Le parti britannique Reform UK, populiste et classé à l’extrême droite, subit une baisse de popularité conséquente dans les sondages. Mercredi 15 avril, l’institut More in Common a annoncé une chute de cinq points pour le parti de Nigel Farage, qui retombe à 25 %. Ces dernières années, il se plaçait pourtant au coude-à-coude, voire devant les deux géants politiques historiques du pays, le Labour et les Tories (conservateurs). Dans le même temps, les Torries semblent profiter d’un transfert d’une partie de ces voix et remontent de trois points, jusqu’à 22 %. Le revirement tombe mal pour Reform UK, à quelques semaines des élections locales de mai, où le parti de Nigel Farage espérait rafler jusqu’à 1 500 sièges de conseillers.

Bien que ces chiffres soient issus d’un seul sondage, More in Common était jusqu’ici le seul institut à créditer Reform UK d’environ 30 %. Ce score de 25 % le rapproche donc des autres estimations, comme celle de Politico, qui documente de son côté une baisse de 31 % à 26 %.

Impopularité et nouveau concurent

La popularité personnelle de Nigel Farage est elle aussi en recul. Sa côte d’approbation nette (le pourcentage de personnes qui l’approuvent moins celui de celles qui le désapprouvent) est tombée à -20 %, son pire résultat depuis les dernières élections il y a un an — bien qu’elle reste supérieure à celle de Keir Starmer (-43 %). Des chiffres qui interrogent sur l’impact réel de la personnalité de Nigel Farage pour son parti.

Parmi les autres éléments d’explication, le journal britannique The Independent rapporte qu’"un certain nombre de membres de Reform ont, en privé, exprimé des inquiétudes quant à l’impact du nouveau parti de droite de Rupert Lowe, Restore Britain, mesuré à 4 % dans d’autres sondages". "Nous leur causons de gros problèmes. Les gens se lassent de Farage", s’enthousiasme d’ailleurs Rupert Lowe dans les colonnes du journal, lui qui avait quitté Reform UK après une querelle interne.

Amitié handicapante avec Donald Trump

Parmi les facteurs avancés pour expliquer ce recul, la proximité très médiatisée entre Nigel Farage et Donald Trump, qui pourrait devenir un handicap politique à mesure que l’image du président américain se dégrade au Royaume-Uni. Selon Statista, la cote de popularité nette de Donald Trump y atteignait -70 % en février, tandis qu’un sondage YouGov indique que seuls 13 % des Britanniques lui sont favorables et que 67 % se disent explicitement "anti-Trump". Or, 70 % des sondés associent Reform UK à un soutien au président américain, ce qui alimente les critiques de ses adversaires. Le chef des Libéraux-démocrates, Ed Davey, accuse ainsi Nigel Farage de vouloir "modeler le Royaume-Uni sur l’Amérique de Trump" et de promouvoir une "politique à la Trump" synonyme de "chaos et division". Même parmi les électeurs de Reform, moins de la moitié (46 %) se dit pro-Trump.

Face à cette situation, le Premier ministre travailliste Keir Starmer adopte une ligne plus prudente, oscillant entre coopération stratégique et prise de distance, notamment après les frappes américaines en Iran qu’il juge au mieux "mal pensées" et au pire irresponsables. Il a critiqué ceux qui voulaient engager le Royaume-Uni dans le conflit "sans réfléchir aux conséquences", visant implicitement Washington tout en attaquant conservateurs et Reform.

Si certains à gauche espèrent que le lien Farage-Trump devienne un "boulet", d’autres soulignent qu’un électorat de droite en colère pourrait rester réceptif à son discours, comme en 2016 lorsque 52 % des électeurs avaient défié l’establishment. Car malgré ce recul dans les sondages, Reform conserve une dynamique. À l’image des élections municipales en France, les élections locales britanniques seront très fragmentées. Avec au moins quatre partis à des niveaux élevés dans les sondages — Reform autour de 25 %, les conservateurs à 22 %, le Labour à 21 % et les Verts à 13 % — l’issue s’annonce aussi incertaine que dispersée.