une pièce de son appartement troyen et travaille à temps partiel dans un magasin de tissus. « Depuis que je me suis lancée, le travail ne manque pas mais certaines commandes prennent parfois du temps. Je peux passer plus d’un mois sur un costume. »
Une coiffe haute d’une cinquantaine de centimètres
Son costume de bourgeoise troyenne, posé sur un mannequin dans son salon, ne fait pas exception, « d’autant plus qu’à l’époque, les machines à coudre n’existaient pas. » Femme de défis, elle s’est mis en tête de réaliser cet habit des années 1820 jusqu’à la moindre couture. « Tout le monde connaît les costumes traditionnels alsaciens et bretons. Pour la Champagne, c’est plus difficile. » À tel point qu’elle a dû effectuer des recherches poussées pour trouver des exemples concrets.
« Dans un musée de Troyes, il existe heureusement un tableau m’ayant donné de nombreux indices. » « Le Colporteur », peint par Henri Valton dans les années 1840, met en scène un homme vendant des châles à plusieurs femmes de la région troyenne. Avec franchise, elle admet que peu de personnes pensaient qu’elle irait au bout du défi. « Cela m’a encore plus motivé ! Quand on te dit que tu n’arriveras pas à quelque chose, cela produit l’effet inverse. »
Méticuleuse, elle n’a négligé aucun détail, y compris quand ils sont masqués. « Par exemple, le corset m’a pris trois mois. » Elle a aussi passé beaucoup de temps dans le choix des matières, en particulier le lin et la soie. « Je voulais que ce costume soit parfait. »

C’est le cas du toquat. Ce nom que nombre de Champenois n’ont jamais entendu désigne la coiffe complétant le costume de bourgeoise troyenne du début du XIXe siècle. Il lui permettait de se différencier du reste de la société. Haut d’une cinquantaine de centimètres, il se compose d’un socle en bois et en papier et d’une double armature en laiton.
Élisabeth Gérard, qui a passé deux ans et demi à travailler, dès qu’elle le pouvait, sur son costume, ne s’est pas contentée de le conserver à domicile. Il y a quelques semaines, elle a participé, en région parisienne, à la 80e édition de la Payse de France. C’est le pendant folklorique de l’élection de Miss France. Pas de quoi intimider la jeune créatrice. « Avec le cosplay, j’ai l’habitude des concours ! » Pour décrocher la première place, il ne fallait pas se contenter de défiler sur un podium. L’éloquence et la culture générale sont prises en compte.
Une heure pour enfiler et ajuster son costume
Deuxième dauphine, la Troyenne a vécu une aventure peu commune. « Depuis la création du concours, c’était la première fois qu’une candidate participait avec un costume qu’elle a réalisé. Mon optique n’était pas de gagner mais de valoriser la Champagne. »
Avant de monter sur scène, Élisabeth Gérard a franchi une première épreuve : enfiler les nombreuses couches de sa tenue d’il y a deux siècles. « J’ai fait en sorte de pouvoir la mettre moi-même mais il faut une bonne heure pour tout ajuster. » Y compris les pouillères. L’un des éléments caractéristiques du costume champenois sont ces poches amovibles et cachées. Celles d’Élisabeth Gérard laissent apparaître des cochons d’Inde brodés. Ils n’ont rien à voir avec une quelconque fascination pour le rongeur dans la Champagne du XIXe siècle. « Les femmes les personnalisaient en fonction de leurs goûts et j’adore les cochons d’Inde. » Traditionnel et moderne, à l’image d’Élisabeth Gérard.




