La Baule a pris des allures d’été en ce mercredi après-midi. Il fait près de 29 degrés. Le long de la mer, les promeneurs cherchent l’ombre. C’est justement l’un des objets du projet majeur qui est en cours : en renouvelant sa promenade le long de l’une des plus belles baies du monde, la municipalité veut replanter des arbres.
« Avant, on avait une plate-bande d’1,80 m de large au milieu de quatre voies de circulation, se souvient Marc Bréhat, directeur des espaces verts et de l’environnement, en poste depuis 25 ans. Il faut de la place pour les vélos, les piétons et la nature : on aura deux fois plus de surface végétale qu’avant », assure-t-il.
De frêles tamaris, chênes verts, pins et cupressus ont donc été plantés et tentent de pousser dans cet environnement soumis aux embruns et aux vents des tempêtes d’hiver. « On a un petit arbre tous les 8 à 10 m mais de chaque côté de la promenade, en quinconces. L’idée n’est pas de construire un mur vert », promet le fonctionnaire.
Mais, pour certains riverains, la présence diffuse des arbres, c’est déjà trop. Une pétition a été lancée. Les occupants « s’unissent pour réclamer leur droit au soleil », peut-on lire sur la feuille format A4 distribuée dans les boîtes aux lettres. Ils demandent la préservation de leur vue sur la mer, « ce pour quoi ils ont choisi d’habiter sur le remblai » et craignent de voir la valeur de leurs logements baisser.
Leur demande ? Troquer les arbres plantés contre des haies basses. C’est le cas de Martine, qui a pris depuis deux décennies sa retraite dans un superbe loft au rez-de-jardin, pleine vue sur mer. Un tamaris risque de lui cacher l’île des Evins, vision qu’elle chérit tant. « Pour moi, ce serait un crève-cœur, souffle-t-elle. Je sais que cet arbre va prendre de l’ampleur. Et s’ils en rajoutent d’autres ? S’interroge-t-elle. Ça va être horrible. »
« S’il faut faire du cousu main, on le fera », promet le maire
Aujourd’hui, elle est un peu amère de ne pas s’être rendue aux réunions de concertation ni d’avoir répondu à l’enquête publique. « J’aurais dû donner mon avis avant, mais je m’adapterai », assure-t-elle en espérant encore pouvoir faire déplacer le tamaris. « En fait l’idéal pour nous ce serait des bonsaïs », s’amuse-t-elle.
« Quand, même les arbres, on devrait se réjouir d’en avoir, la contredit, quelques centaines de mètres plus loin Monique, 98 ans, elle aussi habitante du rez-de-chaussée. Moi, ça ne me dérange pas du tout », assure-t-elle, en attendant avec impatience la fin des travaux et de pouvoir gagner le remblai avec son déambulateur sans être gênée par les cailloux.
Devant ce vent de fronde, les élus ont été à la rencontre des habitants la semaine dernière. « C’est un projet qui a été travaillé depuis plusieurs années et il y a eu une concertation qui a duré plus d’un an. Ça a été acté en conseil municipal. Tout le monde s’est mis d’accord sur la revégétalisation de la promenade de mer », pointe Franck Louvrier le maire de la ville.
Pour lui, pas question de faire un retour en arrière « mais s’il faut faire du cousu main, on le fera », concède-t-il. « On peut toujours faire bouger les choses mais on n’est pas en train de replanter une forêt, assure l’élu. On essaye de remettre une biodiversité dans un endroit où il n’y en avait plus du tout. À La Baule, il y a 70 000 arbres, c’est une ville jardin au bord de l’océan. Nous voulons recréer une continuité végétale jusque sur la promenade de la mer. »




