Humiliés à domicile par la Section Paloise, les Basques, demi-finalistes l’an dernier, vivent une année 2026 cauchemardesque. Sur la pelouse de Toulon, ils tenteront samedi de sauver leur honneur.
D’abord une statistique. Depuis l’avènement du professionnalisme en 1995, l’Aviron Bayonnais n’avait jamais encaissé plus de 50 points dans sa forteresse imprenable (qui n’en est plus vraiment une) de Jean-Dauger. Samedi dernier, à l’occasion de la 21e journée de Top 14, les Basques ont été giflés par une merveilleuse et sans état d’âme Section Paloise (22-54). Une déroute historique, à la limite de la honte pour un club qui a toujours fait des matches à domicile une spécialité. «Il faut faire un peu plus honneur à ce maillot, car cette année, on est en train de lui manquer de respect», soufflait le capitaine Arthur Iturria, en conférence de presse, suivant le coup de sifflet final.
Après deux succès consécutifs face à Montauban (J19) et La Rochelle (J20), les Basques ont ainsi connu un brutal retour sur terre face à une formation pleinement lancée dans la course à la phase finale. Pour un bilan qui se porte désormais à 8 défaites en 10 matches, toutes compétitions confondues, depuis le début de l’année 2026. Des résultats consternants, conséquences d’un groupe lessivé, avance l’arrière tricolore Yohan Orabé : «On est cuits physiquement. On était déjà un peu usés, eux tenaient le ballon, nous, on sortait de notre camp miraculeusement. Au retour des vestiaires, on n’a pas su prendre le dessus pour faire basculer la rencontre. Ça fait cher le match.»
13e défense du championnat et attaque en panne
Plusieurs semaines après le départ de son ex-manager Grégory Patat - qui a porté le club durant plusieurs saisons avant d’être victime d’une cohabitation qui n’aura jamais fonctionné avec son nouveau directeur sportif Laurent Travers -, Bayonne n’a toujours pas trouvé de remèdes à ses maux.
Après une saison 2024-2025 éblouissante, marquée par une qualification en demi-finales du championnat (éliminé par le futur champion toulousain), l’Aviron rêvait à nouveau de top 6, pensait poursuivre sa folle ascension vers les sommets du rugby français… Il n’en est finalement rien. Malgré un solide recrutement qui laissait entrevoir toutes leurs ambitions pour ce nouveau cru, Joris Segonds et les siens sont rentrés dans le rang sans vraiment pouvoir lutter. Tombés à la 11e place du championnat, ils sont depuis longtemps assurés du maintien mais n’ont plus rien à jouer. Les cinq dernières journées pourraient ainsi être dénuées de toute saveur pour la troupe de Gerard Fraser, le Néo-Zélandais promu manager pour cet épilogue de la saison 2025-2026.
Une crise à tous les étages, entre fatigue mentale de l’effectif et ancien staff fragilisé par les sorties d’une direction sans pitié. En plein milieu de la saison, Iturria craignait les possibles conséquences d’une défaite à Toulouse, début janvier (revers 31-10) : «J’espère surtout que ce résultat ne provoquera pas de bouleversements internes, parce que ce n’est pas la meilleure manière de finir la saison. Qu’on le veuille ou non, ça bouscule la sérénité d’un groupe. J’espère qu’il n’y aura pas de conséquences de ce côté-là. À nous de nous concentrer sur nous et de nous dire les choses.»
Il y a un petit moment que j’ai tiré la sonnette d’alarme sur différents sujets. Je n’ai peut-être pas été entendu
Philippe Tayeb, président de l’AvironUne déclaration pleine de doutes, symbole d’un club exposé, depuis la première journée du championnat, aux tensions entre Grégory Patat et son président Philippe Tayeb. C’est ce dernier qui a fait venir l’ancien manager du Racing 92 Laurent Travers pour superviser le contenu sportif. «Il y a un petit moment que j’ai tiré la sonnette d’alarme sur différents sujets. Je n’ai peut-être pas été entendu, mais aujourd’hui, si je ne suis pas entendu, il faudra prendre des décisions. Fortes, je ne sais pas, mais améliorer ce qui se passe, c’est obligatoire», avait déclaré Tayeb après une nouvelle défaite, en janvier dernier, au micro de Canal+.
Aujourd’hui, les joueurs semblent payer les choix de leur direction sur le terrain. Laminés dans tous les secteurs de jeu, sans inspiration offensive et amorphes défensivement, les Basques naviguent en plein brouillard. Au moment de se déplacer sur la pelouse d’un Toulon requinqué, Bayonne a de quoi frémir et devra faire preuve de fierté pour se racheter auprès de supporters forcément excédés. 13e défense du championnat avec 640 points encaissés en 21 journées (soit 30 points en moyenne par match), le séduisant Aviron du dernier exercice a laissé place à une équipe qui n’a tout simplement plus les capacités pour rivaliser avec les cadors de l’élite.
Une nouvelle claque reçue, ce samedi (16h35), sur la pelouse de Mayol, n’aurait rien de surprenant. Reste à sauver une possible qualification pour la prochaine saison de Champions Cup (8 premiers du Top 14). Toujours possible ? Pas vraiment, pour Arthur Iturria, qui estime que le train est déjà passé : «On est entre la 10e et la 12e place du championnat. C’est la place qu’on mérite cette saison.» Constat lucide d’un capitaine résigné.

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