Alors que l'élection présidentielle approche à grands pas, l'ombre de Moscou pèse sur les urnes. À un an du scrutin, Emmanuel Macron a ainsi annoncé ce jeudi 16 avril un projet de loi pour "améliorer la protection" des élections françaises "contre les ingérences étrangères". Si le président en appelait déjà de ses vœux en décembre, le phénomène préoccupe les plus hautes sphères de l'Etat depuis plusieurs années.
Pour faire face à cette menace, le président prévoit "toute une série de textes pour permettre de mieux protéger le débat démocratique des vicissitudes des réseaux sociaux". Sur ces plateformes, il souhaite "réguler la parole", et "en particulier la possibilité d'acheter cette parole dans les périodes électorales". Car pour semer le chaos dans l'opinion, les modes opératoires sont nombreux : nuire à la sincérité du scrutin, ternir la réputation des candidats, alimenter la défiance à l’égard des médias ou encore polariser le débat public pour peser sur le résultat des élections…
"Des millions de faux comptes" sur les réseaux sociaux
A l'adresse des centaines de maires réunis jeudi à l'Elysée, le chef de l'Etat a concédé : ces ingérences "vous ont parfois touché". Lors des échéances locales des 15 et 22 mars 2026, bien que rares, plusieurs opérations de perturbation ont été identifiées, notamment à l'égard des candidats de La France insoumise. Une menace qui venait principalement de la Russie. Dès février, Emmanuel Macron tirait la sonnette d'alarme : le Kremlin "achète massivement en période électorale des millions de faux comptes".
Des méthodes auxquelles les services de renseignement ne sont pas étrangers. En février, L'Express révélait comment l'Etat s'active pour lutter contre les ingérences étrangères. Parmi ces initiatives, la création en janvier d'un réseau de coopération et de coordination des élections. Cet organe réunit les services de Matignon, le secrétariat général du gouvernement, le ministère de l’Intérieur, mais aussi Viginum et son comité d'éthique, l’Arcom, le régulateur des médias, et la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques. Surnommé RCPE, il est chargé "d’évaluer la menace" durant la période électorale, d'en informer le grand public par le biais de bulletins périodiques et, en cas de manipulation, de proposer des "mesures de réponse".
Une menace à échelle européenne
Les échéances municipales ont servi de laboratoire à ciel ouvert dans cette lutte contre les opérations de déstabilisation étrangères. Désormais, les efforts seront concentrés sur 2027. Pour y parvenir, le gouvernement accorde une vigilance accrue aux fake news générées par intelligence artificielle. En mars, Viginum alertait contre une méthode qui pullule sur les réseaux sociaux et dont raffolent les réseaux d'influence étrangers. Une menace d'autant plus inquiétante que les plateformes telles que TikTok ou X sont réticentes à coopérer dans la régulation des contenus.
Aussi, pour leur faire face, Emmanuel Macron promettait ce jeudi une démarche commune : "on va se battre au niveau européen" pour "interdire" les faux comptes sur les réseaux sociaux. Car le Vieux Continent est affecté dans son ensemble par ces manœuvres d’immixtion qui ont "touché beaucoup de nos voisins". Allusion aux échéances moldave, roumaine et allemande où le Kremlin et Washington ont tenté de s'immiscer.
Mais, puisque ces "plateformes ne respectent pas le droit français, et ne respectent pas le droit européen", Sébastien Grosmaître, rédacteur en chef de Ouest France, encourageait dans le cadre d'une conférence de l'IRIS, les acteurs politiques à adopter une méthode plus drastique : ne pas "nourrir la bête" et détacher leur communication des réseaux sociaux.

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