Shaul Marciano se trouvait dans une synagogue de Jérusalem samedi matin, lorsque retentit la première sirène de cette nouvelle guerre contre l'Iran. L'officiant venait de lire la section hebdomadaire de la Torah, un célèbre extrait du Deutéronome comportant l'injonction : "Tu effaceras le souvenir d'Amalek." "Chez nous, il n'y a pas de hasard : Dieu dirige l'histoire, assure le quinquagénaire. Dans la Bible, Amalek est l'ennemi héréditaire d'Israël, celui qui cherche à nous exterminer à chaque génération. Au XXe siècle, c'était Hitler. Pour notre époque, c'est l'Iran des mollahs. Et nous effacerons son souvenir."
La semaine se révèle décidément riche en symboles. Ce mardi 3 mars, les Juifs célèbrent la fête de Pourim qui commémore l'annulation d'un massacre antisémite organisé par Haman, un dirigeant de la Perse antique, l'ancêtre de l'Iran. "Khamenei, c'est Haman", s'exclame Shaul Marciano. Le Premier ministre Benyamin Netanyahou a lui-même fait allusion à cet épisode dans son discours diffusé lors du déclenchement des hostilités. "Il y a 2 500 ans, dans l’ancienne Perse, un ennemi s’est dressé contre nous avec le même objectif : anéantir notre peuple. Mais Mardochée le Juif et la reine Esther, par leur courage et leur ingéniosité, ont sauvé notre peuple. En ces jours de Pourim, le sort a été tiré et le méchant Haman a péri. Aujourd’hui encore, à Pourim, le sort a été tiré et la fin du régime maléfique est proche", a prédit le dirigeant israélien.
"Je n'ai jamais vu un tel cataclysme"
La mystique de cette guerre ne masque pas la dure réalité des attaques iraniennes. Dimanche, un missile a percuté un abri public situé sous une synagogue de Bet Shemesh, une ville populaire du centre d'Israël. Neuf personnes ont été tuées et une trentaine blessées. Sur place, les effets de l'explosion sont spectaculaires : le bâtiment touché a été pulvérisé et, tout autour, les voitures renversées et des dizaines de toitures arrachées. "Je n'ai jamais vu un tel cataclysme, souffle Yaaron, un habitant du quartier. Ces personnes se croyaient en sécurité dans cet abri mais la puissance du missile ne leur a laissé aucune chance."
Pour une raison encore inexpliquée, le Dôme de fer, célèbre bouclier antimissile israélien, n'a pas fonctionné. Selon un des concepteurs du système, interrogé par la radio de l'armée, le taux d'interception s'élève à 93 %. En creux, la frappe de Bet Shemesh laisse imaginer l'état du pays si la plupart des missiles et drones offensifs iraniens n'étaient pas détruits en plein ciel par le Dôme de fer...
L'union sacrée face à la menace iranienne
Malgré le drame de Bet Shemesh et déjà plusieurs heures passées dans les abris, y compris en pleine nuit, les Israéliens continuent de soutenir massivement la guerre en Iran. La spectaculaire élimination du guide suprême Ali Khameini et d'une quarantaine de responsables iraniens nourrit l'optimisme de la population. "Depuis vingt ans, depuis qu'Ahmadinejad [NDLR : président iranien entre 2005 et 2013] a promis de nous exterminer avec sa bombe atomique, nous vivons avec cette menace iranienne au-dessus de nos têtes. Il faut en finir une fois pour toutes, surtout que nous avons la chance d'avoir le soutien du président américain", considère Ehud Tsaroum, un officier de police natif de Jérusalem.
Comme à l'accoutumée, la population israélienne participe directement à l'effort de guerre à travers les soldats d'active et les réservistes. Cent mille d'entre eux ont déjà été mobilisés même si, pour l'instant, aucune opération terrestre d'envergure ne se dessine. Juif pratiquant et réserviste, Shmuel G. a pris sa voiture après un appel de l'armée. "Je suis allé rejoindre mon unité vers Kyriat Shmona, dans le nord du pays, où on nous a parlé d'infiltration possible de milices pro-iraniennes basées en Syrie." Pas d'infiltration à cette heure, mais des drones et des tirs de roquettes du Hezbollah vers le doigt de la Galilée, dans le nord d'Israël, provoquant une riposte dévastatrice de l'armée israélienne.
Rompant cette union sacrée, seule l'extrême gauche israélienne critique le gouvernement de Benyamin Netanyahou. Mythique éditorialiste du quotidien Haaretz et pourfendeur du nationalisme israélien, Gidéon Lévy estime qu'Israël aurait dû laisser sa chance à la négociation. "L'ouverture du conflit actuel a été présentée comme une 'frappe préventive', or une attaque préventive est lancée contre un adversaire sur le point de vous attaquer. L'Iran n'était pas sur le point de le faire. Certes, son régime est terrifiant et il représente une menace pour la sécurité d'Israël et de la région depuis des années, mais il n'a jamais présenté un danger existentiel pour Israël", estime le journaliste.

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