NOUS Y ÉTIONS - Inspirée de son enfance dans le nord-est de l’Angleterre, le spectacle musical dramatique de l’ex-leader de Police est inégal, avec des longueurs, balayées lors de la deuxième partie.
Du beau monde. Jeudi 19 février, dans les couloirs de la Seine Musicale sur l’île Seguin, Mylène Farmer, Tahar Rahim, Nagui, Kamel Ouali, Nolwenn Leroy, Charlotte Rampling, Dany Brillant, Élise Lucet, Caroline Roux et son mari Laurent Solly se pressent pour voir l’ex‑leader de The Police se réinventer en auteur de spectacle musical social.
Conçu et écrit par Sting, The Last Ship s’inspire de son enfance à Wallsend, ville ouvrière près de Newcastle, marquée par la fermeture du chantier naval. Célébrant les valeurs de solidarité d’une communauté en résilience, le spectacle s’inscrit dans un univers prolétarien qui rappelle fortement les films de Ken Loach.
Depuis sa création à Broadway en 2014 – où Sting ne figurait pas au casting –, le spectacle a été réimaginé dans une version resserrée qui met l’accent sur la narration -dans un anglais très british- et sur la musique. Les surtitres en français sont absolument nécessaires pour suivre l’histoire, mais ils sont placés de part et d’autre de la scène, ce qui oblige à tourner la tête sans cesse. Plus proche du spectacle musical que de la comédie musicale, The Last Ship assume sa quasi‑absence de danse, se contentant de quelques chorégraphies dans des tableaux d’ensemble portés par une troupe très solide.
Thèmes sombres
La mise en scène de Leo Warner, collaborateur régulier de Katie Mitchell, ancre l’histoire dans un univers industriel avec un écran monumental où se dessine le paquebot, des échafaudages métalliques, une plateforme qui monte et descend avec fluidité. Près d’une cinquantaine d’artistes – chanteurs, comédiens, danseurs et musiciens – font vivre cette fresque humaine. Il y a beaucoup de personnages, plusieurs intrigues qui s’entrecroisent ; la première partie, très sociale et dramatique, peut parfois désorienter tant elle est dense.
L’histoire ? Après dix‑sept ans d’absence, Gideon Fletcher (Declan Bennett) revient dans sa ville natale de Wallsend pour affronter ses fantômes, retrouver son amour de jeunesse Meg (l’excellente Lauren Samuel) et découvrir leur fille Ellen (Hannah Richardson), jeune musicienne en devenir, attirée par Londres -comme Sting autrefois. Il retrouve un chantier naval au bord de la fermeture et une communauté en crise. Les ouvriers, menés par Jackie et Peggy White (Sting et Annette McLaughlin), se mobilisent pour sauver leur outil de travail.
Sur fond de lutte ouvrière et de passions retrouvées, The Last Ship n’est pas un spectacle joyeux. Les thèmes sont sombres, la colère sociale affleure sans cesse, la maladie rôde. Heureusement, le solo d’Ellen et quelques tableaux collectifs apportent de l’énergie et allègent par moments l’atmosphère. Les vingt‑quatre chansons du spectacle, toutes signées par Sting et récemment rééditées dans une version augmentée de l’album de 2013, en constituent la véritable colonne vertébrale.
« The Last Ship est une histoire d’amour entre deux amants, mais aussi celle d’une communauté, d’une trahison politique et de la dignité au travail », résumait Sting lors de la présentation du spectacle. Sur scène, sa présence, épaulée par les sonorités familières de son fidèle guitariste Dominic Miller, donne au show une intensité particulière.
Après l’entracte, le récit gagne en clarté et en tension avec des tableaux plus dynamiques. Jackie, contremaître fatigué, atteint d’un cancer lié à l’amiante, meurt dans les bras de sa femme. Le cercueil sur la scène. La lutte autour du dernier navire prend alors une dimension presque mythologique : lancer le bateau, coûte que coûte, devient un geste de résistance autant qu’un adieu. Après Amsterdam et Paris, jusqu’au 8 mars, la tournée se poursuivra à Brisbane puis à New York.

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