Il y a des moments dans l’histoire où les cartes sont redistribuées si brutalement que les diplomaties qui n’ont pas su lire le changement peuvent se retrouver hors-jeu pour longtemps. Le 7 octobre 2023 est l’un de ceux-ci. Il est d’abord une rupture dans la conscience nationale israélienne, comparable au 11-Septembre américain. Les exigences de sécurité absolue qui ont suivi ce jour sont l’expression d’une société traumatisée qui a décidé de ne plus jamais parier sur la bonne volonté de ses voisins. En ignorant cela, la France s’est interdit d’être utile. Il a aussi déclenché une recomposition géopolitique bien plus large. L’Iran a vu sa stratégie des proxys se retourner contre lui. La carte du Moyen-Orient ne cesse de se redessiner sous nos yeux.

C’est sur le Liban que l’échec français atteint sa dimension la plus grave. La proximité affective de Paris avec Beyrouth a fini par aveugler notre diplomatie : le Hezbollah n'est pas un parti politique libanais qui aurait aussi une branche armée. C'est une organisation terroriste, classée comme telle par l'UE dans sa totalité depuis 2013, qui a pris en otage un État entier au service d'un agenda iranien. La France a cru possible de distinguer ses branches politique et militaire, semblant oublier que le Hezbollah avait du sang français sur les mains depuis l’attentat de 1983 à Beyrouth (58 morts) et que traiter avec lui ainsi relevait d’une forme de complicité passive avec l’ordre mortifère qu’il imposait au Liban.