Boualem Sansal n’entend pas rester sur le territoire français. « La France, c’est fini pour moi. Il me reste quelques mois à tirer dans ce pays et je me tire », a-t-il déclaré à TF1 depuis Bruxelles. L’écrivain franco-algérien entre ce samedi à l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique.
L’écrivain, incarcéré en Algérie pendant un an pour certaines prises de position sur son pays natal, a retrouvé la liberté en novembre 2025. Il a été gracié par le président Abdelmadjid Tebboune, qui a répondu favorablement à une demande des autorités allemandes. Depuis sa libération, l’octogénaire est en traitement médical en région parisienne pour plusieurs pathologies lourdes. Mais « je déteste Paris, je ne pense pas que je vais rester en France », a-t-il déclaré à l’AFP vendredi.
Il a confirmé samedi son intention de quitter le pays au micro de TF1. « C’est pas possible. Je ne vais pas maintenant me battre avec des Don Quichotte contre les moulins. (…) La France, pour moi, c’est fini », a-t-il lâché, sans dire où il ira ensuite. « J’ai quelques années à vivre, tranquille. Je vais aller, je ne sais pas où. Chez les Belges, s’ils veulent de moi, ou ailleurs. »
Polémique dans le monde de l’édition parisien
Depuis quelques semaines, Boualem Sansal est au cœur des remous dans le monde parisien de l’édition. L’écrivain a quitté le mois dernier son éditeur historique, Gallimard, pour entrer chez Grasset, une maison contrôlée par le groupe Hachette du milliardaire conservateur Vincent Bolloré. Son arrivée chez Grasset a coïncidé avec le départ du PDG de cette maison, Olivier Nora, considéré par de nombreux auteurs comme un « licenciement » décidé par Vincent Bolloré.
Les deux dirigeants étaient en désaccord sur la date de publication du prochain livre de Boualem Sansal, finalement anticipée à juin. Le départ d’Olivier Nora a provoqué une fronde inédite dans l’édition, marquée par le départ de nombreuses signatures connues de Grasset et un appel largement relayé à étendre à ce secteur une « clause de conscience », semblable à celle existant pour les journalistes.
À l’AFP, Boualem Sansal a dit refuser d’être instrumentalisé politiquement et qu’on l’associe à Vincent Bolloré. « Pourquoi avant mon arrivée chez Grasset personne n’a dit les gens qui sont chez Grasset sont chez Bolloré… J’arrive moi et on dit ah il est chez Bolloré », a protesté l’écrivain, y voyant « une cabale » pour le décrédibiliser. « Bolloré, je ne l’ai jamais rencontré, je ne connais pas ce monsieur. Il n’a pas besoin de moi, je n’ai pas besoin de lui », a-t-il insisté.
« Ça me donne de la force »
Yves Namur, secrétaire perpétuel de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, reconnaît que la polémique en cours chez Grasset vient perturber l’événement de samedi après-midi. « Oui ça nous met mal à l’aise, nous aurions préféré éviter le trouble », a-t-il déclaré à l’AFP.
Il relativise toutefois les conséquences. Il y a certes eu quelques appels à différer la réception le temps que la controverse s’apaise. Mais seule une académicienne a prévenu qu’elle serait absente samedi. « Sans pour autant regretter son geste d’avoir voté » pour Boualem Sansal, souligne-t-il.
L’élection de l’écrivain franco-algérien dans cet aréopage bruxellois de 40 « fauteuils », dont dix réservés à des étrangers, a eu lieu quelques semaines avant sa libération. L’Académie avait alors dit vouloir honorer un homme « portant haut la fonction créatrice de l’écrivain », à ses yeux « inséparable de la liberté dans laquelle elle s’exerce ».
« Ça flatte, quand on sort de prison et qu’on a été ramené à zéro, sans statut, sans droits » et « ça me donne de la force », a réagi Boualem Sansal dans son entretien à l’AFP vendredi. La parution de « La Légende », livre dans lequel il raconte sa détention, est prévue le 2 juin, selon Grasset.




