« Nous l’orchestre » de Philippe Béziat : une partition bien réglée mais quelques fausses notes

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Imaginez : les pages des partitions qui se tournent, le souffle des musiciens dans votre nuque et la baguette électrique du finlandais Klaus Mäkelä qui fend l’air à quelques centimètres de vous. Avec son documentaire « Nous l’orchestre », en salles ce mercredi 22 avril, Philippe Béziat prend un nouveau virage en immergeant les spectateurs au cœur de l’Orchestre de Paris - et de ses 120 musiciens- installé à la Philharmonie.

Adepte des coulisses de l’Opéra, après avoir signé les documentaires « Traviata et nous » ou « Les Indes galantes », nommé au César 2022, le réalisateur délaisse pour la première fois son cadre narratif habituel pour s’attaquer à la symphonie. Fini les livrets et les intrigues clairement définis. Cette immersion totale bouscule les codes du documentaire classique, au risque de laisser les moins mélomanes sur le bord du chemin…

Visuellement le film est réussi. Dès les premières minutes, la caméra nous place au plus près des instrumentistes, on entend tout, on ressent tout. Une véritable expérience sensorielle, presque physique. Grâce à un dispositif exceptionnel - plus de 90 micros ouverts lors des prises - le spectateur est submergé entre un coup d’archet, une respiration collective et une mélodie enivrante.

Tout pour la musique et des dialogues rares

C’est bien là toute la singularité du projet. « Nous l’orchestre » ne cherche pas à expliquer mais à faire vivre la musique. Le cinéaste lui-même qualifie son œuvre de « documentaire symphonique », où l’orchestre accompagne l’image et non l’inverse. Contrairement à la majorité des films où la musique est composée en post-production pour soutenir le scénario, elle intervient ici en premier et nous tient jusqu’à la dernière minute.

La mise en scène est claire : suivre les membres de cette formation dans leur quotidien, notamment leur trajet jusqu’à la Philharmonie, tout en saisissant des instants de vie, des conversations au sein du groupe, et même les doutes qui animent certains musiciens. On devine leurs parcours, sans jamais vraiment les connaître en profondeur. Une figure centrale émerge au sein de ce collectif : Klaus Mäkelä. À seulement 30 ans, le futur directeur du Chicago Symphony Orchestra dégage une énergie et une volonté impressionnante. On aurait d’ailleurs souhaité davantage de temps à l’écran pour cette jeune personnalité qui capte si bien l’attention.

Si vous êtes à la recherche d’un film d’action ou d’une comédie, ou si vous espériez des réponses sur le rôle du chef d’orchestre, ce documentaire n’est pas pour vous. Cette plongée sonore a un prix. À vouloir capter l’essence de la musique, « A nous l’orchestre » en oublie le spectateur. Les dialogues sont rares, souvent interrompus et remplacés par des pensées intérieures écrites. Frustrant. Mais c’est un choix assumé de la part du réalisateur qu’on ne peut que saluer.

Gagnant du Grand Prix Documentaire Musical en 2026, on peut légitimement se demander ce que Philippe Béziat réserve pour la suite. Après avoir exploré l’Opéra et la symphonie, quelle discipline artistique choisira-t-il ensuite de mettre en lumière ?

La note de la rédaction :

3/5

« Nous l’orchestre », documentaire français de Philippe Béziat (2026), avec l'Orchestre de la Philharmonie de Paris et Klaus Mäkelä. (1h30).

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