César 2026 : premier trophée pour Dubosc, « L’Attachement » sacré, Lavernhe au top… Ce qu’il faut retenir de la soirée

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La 51e cérémonie du 7e art, ce jeudi soir, a connu des temps forts — le one-man-show du présentateur Benjamin Lavernhe — et d’autres plus faibles. Franck Dubosc, qui se croyait rejeté par la famille du cinéma, a décroché son premier César pour « Un Ours dans le Jura ».

Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait. L’Académie des César avait promis une soirée dense et concise qui s’achèverait à 23h30, ce jeudi, avec des discours de remerciement de moins d’une minute. Et comme d’habitude, ça a été l’inverse, avec cette petite musique qui vient gentiment signifier au lauréat qu’il faut qu’il parte, maintenant, s’il vous plaît. Bien que cartésien, le Français ne sait pas faire court. Il sait faire ennuyeux, par contre, dans une soirée avec des tunnels improbables.

C’est à 23h30, l’heure prévue de fin, que les choses les plus sérieuses ont commencé, avec le César de la meilleure réalisation attribué à Richard Linklater, pour « Nouvelle Vague », superbe hommage en noir et blanc et en français au tournage d’ « À bout de souffle » de Jean-Luc Godard. Le grand cinéaste américain était malheureusement absent. Dommage. Le film en était déjà à son quatrième César de la soirée et la messe de minuit n’était pas encore dite.

Laurent Lafitte meilleur acteur

23h39, tout s’emballe enfin comme à chaque fois dans le temps additionnel. Isabelle Adjani remet, après une intervention de cinq bonnes minutes, le César du meilleur acteur à Laurent Lafitte, qui n’avait jusque-là été nommé que dans celui du second rôle, pour sa prestation drôlissime dans « La Femme la plus riche du monde », un personnage imbuvable d’escroc qu’il joue formidablement. « Merci la France », a-t-il lancé pour son système qui aide les jeunes comédiens précaires comme il l’a été jusqu’à 35 ans.

Laurent Lafitte a remporté le César du meilleur acteur pour sa prestation drôlissime dans « La Femme la plus riche du monde » EPA/MAXPPP/Teresa Suarez

Laurent Lafitte a remporté le César du meilleur acteur pour sa prestation drôlissime dans « La Femme la plus riche du monde » EPA/MAXPPP/Teresa Suarez

Avec humour, Jean Dujardin — il a été souvent nommé mais n’a pas remporté de César — a remis celui de la meilleure actrice à Léa Drucker, qui, elle, remportait sa deuxième statuette après « Jusqu’à la garde » en 2019, pour son rôle d’inspectrice de la police des polices dans « Dossier 137 » de Dominique Moll. Un film sur une bavure policière, important à une époque, a-t-elle dit, « où la vérité est malmenée, abîmée ».

À minuit pile, emballement final avec le César du meilleur film, remis au très beau « L’Attachement » de Carine Tardieu, une variation sur l’amour, celui qu’on porte aussi à l’enfant d’un autre, du voisin touché par la tragédie, aux familles qui se recomposent comme elles peuvent, à ce qu’aimer veut dire dans toutes ses nuances.

Benjamin Lavernhe épatant

On sourit, on rit, on s’adoucit, d’abord parce que Franck Dubosc, nommé pour « Un Ours dans le Jura », une comédie noire dans l’esprit des frères Coen, a remporté son premier César, pour le meilleur scénario original. Un moment bref, magique et tendre. L’humoriste, acteur et cinéaste avait fait hurler de rire le public l’an dernier avec un sketch sur son « Césarillo », lui qui s’est toujours cru ringard pour les cinéphiles.

Le réalisateur de plusieurs films sensibles a d’abord laissé parler sa coscénariste Sarah Kaminsky, avant de se contenter d’un silence, d’un « C’est énorme », et « Ne me retenez pas, je reviendrai ! » C’est beau le bonheur d’un homme qui a fait se gondoler les foules par son sens de la vanne, mais a toujours rêvé d’être adopté par cette famille d’un cinéma qui pense. Affectueuses pensées.

Autre réussite absolue : Benjamin Lavernhe, épatant de bout en bout en maître de cérémonie. Les César ont souvent été si décevants depuis… Combien d’années déjà ? Lavernhe a fait mieux, mais surtout il a fait différent. Son numéro d’entrée en scène en hommage à Jim Carrey, la star de Hollywood invitée ce jeudi soir, en a fait le maître de cérémonie le plus fou depuis… Valérie Lemercier en Rabbi Jacob ? En smoking noir, le comédien s’est soudain transformé en « The Mask » — le film star de Carrey en 1994 — et costard jaune dans un numéro de danse d’un bastringue jazzy hollywoodien : tremble, « Danse avec les Stars » !

Benjamin Lavernhe, le maître de cérémonie, a livré une prestation à l'américaine à son arrivée sur scène. REUTERS/Sarah Meyssonnier

Benjamin Lavernhe, le maître de cérémonie, a livré une prestation à l'américaine à son arrivée sur scène. REUTERS/Sarah Meyssonnier

Une prestation à l’américaine, longue, dense, hilarante, brillante, physique. Catherine Pégard, nommée ministre de la Culture deux heures avant, avait eu le temps de se glisser dans la salle en robe noire. Comme un athlète, le maître de cérémonie a tout donné d’emblée pour se calmer et nous dérider. Avant d’adresser une passe décisive à Camille Cottin, présidente de cette 51e cérémonie du cinéma français, qui s’est approchée avec des lunettes Macron et a taclé Trump. Il est de bon ton à chaque édition de défendre l’exception culturelle et la diversité du cinéma français mais elle a trouvé la bonne formule : « Le cinéma français, il est vivant parce qu’il est fragile. Il faut beaucoup de films pour découvrir quelques merveilles. » À propos de cinéma français, cette grande famille aura à nouveau joué le coup du mépris à Brigitte Bardot au moment de son hommage en images : était-il nécessaire de la siffler avant et surtout juste après l’hommage ?

La voix française de Jim Carrey

L’humoriste Alison Wheeler avait été formidable en allant chambrer Lavernhe pour son abbé Pierre : « Fais davantage attention à tes rôles. » Une cérémonie, c’est un début sur les chapeaux de roues puis un ventre mou de César secondaires — sauf pour les lauréats — avant un final de fou et de feu. Ceux qui ont vu « La Petite Dernière » de Hafsia Herzi ont été heureux du César du Meilleur espoir féminin remis à Nadia Melliti, 23 ans, tellement juste en ado musulmane et footballeuse qui découvre son homosexualité tout en passant le bac. La statuette du Meilleur espoir masculin, elle, revient à Théodore Pellerin pour « Nino », également sacré comme meilleur premier film. Pauline Loquès, la réalisatrice de ce portrait d’un tout jeune homme soudain frappé par le cancer, a souligné avoir choisi « une majorité de femmes en cheffes de poste, pour leur talent, pas parce qu’elles sont des femmes ».

Le temps passait et ne passait pas tant que ça. Il fallait quand même une blague. « Les nommés dans le dossier Epstein sont… Non », a lancé Benjamin Lavernhe. Et Emmanuel Curtil, la voix française de Jim Carrey depuis trente ans, est venu enfin saluer pour la première fois son maître — et son gagne-pain — en plaidant pour la voix humaine contre l’IA. Pierre Lottin a décroché le César du meilleur second rôle pour « L’étranger » de François Ozon. L’ex-ado des « Tuche » a prouvé qu’on pouvait respecter la règle de la minute pour un discours en remerciant papa et maman avant de dédier sa statuette « au peuple iranien » et à « Mossadegh », pionnier de la démocratie laïque à Téhéran dans les années 1950.

Parfaite introduction à Golshifteh Farahani, en noir de deuil, qui a rappelé les massacres qui viennent de se dérouler en Iran et récolté la première ovation de la soirée. Un moment de douleur partagée. Avant un moment de bonheur : le deuxième César du documentaire avec « Le Chant des forêts » — après « La Panthère des neiges » — pour Vincent Munier, monté sur scène avec son père — qui a superbement parlé de sa vie de lynx des Vosges — et son fils, acteurs de son film. Sauvagement beau.

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