Inceste : des centaines de témoignages rassemblés dans un livre pour « provoquer un choc des consciences »

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Originaire de Pont-Audemer (Eure) et aujourd’hui étudiant en 2e année de droit à Rouen (Seine-Maritime), Hugo Dutrait est aussi passionné par les enquêtes, le journalisme et les sujets de société. Alors qu’il était lycéen, il a coréalisé en 2023 un documentaire d’enquête sur l’euthanasie, « J’ai le droit de mourir ». Puis en 2024, il poursuit ce travail de recherche avec un documentaire sur le harcèlement scolaire, « L’école de la peur », en partant de son cas personnel. « Un travail pour lequel j’ai subi beaucoup de pression et notamment des menaces de plaintes en diffamation par l’Éducation nationale. Du coup, j’ai perdu mon contrat avec les cinémas Noé. On m’a demandé d’être moins partial. J’ai répondu que je voulais garder ma liberté », se souvient-il.

Ainsi, avec son associé Lucas Vieillevigne, il a cofondé Voxom « pour continuer notre travail sur les réseaux sociaux et YouTube ». Ils ont produit, en août 2025, un film documentaire, « L’Inceste, la vérité crue », et désormais un livre : « Silence, on viole » (Voxom Éditions, 160 pages, 22,90 euros).

Hugo Dutrait s’est lancé dans ce dernier sujet, « car lors d’une discussion, j’apprends que ma mère a été victime d’inceste et que tout le monde le savait. Ce fut un moment de bascule personnel. Même si les faits sont prescrits, j’ai voulu en savoir plus ».

« L’inceste nous renvoie à nous-même »

Il découvre alors les chiffres : 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles par an en France, et 81 % d’entre eux sont des victimes d’inceste, selon le rapport de la Ciivise publié en 2023. « Je découvre aussi que c’est difficile de poursuivre les auteurs. Seulement 1 % sont condamnés. C’est dérisoire », regrette-t-il. « L’inceste nous renvoie à nous-même. C’est pourquoi c’est tabou. J’ai eu alors besoin de faire un documentaire, avec notamment des témoignages de victimes et des analyses d’une avocate, d’une psychologue, de l’association euroise Les enfants de Tamar ou encore d’un développeur de jeux vidéo. »

C’est après la mise en ligne de cette vidéo en août 2025 que les retours de victimes ont afflué « grâce au relais de plusieurs associations qui font un travail que l’État ne fait pas », pointe Hugo Dutrait. « Nous avons donc décidé de poursuivre par un livre. Nous avons lancé un appel à témoignages. Ils sont arrivés par plusieurs centaines, dont beaucoup de mères protectrices. Celles qui luttent à huis clos pour protéger leurs enfants des prédateurs et dont certaines ont réussi à les faire condamner. Nous les avons écoutées. »

En utilisant les dossiers judiciaires des victimes et notamment les enregistrements audios des auditions, Hugo Dutrait a « sourcé, vérifié et compilé ces témoignages afin d’obtenir une enquête, pas un roman, ni une étude ».

Manque de formation

En 160 pages, l’investigateur dresse plusieurs constats. Il affirme notamment « que la justice se rend complice des pédocriminels. Je l’assume, car ils manquent de formation et de compétence. C’est une phrase choc, mais, c’est une réalité. Ils ont une responsabilité. Comme pour les enquêteurs. Sur 190 000 gendarmes, seulement plus de 2 000 sont formés. Il faut des moyens ! »

L’auteur renvoie aussi les familles à leurs responsabilités « pour provoquer un choc des consciences. Elles protègent souvent leur réputation plus que la victime. Elles veulent rester dans l’idéal familial au lieu de les croire. Sortez du silence ! Pour les professionnels, cela n’est pas un guide ou un mode d’emploi, mais une sorte de boussole pour donner des orientations ».

Avec son équipe, le Normand prévoit déjà de poursuivre son travail d’investigation par une mini-série diffusée sur YouTube intitulée « Affaires sensibles », rassemblant « des émissions de notre production, mais aussi d’autres journalistes ».

En attendant, il sera en dédicace le samedi 28 février de 9 heures à 19 heures à la Fnac de Pont-Audemer, et en conférence avec une psychologue, puis le vendredi 20 mars à la Compagnie des livres à Vernon (Eure).

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