CRITIQUE - En plongeant les spectateurs au cœur de cette structure de soin unique en France dédiée aux victimes de violences faites aux femmes, le premier film de Mélisa Godet fait partager le quotidien du centre de soins de Saint-Denis. Un long-métrage plein d’espoir et d’énergie.
Passer la publicité Passer la publicitéAu départ, on se dit qu’un documentaire sur la Maison des femmes aurait parfaitement pu faire l’affaire. En soi, l’histoire de la création de cette structure de soin unique en France, fondée en 2016 à Saint-Denis par la gynécologue obstétricienne Ghada Hatem-Gantzer, est déjà tout à fait passionnante.
Et puis, dès les premières images du film de Mélisa Godet, on se retrouve plongé au cœur d’un groupe de parole où des femmes s’expriment en toute liberté. Les victimes racontent, se libèrent. Certaines disent : «On ne peut pas se réveiller un matin en se disant : “C’est bon, j’ai été violé. C’est OK!”» D’autres avouent : «On m’a dit qu’il faut pardonner. Pour avancer, il faut pardonner. Je n’ai pas envie. J’ai le droit. C’est comme la colère. J’ai le droit d’être en colère».
Un juste combat
Très vite, le film met en place l’équipe de soin qui œuvre dans l’urgence permanente à accompagner les femmes victimes de violences. Ce film choral met en scène Karin Viard en cheffe d’orchestre déterminée. C’est elle qui annonce à toutes celles et ceux qui la suivent que «la structure est menacée à moyen terme.» Qui plus est, des inspecteurs de l’Igas (Inspection générale des affaires sociales) viennent «évaluer le modèle» sous la houlette de Laurent Stocker (excellent, comme toujours). Karin Viard fulmine. Comment ose-t-on lui mettre «les Bœuf-carottes» de la santé sur le dos alors qu’il y a tant à faire? Elle se démène comme une diablesse. Elle sait que son combat est juste.
À ses côtés, une pléiade de comédiens formidables lui donnent la réplique, de Lætitia Dosch à Eye Haïdara, en passant par Oulaya Amamra, Pierre Deladonchamps, ou Juliette Armanet. Le problème, c’est que «les femmes battues passent toujours à la trappe» enrage Karin Viard. Et son collègue administrateur (Jean-Charles Clichet) de répliquer : «On se vend mal, voilà! On ne se markette pas ! » C’est décidé, La maison des femmes va faire du bruit. «On va même s’agrandir et on va se reproduire» lance Diane.
Le film file à cent à l’heure. On se croirait dans la série Urgences. L’immersion dans le quotidien de cette équipe de soin ayant l’impression de vider à la petite cuiller l’océan de la souffrance des femmes violées ou battues, est passionnante. Ce premier long-métrage vibrant, plein d’espoir et d’énergie, qui sort quatre jours avant la Journée internationale du droit des femmes fait un bien fou. Voilà un film nécessaire. Et tant pis pour le documentaire...

il y a 22 hour
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