Un Prophète : 17 ans après le film de Jacques Audiard, la série débarque sur Canal+ (et ce n'est pas un simple remake)

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C'est l'événement série de ce lundi 2 mars. Canal+ ressuscite Un Prophète, le chef-d'œuvre de Jacques Audiard, dans un reboot viscéral ancré en 2026. Entre enfer carcéral et puissance de la littérature, découvrez pourquoi cette version est une réussite.

En 2009, Jacques Audiard racontait l’enfer vécu par un jeune délinquant (révélation Tahar Rahim) dans un centre pénitentiaire, puis son ascension criminelle. Dix-sept ans plus tard, le réalisateur italien Enrico Maria Artale revisite ce chef-d'œuvre, avec les mêmes producteurs et auteurs. Faisant écho à la société actuelle, la création originale Un Prophète, diffusée à partir du lundi 2 mars 2026 sur Canal+ plante le décor en prison, aux Baumettes et l'étend hors les murs, dans les cités de Marseille. On suit ainsi Malik, jeune immigré (Mamadou Sidibé, dans ses premiers pas d’acteur), incarcéré pour possession de drogue. Son destin est façonné par ses rencontres, dont celles d'un bibliothécaire qui devient son mentor et de Massoud (Sami Bouajila, vu dans Braqueur sur Netflix), un promoteur véreux…

Jacques Audiard a donné son "feu vert"

Si Jacques Audiard n'a pas activement participé au projet de l'adaptation de son film en série, il a donné son aval à l'équipe de la série et fait confiance à leur vision. Celle-ci teint en trois points principaux.

1. S'inscrire dans notre époque. "À l'origine de la série, nous nous sommes demandé : "Que raconterait Un prophète en 2026 sur le milieu carcéral et le statut de la France comme terre d'accueil ?" Les émigrés et les migrants sont-ils mieux considérés ? En vérité, la situation a sans doute empiré", explique Sébastien Janin, producteur. "Donc il ne s'agit pas là d'un remake, mais d'un reboot [nouvelle version, N.D.L.R.] centré en partie sur la question identitaire."

2. Montrer que le savoir est une arme. "Avec le film, on a souvent comparé le personnage de Malik à Tony Montana, mais nous ne voulions pas, encore moins ici, d'une histoire de gangsters à la Scarface", précise le scénariste Abdel Raouf Dafri. "Le propos de la série accentue l'importance de l'éducation. Malik développe son intelligence par la littérature […]. Je reste fasciné par le parcours de ceux qui réussissent, alors que toutes les cartes sont contre eux."

3. Apporter une once d'espoir. "J'ai apporté ma culture italienne et une touche de "réalisme magique", raconte le réalisateur Enrico Maria Artale. "Plus que la prison, c'est l'apprentissage et l'affranchissement d'un système de domination qui m'intéressent. En rencontrant des jeunes de quartiers et des détenus, j'ai voulu retranscrire leurs codes. J'ai cherché la tendresse et l'insouciance plutôt que la violence chez ces jeunes que l'on caricature trop souvent.

17 ans après le choc, la série s'installe aux Baumettes et dans les cités de Marseille

Dix-sept ans après le choc cinématographique de Jacques Audiard, le réalisateur italien Enrico Maria Artale réussit le défi périlleux de transposer l’univers d’Un Prophète sur le petit écran. Loin de la simple redite, cette série s'impose comme une œuvre à la poésie noire, qui s'émancipe de son illustre aîné pour tracer son propre sillon, viscéral et moderne. Ce récit nous plonge dans l’apprentissage brutal du jeune Malik, propulsé dans l’enfer carcéral. Et qui, pour survivre à ce microcosme de violence, ne peut compter que sur lui-même. La série puise sa force thématique en montrant avec acuité que l'instinct et l'intelligence stratégique valent bien mieux que les armes. Le protagoniste ne s’impose pas par la force brute, mais par sa capacité à observer, à apprendre et à déchiffrer les codes d'un monde qui veut sa perte. Cette métaphore est portée par un duo d’acteurs au sommet, donnant à leurs personnages un magnétisme et une réelle profondeur : Mamadou Sidibé, qui, pour ses premiers pas devant la caméra, est d'un naturel confondant et face à lui, Sami Bouajila, d'une sensibilité rare, tout en nuances et en retenue.

Au-delà de la survie, cette fresque carcérale magistrale, où la noirceur de l'environnement est mise à mal par la lumière de l'esprit humain, propose une réflexion profonde sur la transmission et l'émancipation. L’un des aspects les plus poignants du récit est d’illustrer comment la littérature peut sauver des vies. Dans l'obscurité des cellules, l'accès au savoir et aux mots est un vecteur de liberté et un acte de résistance pure : même dans l'abîme, l'intelligence reste la plus belle des évasions.

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