L’entraîneur de l’attaque tricolore fait le point, avec beaucoup d’humour et une analyse très fine, avant le déplacement capital des Bleus, samedi, chez les Écossais.
Est-ce que vous pouvez nous donner des nouvelles de l’effectif, notamment des joueurs qui étaient blessés, comme les deux centres bordelais Moefana et Depoortere , ainsi que Jalibert ?
Patrick Arlettaz : Ils vont très bien. Ils ont suivi l’entraînement normalement, sans souci (ce mardi). Tout s’est bien passé, je ne peux pas vous en dire plus...
Pas de pépins, pas de malades ?
Non, pour l’instant tout va bien.
Cette semaine de repos a-t-elle fait du bien ? Vous a-t-elle permis de faire un point sur les performances ?
Le point sur les performances, on le fait en permanence, même sans pause. C’est à ça que servent les temps après les matches et la préparation des semaines suivantes. Un Tournoi, c’est long et exigeant, physiquement et mentalement. Cette semaine a été prise avec plaisir. On avait insisté dès le début sur l’importance de préserver la fraîcheur des joueurs, physique et mentale. Elle a surtout servi à ça. On a retrouvé des joueurs enthousiastes, frais, prêts à en découdre. L’énergie est essentielle dans notre sport, encore plus dans ce type de compétition.
Quelle impression vous fait l’Écosse depuis le début du tournoi ? Est-ce le match le plus dur qui s’annonce pour les Bleus ?
Je ne sais pas si ce sera le plus dur, on verra samedi soir. Ils ont commencé par un faux pas contre l’Italie, dans des conditions difficiles, et on connaît la qualité des Italiens. Depuis, ils réalisent des matches très aboutis, notamment contre l’Angleterre. Même au pays de Galles, ils ont montré du caractère pour revenir. C’est une équipe qui joue beaucoup, avec de grandes qualités. On s’attend à un match très difficile. Cela fait longtemps qu’ils ne se sont pas retrouvés en position de pouvoir remporter le Tournoi sur l’avant-dernier match. L’enjeu est donc élevé, on s’attend à une confrontation très difficile.
Le seul piège serait de croire que le Tournoi est déjà joué. On sait très bien que l’Écosse est capable de nous battre et de nous mettre en difficulté
Quels sont les pièges à éviter contre l’Écosse ?
Le seul piège serait de croire que le Tournoi est déjà joué. On sait très bien que l’Écosse est capable de nous battre et de nous mettre en difficulté. On connaît l’ambiance de Murrayfield et leurs qualités. Un piège serait quelque chose d’inattendu. Or, on sait que ce sera très difficile. Donc il n’y a pas de piège particulier, seulement des obstacles à franchir.
Peut-on se préparer à l’imprévisibilité des Écossais ?
Ils aiment tenir le ballon, ils ont une paire de centres de haut niveau (Sione Tuipulotu et Huw Jones) et Blair Kinghorn apporte beaucoup d’incertitudes. On les qualifie parfois de plus latins des Anglo-Saxons, avec un jeu offensif et peu stéréotypé. Anticiper l’imprévu est très difficile, mais on doit rester très vigilants. Leur match au pays de Galles l’a montré : un coup d’envoi rapidement joué a fait basculer la rencontre. On sera attentifs, même si cela ne garantit rien.
Contre l’Italie, le style de jeu du XV de France était différent des deux premiers matches. En tant qu’entraîneur de l’attaque, est-ce frustrant ou satisfaisant ?
On avait prévu de modifier légèrement l’approche. On aurait aimé mieux maîtriser certains aspects pour avoir une structure plus aboutie. Mais on savait que les Italiens, au vu de leurs caractéristiques et de ce qu’on avait montré auparavant, allaient nous gêner. On n’a pas été surpris par leur qualité ni par leur intensité. Stratégiquement, c’était une bonne réponse. Sur cinq ou six situations, on peut faire mieux, et c’est là-dessus qu’on a travaillé. On a plusieurs options pour décanter un match. Par exemple, la première mi-temps au pays de Galles n’était pas la même que la seconde. On joue sur ces tableaux-là. On pouvait mieux maîtriser certains aspects contre l’Italie, mais gagner 33-8 face à cette équipe reste une bonne performance.
Notre volonté est d’aller au ballon dans les airs et de l’attraper, même si c’est du 50-50. On organise la couverture en cas d’échec. Mais je ne suis pas partisan de la « claquette » en rugby Passer la publicité
Comment bâtissez-vous les réponses que vous proposez aux adaptations adverses ?
Au niveau international, les adaptations vont très vite. Les compétitions sont courtes, il faut réagir rapidement. C’est un jeu d’anticipation des deux côtés. On sait que nos productions sont étudiées et on se demande comment l’adversaire va tenter de les contrer. À partir de là, on prépare d’autres réponses. Ce n’est pas toujours spectaculaire, mais l’objectif est l’efficacité et la victoire. On essaie d’«anticiper leur anticipation». Tous les joueurs sont capables de s’adapter très vite, ce qui rend le jeu stimulant.
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Le choix pour les centres semble compliqué. Sur quels critères se base-t-on avec une telle richesse à ce poste ?
On fait au pif, on met tous les noms dans un chapeau, on prend une main innocente et puis, hop, on en tire deux, trois, suivant ce qu’on veut faire sur la feuille de match... (sourire) On a eu pendant un petit moment une petite pénurie à ce poste-là. Là, c’est comme les champignons : parfois vous n’en trouvez pas un et puis le lendemain, il en pousse partout, même sous votre lit. Parfois même sur les pieds, mais c’est plus désagréable ! (rires) Plus sérieusement, on ne va pas se plaindre. Après, les choix appartiennent au sélectionneur. Chacun donne son avis et, au final, c’est Fabien Galthié qui tranche. Les deux Bordelais (Moefana et Depoortere) ont fait un très bon match contre l’Irlande, les deux Palois (Brau-Boirie et Gailleton) ont été performants contre le pays de Galles et l’Italie. Pierre-Louis (Barassi) a fait une bonne rentrée, Kalvin (Gourgues) a apporté en sortie de banc. Il y a le profil de l’adversaire, notre système, les complémentarités, les caractéristiques recherchées. Mais quoi qu’il arrive, ce seront deux très bons centres face à une paire écossaise de référence mondiale.
Vous avez beaucoup travaillé sur le jeu aérien. Êtes-vous satisfait des trois premiers matches ? Et pourquoi voit-on plus de «claquettes» ?
Oui, je suis satisfait des pourcentages de gain de ballon : 80 % contre l’Irlande, environ 75 % contre le pays de Galles, 67-68 % contre l’Italie. Sur trois matches, c’est positif. En revanche, il y a eu trop de «claquettes» contre l’Italie, ce qui n’était pas le cas avant. Notre volonté est d’aller au ballon et de l’attraper, même si c’est du 50-50. On organise la couverture en cas d’échec. Les claquettes, j’aime ça à la plage, pas au rugby.
Je cherche encore les faiblesses d’Antoine Dupont, comme vous. Dès que je les trouve, je vous le dirai
Comment jugez-vous le rôle d’Antoine Dupont dans cette inédite charnière à trois avec Matthieu Jalibert et Thomas Ramos ?
Antoine ne nous sert à rien, que dalle. Maintenant qu’on a Matthieu et Thomas, on est emmerdés, il est en plein milieu ! (sourire) Non, Antoine a un rôle majeur quand on parle d’imprévus. Il sait adapter son registre aux besoins du match. Contre l’Italie, on a vu son exploit individuel (où il se défait de plusieurs adversaires derrière un regroupement sous pression, NDLR), mais son apport va bien au-delà. Il a été décisif en défense, a fait avancer l’équipe sous pression. Au pays de Galles, il a régulé le rythme du jeu. S’il faut accélérer, défendre, organiser ou jouer au pied, il le fait au plus haut niveau. C’est là qu’il est précieux. Quand on a le meilleur du monde dans plusieurs registres, c’est un atout considérable. Je lui cherche encore ses faiblesses, comme vous. Dès que je les trouve, je vous le dirai.
Le trophée du Six Nations a brûlé , vous avez vu ?
Pour être honnête, on ne garde pas le trophée chez nous. Le titre reste dans l’histoire, mais le trophée est symbolique. Je n’ai aucun doute qu’il y en aura un le moment venu. Personnellement, même une réplique me va, je ne suis pas attaché à l’objet.
Comment vivez-vous l’engouement des supporters français qui se déplacent beaucoup à l’étranger ?
C’est grisant, ce n’est pas du tout une pression. C’est enthousiasmant. Au pays de Galles, c’était presque surréaliste d’entendre autant de soutien. C’est un plaisir de sentir les gens fiers de l’équipe, fiers de la regarder jouer et de porter ses couleurs. Ce n’est pas une pression, plutôt une responsabilité : on veut continuer à les rendre fiers et ne pas les décevoir.

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