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Ils ont fumé, bu, mangé de la charcuterie toute leur vie et soufflé leurs 100 bougies. Ces centenaires existent. Mais ce que la science dit de leur longévité devrait tempérer l’envie de les prendre pour modèles.
Passer la publicitéC’était un dîner d’amis en avril dernier. Thierry*, 61 ans, a posé la main sur son verre avant même qu’on le lui propose. « Pas plus d’un. » Depuis son bilan de santé, dont il a déjà rebattu les oreilles de la tablée, sa vie a changé. Fini la charcuterie, fini les verres qui s’enchaînent, et le week-end, 80 kilomètres à vélo « au moins ». Il en parle avec une certaine satisfaction.
Au bout de la table, Marc* repose son verre et lève les yeux au ciel. « Roh. Mon père fumait un paquet par jour. Il est mort à 97 ans en pleine forme. À quoi ça sert de se priver ? » Sous-entendu : « Tu nous bassines avec tes histoires. »
Dans les commentaires de nos articles sur le « bien vieillir », cette même réaction revient. « Mon grand-père mangeait de la charcuterie, il est mort à 98 ans. » « Ma mère buvait du rouge le midi et le soir tous les jours. Centenaire elle aussi. » Comme si la génétique faisait tout le travail, et le reste rien. Nous avons posé la question à trois spécialistes. La réponse est plus complexe qu’on ne le croit.
Le biais du survivant : on ne voit que ceux qui sont arrivés
Première chose à noter : même aujourd’hui, vivre jusqu’à 100 ans est statistiquement hors norme. Jean-Marie Robine, directeur de recherche à l’Inserm et spécialiste des centenaires depuis plus de trente ans, est formel : atteindre cet âge est aussi exceptionnel statistiquement qu’être un géant ou un nain. En France, seules 2 % des personnes nées en 1920 sont devenues centenaires, selon les données de l’Insee.

il y a 5 hour
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