La France perdra-t-elle l’un de ses génies de l’informatique ? L’un des cofondateurs du lecteur multimédia VLC, connu pour son logo en forme de plot de circulation, a annoncé sur LinkedIn ce lundi 23 février qu’il pourrait quitter la France. Le responsable ? « C’est intégralement la faute de Gérald Darmanin », accuse Jean-Baptiste Kempf. Les services du ministre de la Justice, avec assentiment de ce dernier selon l’entrepreneur, auraient refusé l’inscription de sa femme au concours de l’École nationale de la magistrature (ENM) pour devenir juge. Dans la soirée, le ministre a démenti avoir été « saisi » de la situation et dénoncé un post « inexact ».
Reprenons depuis le début. Sur le réseau social professionnel LinkedIn, Jean-Baptiste Kempf a donc raconté ce lundi matin le capharnaüm que doit affronter son épouse, Audrey, après avoir « décidé de se rendre utile à la société et à l’État français » en devenant juge, devant donc passer les concours de l’ENM. Mais alors qu’elle était très bien classée après deux tentatives, son épouse s’est vue tout simplement refuser le droit de concourir « au motif d’une prétendue insuffisance d’activité juridique qualifiante », selon un courrier du ministère de la Justice reçu « après avoir passé les oraux ».
Le couple a alors fait front ensemble. Jean-Baptiste Kempf évoque dans son message posté sur LinkedIn « cinq mois de recours, de rebondissements et de bruits de couloir tous plus dingues les uns que les autres ». Et le chef d’entreprise de s’interroger sur la façon de filtrer les candidats après la première phase des concours, plutôt qu’à l’inscription. « Le coût total de cet investissement se chiffre à près de 100 000 euros net, pour notre foyer », chiffre Jean-Baptiste Kempf.
En février 2025, Le Monde révélait que plusieurs postulants à l’ENM se voyaient de la même façon éconduits par le ministère de la justice alors qu’ils ont réussi le concours.
« Devinez qui m’a aidé dans tout ce travail pendant dix ans ? »
L’argument brandi par le ministère de la Justice est encore plus difficile à encaisser pour le cofondateur de VLC que c’est son épouse, Audrey, qui depuis dix ans s’occupe des affaires « judiciaire » du lecteur multimédia. « On a reçu des attaques de centaines d’avocats, pour violation de brevets, de droit d’auteur, et plein d’autres choses parfois farfelues », écrit-il, citant des poursuites contre le gouvernement indien, la CIA ou contre l’État français. « Devinez qui m’a aidé dans tout ce travail pendant dix ans ? Audrey, évidemment. Moi, je n’ai aucune base scolaire en droit. »
Le travail d’Audrey pourrait-il compter pour rien du tout car bénévole ? « Le travail autour de VideoLAN (l’association derrière le lecteur vidéo, dont Jean-Baptiste Kempf est le président) est titanesque, même bénévole, et il n’appartient pas au garde des Sceaux ni à son administration de déjuger notre travail », dénonce Jean-Baptiste Kempf dans son post.
Chevalier de l’ordre national du Mérite en 2018, Jean-Baptiste Kempf est depuis devenu un défenseur de la tech française, concurrencée par les géants américains notamment. Aujourd’hui, il menace : « Il est possible que notre situation personnelle, due à la maltraitance de cet État où la haute fonction publique ne prend pas de responsabilité, évolue fortement, et que quitter la France ne soit plus un tabou. »
« À ma connaissance, je n’ai pas été saisi directement et donc je n’ai pas pu répondre à votre épouse ou à vous-même », a rétorqué dans l’après-midi le Garde des Sceaux, promettant de prendre en compte ses « arguments » mais dénonçant un post « inexact et, permettez moi de vous le dire, légèrement agressif ».




