De Normandie, de Lyon, de Marseille ou bien encore de Poitiers, environ 150 personnes ont fait le déplacement pour se réunir à Aubusson (Creuse). « C’est assez touchant de voir des personnes venues de toute la France pour se mobiliser avec nous », se réjouit Christine Mallard, directrice de la Scène nationale locale, structure en sursis. Il s’agit de la plus petite de France dans ce label culturel créé en 1991.
Seulement, le bâtiment a vécu et est en proie à des infiltrations d’eau. Montant des travaux estimés par le département, propriétaire des lieux : 4 à 6 millions d’euros. La question est de savoir qui doit financer et pour quel projet. D’autant plus que le bail pluriannuel entre la collectivité et la Scène nationale arrive à son terme en juillet. « Être propriétaire ne signifie pas être gestionnaire à vie, a fortiori quand nous ne sommes plus utilisateurs du bâtiment, justifie Valérie Simonet, présidente du conseil départemental. On parle d’un engagement lourd et durable. L’investissement ponctuel peut se subventionner. Les charges pérennes, elles, s’assument. »
Ainsi, tout un modèle de financement serait à revoir entre les différents décisionnaires. Le scénario d’une coopérative dont les usagers, les spectateurs, pourraient être partie prenante, est envisagé. « Ça peut-être une solution, estime Bruno, représentant d’un collectif d’usagers. La survie de ce lieu de sociabilité est indispensable dans notre campagne car, outre un accès à la culture, il y a aussi des collaborations avec les scolaires ou des résidences d’artistes. »
« On peut se demander où va l’argent »
À quelques centaines de mètres de la manifestation, dans le centre-ville d’Aubusson, les soutiens sont parfois moins prononcés, notamment au regard de l’offre culturelle proposée. « On peut se demander où va l’argent quand je vois la liste des spectacles financés qui attirent un public de niche, et c’est un peu élitiste », tranche Jean-Pierre, retraité creusois.
D’autres se projettent déjà sur l’avenir du bâtiment. Non sans espoirs. « Le lieu est beau et historique, ça c’est certain donc il faut le conserver ! estime une Aubussonnaise. Il pourrait servir pour bien d’autres choses comme un musée ou accueillir des conférences. C’est notre patrimoine local. »
Ces questionnements sur la notion de service public des Scènes nationales, Joris Mathieu peut les entendre. Le coprésident du Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles (Syndeac), à l’origine de cette mobilisation nationale, veut faire d’Aubusson un cas symbolique sous peine de voir d’autres lieux être mis en péril. « Cette Scène nationale creusoise est emblématique de ce que représente ce label car elle permet un accès à la culture dans un territoire rural, affirme-t-il. Peut-être qu’il y a un modèle à revoir quand on voit comment certains décisionnaires peuvent se désengager du financement. »
L’issue pourrait venir d’une réunion organisée par la préfecture de la Creuse le 13 mars, à laquelle participeront les différents acteurs du dossier. D’un naturel optimiste, Christine Mallard en attend beaucoup même si elle envisage déjà d’autres scénarios y compris celui de poursuivre l’activité, temporairement, « hors les murs ». Cependant, cela irait à l’encontre de certains engagements du label de l’État, qui permet de financer en grande partie le budget. « Mais peut-être que le Ministère sera compréhensif, espère la directrice de l’établissement. C’est vraiment un cas exceptionnel et il y a urgence ! »




