CRITIQUE - Le réalisateur Akio Fujimoto retrace l’expédition désespérée d’une sœur et son petit frère vers une hypothétique liberté, depuis un camp de réfugiés au Bangladesh.
Passer la publicité Passer la publicitéIls jouent à cache-cache ou à un, deux, trois, soleil ! sans se préoccuper de ce que les adultes préparent de leur côté. Somira, 9 ans, et son petit frère, Shafi, 4 ans, sont encore à l’âge de l’insouciance. Pourtant, l’heure est au départ. Leur grand-père et leur tante espèrent qu’ils pourront rejoindre la maison de leur oncle, qu’ils n’ont jamais vu, à Kuala Lumpur, en Malaisie. Somira a capté dans une conversation que l’endroit se situait non loin d’un manguier géant, dont elle connaît bien les fleurs.
Accompagnés d’une cohorte de jeunes Rohingyas, réfugiés au Bangladesh dans un camp pour échapper aux persécutions du Myanmar, ils se mettent en route comme s’ils partaient pour une longue promenade… Le réalisateur japonais Akio Fujimoto filme cette odyssée désespérée à hauteur d’enfants. Les premiers jours ne s’apparentent pas à une fuite éperdue. Et pourtant…
Les conditions de leur voyage vont se durcir de jour en jour, entre la camionnette délabrée, la barque à moteur, la terrible chaleur sur le pont d’un chalutier en haute mer, les garde-côtes et leurs fusils à l’arrivée en Thaïlande, la touffeur d’une jungle inextricable soumise à de violents orages, sans oublier les brigands qui profitent de cette fuite en Malaisie pour se remplir les poches.
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Frimousses innocentes
Le réalisateur s’attache toujours à filmer autant la violence qui entoure les deux protagonistes que cette volonté farouche des enfants de recréer en tous lieux un espace de jeu qui leur appartienne. Filmé caméra à l’épaule, Les Fleurs du manguier immerge le spectateur dans un « road movie » migratoire de facture presque documentaire. Ce terrifiant effet de réalisme poigne à chaque étape du périple. On retient son souffle. Le regard bienveillant du réalisateur sur ces deux frimousses innocentes propulse le film au cœur de l’intime. Le film montre les liens d’amour indéfectibles qui unissent cette grande sœur protectrice et son fragile petit frère qui s’ingénie à rester joyeux contre vents et marées.
Ballotté dans un océan d’indifférence, malmené dans le tourbillon cruel du monde, ce tandem innocent souligne la noirceur des adultes qui s’agitent au-dessus de leurs têtes. Bientôt livrés à eux-mêmes, Somira et Shafi parviennent à avancer tant bien que mal vers leur destination. Avec son maillot jaune poussin à bandes noires, la jeune héroïne fait figure de guerrière à la Kill Bill. Ils s’évaderont d’un camp dans la jungle, et marcheront des kilomètres à pied, la gamine portant son frère sur ses épaules.
La simplicité du film n’a d’égales que sa force émotionnelle et son implacable beauté visuelle. Si l’on sait que le peuple rohingya est injustement massacré par la Birmanie depuis les années 1980, Les Fleurs du manguier permet au public de le comprendre d’incroyable manière. On se souviendra longtemps de ce petit garçon rêveur, les doigts posés sur les planches de sa charrette bringuebalante, les yeux dans le vide, tandis que défile le paysage de la route.
La note du Figaro : 3/4

il y a 18 hour
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