Ne vous attendez pas à des révélations sur Michael Jackson. « Michael » d’Antoine Fuqua est un film coproduit par plusieurs frères et sœurs du chanteur décédé en 2009 et par l’un de ses enfants, Prince. La star y est d’ailleurs incarnée par son neveu, Jaafar Jackson, le fils de Jermaine… choisi « après deux ans de casting » selon le récit officiel. Le long-métrage s’arrête en 1988 donc il n’est à aucun moment question du sujet le plus sensible de la vie de l’artiste : les accusations de pédophilie. Au-delà de cet angle mort, « Michael » est un biopic classique et prévisible. Mais c’est aussi un grand divertissement avec des scènes musicales ultra-plaisantes.
Le film commence avec les Jackson Five. À Gary, dans l’Indiana, un père qui ne souhaite pas que ses cinq fils passent leur vie à l’usine comme lui les entraîne pour qu’ils deviennent des vedettes de la chanson. Joseph Jackson fait répéter ses garçons nuit et jour, Michael essuie ses coups de ceinture quand il se rebelle et la mère, Katherine, soupire passivement dans l’embrasure de la porte. « Désolée, Michael, j’aurais dû te protéger », lâche-t-elle à son plus jeune fils des années après, dans l’une des répliques un peu trop démonstratives du film.
En un claquement de doigts et un brutal saut dans le temps, le long-métrage raconte ensuite un jeune homme avec des lunettes noires qui veut « tuer » son père. « Voici votre première mission : vous allez virer Joseph. Rapidement », lance-t-il à son avocat, qui s’exécutera par fax. Tout d’un coup, Michael rêve de liberté, d’« exprimer sa créativité » et de voler de ses propres ailes… tout en vivant sous le toit de ses parents, en lisant frénétiquement « Peter Pan » et en avalant glaces et seaux de pop-corn avec sa mère devant la télé.
À la recherche de l’homme derrière le masque
La star était tiraillée entre sa famille et son désir d’émancipation, fascinée par le monde de l’enfance. « Michael » le montre, mais ne plonge jamais le spectateur dans la tête de Michael Jackson. Le long-métrage reste aussi à la surface quand il donne aussi à voir ces fans hystériques, ces camions de courriers qui se garent sur le parking de la maison familiale… Sans interroger le vertige de ce gamin seul au point d’adopter des animaux sauvages.
On voit, dans des scènes qui suscitent un rire un peu gêné, une girafe se promener dans le jardin des Jackson, le python Muscles glisser sur le canapé du salon et Bubbles, le chimpanzé de Michael, lire des histoires avec son « ami ». Le long-métrage montre l’artiste chez le chirurgien esthétique avant une opération du nez. Ou en train de tenir des propos « illuminés » (« Je dois faire briller ma lumière, répandre l’amour et la joie »). Mais sous les traits de Jaafar Jackson, le roi de la pop apparaît toujours solaire, radieux, et on peine à comprendre l’homme derrière le masque.
Impressionnantes, ces scènes de concerts
Si le film n’est ni un portrait psychologique de Michael Jackson, ni le récit d’une révolution dans le monde de la musique (cet aspect-là est totalement absent du récit), il n’en reste pas moins un objet cinématographique très plaisant. D’abord parce que le destin de Michael Jackson est incroyablement romanesque. Ensuite parce que Jaafar Jackson, qui est chanteur, danseur et ressemble de façon stupéfiante à son oncle, parvient totalement à ressusciter la star.
Enfin, parce que ce biopic est porté par des scènes de concert impressionnantes et, évidemment, des tubes immenses (« I’ll Be There », « Never Can Say Goodbye », « Don’t Stop ‘Till You Get Enough », « Beat It », « Thriller », « Billie Jean », « Bad », « Human Nature »…). Antoine Fuqua, le réalisateur de « Training Day », « The Guilty » et « Equalizer », sait y faire en termes de mise en scène. Et il a l’intelligence de laisser du temps aux moments musicaux pour que la force des chansons et des chorégraphies nous emporte.
La note de la rédaction :
3.5/5
« Michael », biopic américain d’Antoine Fuqua. Avec Jaafar Jackson, Colman Domingo, Nia Long… 2h08.



