Thriller de seconde zone et romance au rabais : « The Bride ! », ce navet qui massacre le mythe de Frankenstein

il y a 11 hour 3

C’est en 1816 que la romancière britannique Mary Shelley, épouse du poète Percy Shelley, signe la première version de ce qui deviendra un roman culte et un chef-d’œuvre de la littérature, « Frankenstein » — très fidèlement adapté il y a quelques mois par Guillermo del Toro pour Netflix. Depuis, certains ont absolument tenu à ce que la créature de Shelley, fabriquée, dans le roman, à partir de plusieurs corps rafistolés avant d’être « ressuscitée » par un scientifique mégalo, trouve l’amour, via des projets de « Fiancée de Frankenstein ».

Ce mercredi, sort en salles la dernière tentative pour « caser le monstre » : « The Bride ! », signé Maggie Gyllenhaal, avec Jessie Buckley dans le rôle de la fiancée et Christian Bale dans celui de la créature, long-métrage qui convoque l’autrice dans plusieurs scènes… redoutables. Autant le préciser d’emblée, ce film tient du désastre, se doublant d’une injure faite à Mary Shelley et à son œuvre.

Un scénario qui part dans tous les sens

Le récit, qui se déroule dans les années 1940, met en scène un Frankenstein centenaire qui vient frapper à la porte d’une scientifique pour se plaindre de son manque d’amour. Il lui enjoint de lui créer une fiancée à son image. Leur choix se porte, par hasard, sur le corps fraîchement enterré d’une jeune femme qui naviguait dans le milieu de la mafia et qui vient d’être trucidée par un parrain.

À partir de là, les deux créatures vont s’engager dans un road trip amoureux à travers les États-Unis, clamant leurs différences, mais se retrouvant dans l’obligation de zigouiller quelques personnes. Sur leurs traces, des tueurs de la mafia et un couple de détectives, lui gentil et bienveillant, elle très maligne mais dont les revendications de reconnaissance d’une femme flic trouvent peu d’écho à cette époque…

Le tout est entrecoupé de scènes dans lesquelles une Mary Shelley braillarde et colérique manipule la fiancée depuis l’au-delà. Les pires séquences du film, donc, qui pourtant n’en manque pas : long-métrage plus rapiécé encore que ses antihéros, « The Bride ! » oscille, au long d’un scénario qui part dans tous les sens, entre thriller horrifique de seconde zone et romance au rabais.

Bref, un puzzle en forme de lamentable film de famille — la comédienne et réalisatrice Maggie Gyllenhaal embauche, pour les seconds rôles, son frère Jake, son mari Peter Sarsgaard et elle-même —, qui fait mal au cœur pour ses comédiens principaux. Christian Bale est sommé de camper un Frankenstein qui tient du pantin ricanant ou pleurnichard, l’une des pires incarnations du mythe à ce jour.

Des références féministes lourdingues

Jessie Buckley, qui va sans doute empocher l’Oscar de la meilleure actrice dans dix jours pour son éblouissante prestation dans « Hamnet », doit ici se coltiner deux rôles en mode surjeu outrancier : Mary Shelley et la fiancée excessivement déchaînée. Quel gâchis de talent ! Il y a pire : Penelope Cruz en détective à l’accent espagnol appuyé, qui semble engagée pour endosser la caution féministe de ce navet.

À ce titre, le film multiplie tant les références maladroites et lourdingues sur l’émancipation des femmes qu’il en devient contre-productif sur ce thème. De même, la réalisatrice appuie sur la pédale « film immoral et séditieux » de façon si exagérée qu’il saute aux yeux qu’elle s’imagine avoir signé une œuvre subversive. Alors que « The Bride ! » donne, au contraire, dans le punk de pacotille pour touristes de Carnaby Street en mal de sensations frelatées…

Reste une question : après avoir massacré le roman culte d’Emily Brontë il y a trois semaines avec « Hurlevent », puis celui de Mary Shelley ce jour, jusqu’à quand le studio Warner va s’amuser à démolir à l’écran les chefs-d’œuvre de la littérature britannique ?

La note de la rédaction :

1/5

« The Bride ! », de Maggie Gyllenhaal, avec Jessie Buckley, Christian Bale… 2h07

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