« Nous en avons besoin » : Mathieu Kassovitz, fervent défenseur de l’IA

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Le réalisateur de La Haine, invité au Festival mondial du film d’intelligence artificielle de Cannes, a vanté les qualités de la nouvelle technologie qu’il envisage d’utiliser pour ses prochaines productions.

Après avoir été pointée du doigt pendant des mois par une grande partie de l’industrie cinématographique, l’IA suscite aujourd’hui l’intérêt de nombreux cinéastes. Parmi eux, Mathieu Kassovitz, césarisé pour son film La Haine  en 1995 et Les Rivières pourpres en 2000, dans lequel jouait la regrettée Nadia Farès. Mercredi 22 avril, à Cannes, le réalisateur a vanté les qualités de cette nouvelle technologie. Le « dernier outil artistique dont le cinéma avait besoin », selon ses propos, relayés par le Guardian .

Mathieu Kassovitz était présent sur la Croisette à l’occasion du Festival mondial du film d’intelligence artificielle, dit aussi WAIFF. Un rendez-vous organisé depuis 2025 par le Département des Alpes-Maritimes, la Maison de l’IA et l’Institut EuropIA. L’objectif ? Encourager la rencontre entre les acteurs du monde audiovisuel et ceux de l’IA. Depuis le Palais des Festivals et des Congrès, le cinéaste a évoqué la préparation de son prochain long-métrage dans lequel il prévoit l’utilisation massive de l’intelligence artificielle pour mettre en image un scénario inspiré de La Bête est morte, une bande dessinée d’Edmond-François Calvo publiée en 1944.

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Le réalisateur a toutefois mis en pause la production du film en raison des progrès trop rapides de l’IA. Il préfère explorer toutes les possibilités offertes par cette technologie afin d’éviter que son œuvre soit déjà obsolète à sa sortie. À Cannes, Mathieu Kassovitz a révélé que le coût des effets visuels pour ce film s’élève à seulement 25 millions de dollars avec l’aide de l’IA, contre une cinquantaine de millions en faisant appel à des artistes traditionnels. Il en a aussi profité pour annoncer la création d’un studio de cinéma spécialisé dans l’intelligence artificielle, à Paris, à l’image de ce qu’a pu faire un George Lucas en 1975 avec la mise en place d’un département des effets spéciaux pour créer son Star Wars .

Bande-annonce de La Haine de Mathieu Kassovitz (1995)

« Nous sommes tous des voleurs »

« Pour l’instant, tout le monde a peur, a-t-il déclaré. Mais d’ici quelques années, vous aurez de véritables superstars de l’IA, des acteurs virtuels avec des millions d’abonnés. Ils seront présents sur votre téléphone et, lors de la promotion d’un film, vous pourrez interagir directement avec eux. » Selon Mathieu Kassovitz, dans à peine « deux ans, plus personne ne se souciera » des personnages créés par l’intelligence artificielle. Il estime que les cinéphiles finiront par admirer les performances de ces acteurs. Lui-même a récemment été stupéfait par une performance IA, dont le regard exprimait « une émotion et donnait des frissons ».

J’ai repris des plans de Scorsese qui les avait lui-même repris de Kurosawa qui les avait lui-même repris d’Eisenstein

Mathieu Kassovitz

Pour Mathieu Kassovitz, cependant, recourir à l’intelligence artificielle ne veut pas dire minimiser le travail des artistes. Notamment des comédiens de doublage qui auront toujours un rôle à jouer en prêtant leur voix aux visages créés par la technologie. Une idée allant à l’encontre des sentiments de la profession, qui dit compter parmi les grandes victimes de l’essor de l’IA.

Le Français balaye aussi l’importante question du droit d’auteur. Alors que de nombreux artistes du secteur musical comme Dua Lipa et Elton John ont récemment partagé leurs inquiétudes sur le pillage de leurs œuvres par l’IA, le cinéaste s’interdit de parler de « vol ». Il prend l’exemple de son propre long-métrage, La Haine, réalisé « à partir d’autres films ». « J’ai repris des plans de Scorsese qui les avait lui-même repris de Kurosawa qui les avait lui-même repris d’Eisenstein, remarque-t-il. À moins de créer quelque chose de toutes pièces, nous sommes tous des voleurs. »

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L’industrie embrasse l’IA

Cette déclaration corrobore celle de Jean-Michel Jarre qui exhortait la veille, lors du même événement cannois, les industries de la musique et du cinéma à introduire l’IA dans leurs productions. Cet outil représentant une révolution technologique aussi « historique » que celle « des frères Lumière ». Le musicien et compositeur a déclaré au micro de RTL que « la piraterie et les faussaires existaient avant l’électricité et existeront après l’IA ». « On est tous des voleurs, on moissonne ce qu’on entend, ce qu’on regarde, ce qu’on lit et ce qui compte, c’est la spécificité de ce qu’on en fait », ajoutait-il.

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Les déclarations des deux géants artistes français interviennent à un moment où l’industrie semble de plus en plus embrasser les exploits de l’IA. De nombreux projets intégrant cette technologie ont été annoncés ces dernières semaines. Le dernier en date concerne un long-métrage du réalisateur Doug Liman, qui dit avoir économisé plus de 230 millions de dollars grâce à l’intelligence artificielle. La bande-annonce d’un film avec le regretté Val Kilmer reproduit par la technologie a également été dévoilée. Cette révolution s’est même invitée dans les studios de Bollywood, où un film entièrement généré par IA devrait s’emparer des salles obscures à la fin de l’été.

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