Les passereaux sont des oiseaux « des campagnes », la famille regroupant de nombreuses espèces comme les merles, les rouges-gorges ou encore les mésanges. S’ils intéressent tout particulièrement les chercheurs, c’est qu’ils ont la particularité « de vivre dans les haies en période de reproduction et de peu s’en éloigner. Ils restent à 100, 150 m maximum. Ce sont de bons marqueurs locaux », explique Jérôme Moreau, professeur à La Rochelle Université et chercheur au Centre d’études biologiques de Chizé (CEBC), dans les Deux-Sèvres.
Avec la doctorante Audrey Bailly et la chercheuse Karine Monceau, il a mené une étude « inédite » sur « les effets sublétaux (non mortels, NDLR) des pesticides sur les oiseaux des plaines agricoles », en se concentrant sur la charge parasitaire. Comme les humains, les oiseaux peuvent en effet être envahis par des parasites comme les poux, tiques et autres acariens qui se cachent sous leurs plumes, mais aussi des parasites internes.
L’intensification de l’agriculture, notamment à travers l’usage de pesticides de synthèse, est reconnue par le monde scientifique comme l’un des principaux facteurs du déclin de ces oiseaux – d’environ 60 % ces 40 dernières années. Cependant, l’impact sur ces infections parasitaires a été « très peu étudié ». « Jusqu’ici, personne ne travaille sur les effets des pesticides entre organismes, sur comment ils modifient les relations entre espèces », souligne le professeur. « Or nous savons que les oiseaux disparaissent et qu’ils sont contaminés petit à petit par des doses infinitésimales de différentes molécules. C’est le fameux effet cocktail qui n’est pas forcément visible, car ça ne les tue pas directement. Mais cela peut diminuer la reproduction et la survie, par exemple. »
Quel impact sur « l’ensemble du vivant » ?
Depuis 2021, plus de 1 000 passereaux ont ainsi été scrutés chaque année au printemps par les chercheurs dans « les conditions les plus proches de la nature » au sein de la « zone atelier » plaine et Val de Sèvre, un vaste « laboratoire à ciel ouvert » de 450 km2 au sud de Niort (Deux-Sèvres) regroupant 435 exploitations agricoles, dont 18 % en agriculture biologique.
Les résultats ont montré une « réelle différence » selon les systèmes de production. Les oiseaux vivant dans des paysages dominés par une agriculture conventionnelle portent moins de parasites externes (tiques, poux). Ils présentent toutefois davantage de parasites sanguins. Et « cette multiplication pourrait ainsi augmenter la mortalité », évoquent les scientifiques.
A contrario, les volatiles évoluant dans un environnement d’agriculture biologique sont davantage touchés par des parasites externes, mais moins internes. « Notamment car leur système immunitaire est moins fragilisé », relève Jérôme Moreau.
Pour l’équipe de recherche, « ces résultats interrogent l’impact de l’usage de pesticides sur l’ensemble du vivant, y compris sur la santé humaine et leurs parasitoses. » « C’est la suite de ce que nous étudions, nous cherchons à savoir si ces oiseaux sont un bio-indicateur du danger pour l’homme », conclut le professeur.




