La fraîcheur de Tayc va-t-elle insuffler un second souffle à « The Voice » ? TF 1 a lancé, samedi soir, la saison 15 de son télé-crochet, présentée comme une édition anniversaire : quinze ans d’antenne, quinze bougies, et l’assurance que tout va bien.
En coulisses, le paysage est plus nuancé. Le divertissement du samedi reprend ses droits, après un décalage lié aux Jeux olympiques d’hiver, dans l’ombre d’une « Star Academy » au sommet. Audiences records, élèves propulsés en tête des plates-formes de streaming, tournées à guichets fermés : la machine à tubes tourne à plein régime dans l’autre gros divertissement musical de TF 1. Impossible de ne pas comparer.
Face à ce phénomène, « The Voice » tient la barre. Les gagnants de la saison précédente, le trio de chanteurs lyriques Il Cello, assurent les premières parties de leur coach Florent Pagny, sans rivaliser toutefois avec la trajectoire fulgurante de Pierre Garnier ou Marine. Les audiences restent solides, avec un lancement de la précédente saison à plus de 4 millions de téléspectateurs, même si la finale a marqué le pas, avec 2,9 millions.
Dans ce contexte, recruter Tayc, idole des jeunes — et particulièrement des femmes — apparaît stratégique. Le chef de file de « l’afro love » est musicien, mais aussi fin connaisseur des réseaux sociaux, où il orchestre savamment le buzz autour de ses projets. Un profil calibré pour rajeunir l’image du programme.
Le benjamin des coaches trouve vite sa place, sans forcer
À l’écran, le ton est donné dès l’ouverture. Comme chaque année, les quatre coaches entonnent un morceau collégial. Cette fois, « Your Song » d’Elton John. Un choix en anglais qui laisse perplexe : si Tayc et Lara Fabian maîtrisent la langue, ses camarades semblent moins à l’aise, les paroles se perdent. Des vidéos des anciens candidats, rajoutées à l’écran, donnent un coup de vieux au lancement. Mais le cœur y est. Un salut de l’indéboulonnable animateur Nikos Aliagas, qui promet une saison « vraiment exceptionnelle », et les fauteuils rouges pivotent.
Autour de Tayc : Florent Pagny, figure paternelle autoproclamée, Lara Fabian et Amel Bent. Le benjamin — 29 ans — trouve immédiatement sa place. À l’aise, précis, il occupe l’espace sans en faire trop. Là où Patricia Kaas, l’an dernier, semblait parfois chercher ses mots, lui déroule, avec humour et toujours avec les bons mots. Mais il ne cède pas à la tentation de buzzer à tout-va.
Carte blanche en poche, il s’autorise quelques libertés : appuyer sur le bouton de Lara Fabian pour orienter un talent vers son équipe, bondir pour enlacer un candidat convoité, taquiner le public. Il s’amuse aussi de la surprise signée Patrick Fiori, venu tenter une audition à l’aveugle en modifiant (mal) sa voix.
« Quand on a parlé de l’émission, on a senti qu’eux aussi avaient envie d’un second souffle, de faire bouger les choses après quinze ans d’existence, nous racontait Tayc, lors de l’annonce de son nom en tant que coach. Avec mon équipe, on sait faire parler de nous. On a commencé à leur donner des idées, très réseaux sociaux. Quand on leur a expliqué comment on voyait le petit coup de pinceau qu’on pouvait apporter à l’émission, ils se sont dit : C’est avec eux qu’on a envie d’avancer ».
« Que le spectacle commence »
L’essai est concluant dès cette première soirée. « Mes oreilles sont prêtes, que le spectacle commence », lance-t-il. Le showman tient parole. C’est lui le spectacle, le chef d’orchestre qui vole la vedette à ses camarades, notamment Lara Fabian et Amel Bent, par son aisance. Il dynamise un format parfois alourdi par ses nouveautés : multiplication des boutons, pouvoirs spéciaux, « block » et autres armes secrètes propres à chaque coach.
Une question se pose : trop de buzzers tuent le buzzer ? À force de surprises, le mécanisme se brouille. Le téléspectateur est un peu perdu, les coaches aussi. « Tu as vu la console, on dirait qu’on est au volant d’une F 1 tellement il y a de boutons, s’amuse Florent Pagny. Avant, il n’y avait qu’un buzzer, maintenant il y a des boutons et des noms partout ». Amel Bent a beau taper à plusieurs reprises sur une touche, cela ne fait pas l’effet escompté… À tel point que la production doit lui donner des consignes en parlant au micro sur le plateau.
Mais revenons à Tayc. L’artiste ne se résume pas à l’énergie et aux punchlines. Il émeut aussi. Face à Raphaël, 16 ans, qui reprend « Si j’avais su » de Claudio Capéo, le coach vacille. « Je vais t’expliquer pourquoi, je ne me suis pas retourné, confie-t-il au talent debout devant son micro. Forcément, le thème de cette chanson bouleverse chacun d’entre nous, je pense. Moi j’ai perdu mon frère l’été 2024, tu vois. Et c’est exactement ce que je me disais, et c’est exactement ce que je me dis chaque jour, chaque jour, quand les larmes me viennent, quand j’arrive même plus à réfléchir parce que je pense à lui très fort, je me dis que cet été où on est allé faire des plongeons à la mer pour la énième fois, c’était la dernière fois qu’on le faisait. Et du coup je ne vais pas pleurer tout de suite c’est très… » La voix se brise. Le plateau se fige. Le moment marque.
Plus tard, face à Tristan, qui revisite « Millésime » de Pascal Obispo façon Julien Doré, le doute l’effleure. « Lui, j’ai failli y aller mais je n’y suis pas allé car il ne m’a pas donné la note », s’interroge-t-il auprès de Lara Fabian. « Tu sais Tayc, des fois, c’est toi qui vas lui donner la note », lui répond-elle.
Elle vise juste… mais à peine un peu à côté. Pour cette première salve d’auditions à l’aveugle, c’est bien Tayc qui a donné le la de la saison. Pas un candidat.




