En bientôt 23 ans d’existence, l’association rouennaise Bouchons 276 a récupéré 3 766 tonnes de bouchons et capsules en plastique dans ses 550 points de collecte de l’Eure et la Seine-Maritime. Vendus à une entreprise spécialisée, ils sont ensuite recyclés en poubelles urbaines, et les fonds récoltés par l’association permettent d’aider des personnes en situation de handicap. Dans ce cadre 983 060 euros ont été reversés à 1 018 bénéficiaires normands. Mais, depuis l’apparition des bouchons attachés à leur bouteille, cette collecte diminue.
Le fondateur de l’association, Dab Delaporte, sait cependant qu’il peut compter sur un petit collège de l’Eure, déjà champion de la collecte : « Je vais être honnête, quand je parle de bouchons lors de présentations ou d’animations, je donne toujours comme référence le collège Marcel Marceron, à Montfort-sur-Risle. Il est peut-être basé dans une petite commune, mais il récupère 2 tonnes de bouchons par an. En parallèle, à Évreux (Eure), un très gros collège m’envoie 40 kg. »
« Pour les aider, il faut de l’argent »
Cette réussite est due selon lui au professeur de mathématiques Geoffroy Carpentier, « moteur de l’opération, et à des jeunes qui passent le message de la solidarité et du recyclage ». Un message qu’ils ont fait passer de manière remarquée sur les réseaux sociaux début février, avec une série de photographies qu’on pourrait croire générées par une intelligence artificielle : 50 sacs de bouchons, soit 577 kg, renversés dans les couloirs de l’établissement.
C’est suite à l’appel de Dab Delaporte sur le ralentissement des dons en bouchons et capsules que Geoffroy Carpentier, la professeure d’arts plastiques Éloïse Raguideau et une dizaine d’élèves de 3e ont eu l’idée de monter ce projet artistique. Aude, 14 ans, présente leur intention : « Nous voulions que ce soit quelque chose de visible, impactant. Alors les professeurs ont créé une histoire autour de la vie des élèves dans le collège et les bouchons. Avec les 50 sacs, nous avons réalisé une série de tableaux où les collégiens sont remplacés par les poches, car les bouchons, c’est nous, c’est notre consommation. Cela veut dire que le plastique a envahi nos vies et le monde, qu’il pollue. Cela veut dire aussi que nous sommes sensibles à la cause des personnes handicapées. Nous avons compris que pour les aider, il faut de l’argent. »
Ce fut aussi un jeu entre eux car, rien que pour le cliché phare, ce couloir de 11 m envahi de bouchons que bon nombre de personnes ont pris pour une création de l’IA, « nous avons renversé les 50 sacs sur une bâche. L’effet est là ! », convient Geoffroy Carpentier, qui ne s’attendait pas que le cliché soit repris autant de fois sur les réseaux sociaux et dans la presse. Il se projette d’ailleurs déjà dans un prochain projet : « Maintenant, mon envie est de remplir le hall d’accueil avec une tonne. »
Un exemple lors de cours
Pour le professeur de mathématiques, c’est l’aboutissement de dix ans de mobilisation dans le collège de 430 élèves où il venait alors d’arriver. « Mon frère faisait déjà des collectes en Bretagne. Au début, les quantités étaient minimes », se souvient-il. « C’est en 2017, quand Bouchons 276 a lancé le challenge des établissements scolaires en Normandie que cela a explosé. Nous avons remporté quatre années de suite le trophée des collèges. Cela a motivé tous les collégiens, de la 6e à la 3e. »
Même après la disparition de ce concours, il ne baisse pas les bras : « J’ai réussi à conserver cette motivation, car ces jeunes comprennent la notion de protection de l’environnement et la solidarité qu’il faut avoir envers les personnes en situation de handicap. Au final, c’est devenu un challenge entre les 17 classes. »
Les résultats sont bien au rendez-vous : alors que le foyer socio-éducatif fournit un sac floqué « les petits bouchons de Marcel » à chaque collégien pour les remplir à la maison, « 170 élèves en moyenne ramènent leurs collectes lors de trois récoltes par an. Fin septembre, après les vacances de Noël et fin mai. Ce sont les 6e qui participent le plus, car avec l’adolescence, cela devient plus difficile de les motiver », détaille le professeur. L’opération a dépassé la simple solidarité, pour Emeric Jeanne, le principal : « Elle fait partie de la vie structurante de ce collège. Elle sert d’illustration dans de nombreux cours. »




