Les films au cinéma cette semaine : faut-il voir ou éviter Alter Ego, Christy et Pillion ?

il y a 12 hour 3

Laurent Lafitte dans une fable absurde et surréaliste, Sydney Sweeney enfile des gants de boxe pour un biopic, un couple de bikers BDSM... La sélection cinéma du Figaro.

Alter Ego - À voir

Comédie de Nicolas Charlet et Bruno Lavaine - 1 h 39

Dans la riante commune de Montdidier, Alex, quadragénaire marié à Nathalie et père du jeune Enzo, coule des jours paisibles. Jusqu’à ce que s’installent leurs nouveaux voisins. L’employé modèle de la Cogip découvre alors avec stupéfaction que celui qui emménage dans le pavillon mitoyen possède « la même tête que lui avec des cheveux ». Quand il tente de faire remarquer à sa chère et tendre que l’impétrant possède une certaine « ressemblance avec quelqu’un qu’elle connaît », celle-ci s’empresse de lui répondre : « Ah oui, avec Julien Courbet ! » Le quiproquo le cueille à froid. Avec Alter ego, fable absurde un tantinet surréaliste, le tandem Nicolas & Bruno fait un retour tonitruant dans l’arène de la comédie décalée à la française. L’intrigue échappe habilement à ce travers grâce à la profondeur inattendue d’un postulat ubuesque ainsi qu’à un humour ravageur. O. D.

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La note du Figaro : 3/4

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Pillion - À voir

Comédie d’Harry Lighton - 1 h 47

Pillion se déroule dans le milieu des bikers BDSM. Le jeune héros découvre un monde. Colin, garçon timide qui vit encore chez ses parents et qui est gardien dans un parking de banlieue, tombe sur un motard barbu dans le pub où il chante au sein d’un quatuor arborant veste à rayures et canotier. Ray lui donne rendez-vous le jour de Noël. Colin ne résiste pas. Dans une impasse, le bel inconnu lui demande une fellation. Autre suggestion : qu’il lèche ses bottes. Les parents du nigaud sont tout contents que leur fils ait enfin trouvé un compagnon. De Ray, on ne sait rien, ni quel est son travail ni d’où il vient. On le prend pour un monstre insensible au physique avantageux de Viking blond. En plongeant dans le milieu des bikers BDSM, Harry Lighton réussit un premier film combinant audace et décontraction. Laconique, impassible, jouant de son image, Alexander Skarsgard interprète son rôle avec réserve et malice. É. N.

La note du Figaro : 3/4

Allah n’est pas obligé - À voir

Animation de Zaven Najjar - 1 h 23

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Nous sommes au Liberia dans les années 1990. Parmi les hommes, on distingue soudain des enfants. Le contraste est violent. Des missiles explosent. La voix d’un gamin retentit : « D’abord, je m’appelle Birahima. J’ai dix ou douze ans et j’ai peur de rien du tout ! » Avec son casque vert kaki surmonté d’un éclair jaune et rouge, le garnement affiche un regard qu’il voudrait méchant tandis qu’il tient une mitraillette trop lourde pour lui. Birahima devient malgré lui un enfant soldat, prêt à en découdre sur le sentier de la guerre. Et qui apprend à manier une arme alors qu’il ne sait même pas encore lire. Allah n’est pas obligé progresse comme un film en clair-obscur, oscillant sans cesse entre l’innocence de l’enfance et la barbarie des adultes, la foi et l’espoir face au cynisme, la couleur contre les ténèbres. O. D.

La note du Figaro  : 3/4

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La Maison des femmes - À voir

Drame de Mélisa Godet - 1h50

Au départ, on se dit qu’un documentaire sur la Maison des femmes aurait parfaitement pu faire l’affaire. En soi, l’histoire de la création de cette structure de soin unique en France, fondée en 2016 à Saint-Denis par la gynécologue obstétricienne Ghada Hatem-Gantzer, est déjà tout à fait passionnante. Et puis, dès les premières images du film de Mélisa Godet, on se retrouve plongé au cœur d’un groupe de parole où des femmes s’expriment en toute liberté. Les victimes racontent, se libèrent parfois. Très vite, le film met en place l’équipe de soin qui œuvre dans l’urgence permanente à accompagner les femmes victimes de violences. L’immersion dans le quotidien du personnel ayant l’impression de vider à la petite cuiller l’océan de la souffrance des femmes violées ou battues, est passionnante. Ce premier long-métrage plein d’espoir et d’énergie, qui sort quatre jours avant la Journée internationale du droit des femmes fait un bien fou. Voilà un film nécessaire. Et tant pis pour le documentaire... O. D.

La note du Figaro : 3/4

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Christy - On peut voir

Biopic de David Michôd - 2 h 15 

Les cinéphiles français avaient quitté Sydney Sweeney, blonde, vengeresse et triomphante dans La Femme de ménage . Ils ne vont pas la reconnaître ce mercredi dans Christy, le biopic que le réalisateur australien David Michôd consacre à la boxeuse Christy Martin. Sydney Sweeney, qui se donne sans mesure et livre un tour de force, a pris 16 kilos de muscle et affiche des cheveux bruns bouclés et des yeux marron pour incarner cette pionnière du ring des années 1990 lorsque la discipline commençait à peine à s’ouvrir aux femmes. Le film lève aussi le voile sur ses douloureux combats intimes. De son homosexualité qu’elle doit cacher à l’emprise de son entraîneur (Ben Foster). Il l’épousera avant de la brimer et de la droguer. L’ascension et la descente aux enfers vont de pair dans ce portrait certes classique, mais vibrant et émouvant. David Michôd offre sur le ring une expérience immersive. Les combats sont reproduits et chorégraphiés avec fidélité mais laisse la place à la fatigue, au chaos et à l’impulsivité. C. J.

La note du Figaro  : 2,5/4

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Jumpers - On peut voir

Animation, de Daniel Chong - 1h45

Pour les vacances, Disney a sorti un nouveau Pixar de sa manche : Jumpers. On y découvre une adolescente passionnée par les animaux, Mabel, qui s’entête à vouloir préserver une petite étendue naturelle que lui a fait découvrir sa grand-mère avant de mourir. Cet étang est désormais menacé par la construction d’une bretelle d’autoroute. Mabel est prête à tout pour défendre ce territoire sauvage et naturel. Elle entend alors parler d’expériences secrètes menées par des scientifiques: une nouvelle technologie révolutionnaire qui permet de communiquer avec les animaux en intervertissant les cerveaux. Pas d’hésitation, Mabel transfère sa conscience dans le corps d’un animal-robot plus vrai que nature qui ressemble à une adorable femelle castor. Ainsi projetée au cœur du règne animal, Mabel va tenter de sauver cet habitat naturel en danger de mort. Fable écologique, récit initiatique, film de science-fiction façon Avatar où l’héroïne projette son esprit dans le corps d’un mammifère trop mignon, ce nouveau film d’animation coche toutes les cases du divertissement intelligent. Pourtant, il manque peut-être un brin d’inspiration, un petit supplément d’âme qui aurait pu le propulser jusqu’à la perfection d’un Vice-Versa, d’un Là-haut ou d’un Elémentaire ... On attend avec impatience Toy Story 5 ! O.D.

La note du Figaro : 2/4

The Bride ! - On peut voir

Film d’horreur de Maggie Gyllenhaal - 2 h 06

L’univers de Mary Shelley a la cote. Quelques mois après le film de Guillermo Del Toro, Maggie Gyllenhaal s’intéresse aussi à son monstre. Frankenstein a désormais cent ans et a quitté ses Alpes natales pour le Chicago des années 1930. Il se meurt de solitude et convainc une scientifique de lui fabriquer une compagne en revitalisant le cadavre frais d’une jeune femme ayant déplu à la mafia. Sauf que cette Ida ne compte pas jouer les femmes soumises et embarque « Frank » dans un périple de représailles jouissif. Probable lauréate de l’Oscar de la meilleure actrice pour sa performance de mère endeuillée dans HamnetJessie Buckley sidère à nouveau avec son intensité, sa révolte innée, sa voix rauque qu’elle module dans ses moindres nuances. L’Irlandaise arrive même à éclipser son partenaire Christian Bale, plus à l’étroit dans le complet du héros esseulé. Tour à tour, film noir, de gangsters à la Bonnie and Clyde, comédie musicale, récit horrifique, idylle… The Bride ! échappe, comme Frankenstein, à sa créatrice et laisse un peu circonspect sur ce qu’il veut dire. C. J. 

La note du Figaro  : 2/4

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