Véritable repère des gens de la mer, la chapelle Notre-Dame de Salut bientôt sauvée à Fécamp

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Dominant le port de Fécamp (Seine-Maritime) depuis la vue imprenable du cap Fagnet à 100 mètres au-dessus de la Manche, la silhouette familière de la chapelle Notre-Dame de Salut est ancrée depuis des siècles dans le paysage local. Un repère notamment à l’époque des terre-neuvas qui partaient de longs mois en mer, sachant que certains d’entre eux ne reviendraient pas.

« C’est un point d’amer connu de tous, le dernier que les marins apercevaient en partant au large. Celui qu’ils saluent toujours aujourd’hui en sonnant trois fois la corne pour se souhaiter Bon vent, bonne mer et bonne pêche », rappelle Pierre Aubry, l’ancien adjoint à la culture aujourd’hui en charge des services techniques.

Mais depuis quelques semaines, un immense chapiteau blanc surplombe l’édifice. Le signe que d’importants travaux de restauration viennent de débuter sur ce bâtiment fermé au public depuis 2021, la faute à une combinaison de désordres structurels menaçant son intégrité.

« La population a tout fait pour la sauver après la guerre »

Il faut dire que son emplacement, planté au sommet de la côte d’Albâtre pour y affronter les embruns et les tempêtes, le soumet à rude épreuve. Déjà à la fin du XIXe siècle, la nef et le clocher – réédifié ensuite – sont emportés par un ouragan. Mais ce sont finalement les hommes qui lui ont fait le plus de mal. « Même si les bombardements en 1944 ne l’ont pas directement atteint, le souffle des bombes a détruit sa toiture, une partie du clocher, des vitraux… », raconte Virginie Sampic, la directrice des Affaires culturelles de la ville.

« À la fin du conflit, malgré les difficultés de l’époque, la population a tout fait pour la sauver en finançant des travaux dans les années 1950 avec les moyens et les matériaux du bord pour parer au plus pressé ». Ciment, béton et amiante sont utilisés, causant au fil des années d’autres problèmes, d’humidité en particulier, empêchant la structure de respirer. La tempête Eleanor en janvier 2018 achève le travail…

« Au départ, on pensait refaire la couverture, puis on s’est aperçu que la charpente était dans un sale état », se souvient Pierre Aubry. La Ville décide de faire établir un diagnostic complet qui montre que les murs ont été fragilisés. « Là, on s’est dit qu’il allait falloir agir de façon globale ». Classée aux Monuments historiques, tout un processus d’études et de validation s’enclenche pour sauver la chapelle.

Aujourd’hui le chantier en quatre phases, chiffré au total à près de 2,5 millions d’euros (TTC) et financé par l’ensemble des collectivités publiques, a été lancé. Un soulagement pour l’équipe municipale qui travaille sur ce dossier depuis plus de quatre ans. « Il faut comprendre que Notre-Dame de Salut a une importance énorme pour la communauté des gens de la mer et par extension pour tous les habitants », insiste Virginie Sampic.

« Le bâtiment lui-même est un ex-voto »

« Depuis son édification à la fin du XIe siècle par le père de Guillaume-le-Conquérant, le duc de Normandie Robert-le-Magnifique, elle est liée à la mer. C’est après avoir été sauvé d’une tempête durant laquelle il s’était promis de faire construire trois chapelles s’il s’en sortait qu’elle a été construite, avec une autre à Honfleur (Calvados) et une dernière à Caen. Le bâtiment lui-même est un ex-voto ».

Une tradition perpétuée au fil des siècles avec des dizaines de tableaux, plaques et objets amenés à l’intérieur par des marins qui s’en étaient remis à Dieu au beau milieu du tumulte des flots pour retrouver la terre ferme. « Ils empruntaient la Sente aux matelots à pied depuis le port, certains à genoux ou avec des cailloux dans leurs chaussures pour respecter la prière qu’ils avaient faite au moment où ils se croyaient perdus ! ».

L’ensemble de ces ex-voto a d’ailleurs été mis à l’abri avant d’être réinstallé à l’issue du chantier dans un espace intérieur entièrement restauré. « De mémoire de Fécampois, personne n’aura vu la chapelle Notre-Dame de Salut dans un si bel état », se réjouit Virginie Sampic. Il faudra tout de même un peu de patience. La réouverture des portes n’est pas prévue avant quatre ans environ.

À noter qu’une souscription encadrée par la Fondation du patrimoine est toujours en cours pour contribuer au financement des travaux sur www.fondation-patrimoine.org

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