Feu vert pour l’usine à risques Seveso prévue dans cette zone inondable : à Bordeaux, c’est l’incompréhension

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Le 19 février, le soleil se reflétait dans l’eau qui inondait la prairie de Grattequina, propriété du port autonome de Bordeaux (Gironde), où doit s’implanter le projet EMME de raffinerie de cobalt et nickel pour fabriquer des batteries de voitures électriques. Ironie du calendrier, la veille, la commission de l’Enquête Publique rendait un avis favorable pour ce projet d’usine, classée Seveso seuil haut, malgré les 85 % d’avis défavorables laissés parmi les 1 800 contributions de l’enquête publique achevée le 16 février. Parmi les inquiétudes, le risque d’inondation qu’accentuerait ce projet industriel qui prévoit un remblai de 500 000 m3 de terre, 5,50 m de haut, sur 17,5 hectares, afin de mettre l’infrastructure hors d’eau en cas de crue de la Garonne.

« Si on bétonne ici, l’eau s’étalera ailleurs dans la métropole »

Car le site choisi « est situé dans le lit majeur du fleuve, souvent inondé par remontée des nappes », alerte Florence Bougault, de la Sepanso, Société pour l’étude, la protection et l’aménagement de la nature dans le Sud-Ouest. « C’est une zone d’expansion de crue, une éponge. Si on bétonne ici, l’eau s’étalera forcément ailleurs dans la métropole », détaille l’administratrice de cette association, éberluée par l’avis favorable rendu alors que la Gironde vient de vivre un épisode majeur d’inondation.

Une inquiétude partagée par les habitants de Saint-Louis-de-Montferrand situé sur l’autre rive, juste en face du projet, dont une dizaine d’habitations se sont retrouvées dans l’eau la semaine dernière, tout comme gymnase et cantine. « On nous assure que ce projet n’accentuera pas le risque d’inondation mais c’est de la théorie », glisse Josiane Zambon, la mairesse de cette commune, la seule du département à être classée ZED, pour zone d’extrême danger.

Mardi 23 février, les 32 hectares du projet EMME, cerclés de rubalise, avaient retrouvé leur herbe parsemée de pissenlit et de repousses de colza. La digue, construite à 100 m de la Garonne, y était encore bicolore : mi-verte, mi-noire de boue, témoin de l’importante montée des eaux des jours précédents. Bottes au pied et jumelles autour du cou, Jean-Marie et Mathieu s’y promènent, inquiets. « Toute la surface située sous l’usine sera tassée et asséchée. Ce n’est plus de l’artificialisation mais de l’imperméabilisation, cette zone sera morte », dénoncent ces membres du Collectif du bois vert, basé à Parempuyre.

« Nous parlons de la sécurité et de la santé des habitants »

Ils ne sont pas convaincus par l’expertise de la société Artelia, mandatée par EMME, qui soutient que l’usine ne nuira pas à l’hydrologie du sol. Une étude dont le conseil scientifique de l’Estuaire a dénoncé les lacunes, la sous-estimation des impacts environnementaux et des simulations de crues, basées sur la tempête de 1999, qui auraient dû prendre en compte des débits et coefficients de marée plus importants pour être exhaustifs.

« En 1999, le coef était de 77, contre 97 lors de la tempête Pedro. Il faut ajouter le vent, le débit de l’eau et la crue possible, or les crues sont de plus en plus fréquentes et les marées plus hautes », éclaire Florence Bougault.

L’avis favorable, tombé en pleine crue de la Garonne, a fait bondir les élus. « En l’absence de garanties suffisantes, nous ne pouvons considérer que les conditions soient réunies pour soutenir ce projet », affirme la Ville de Bordeaux, qui réclamait notamment « la réalisation d’une étude tierce indépendante sur les risques d’inondation et de submersion ».

Pourtant, dans le compte rendu de l’Enquête publique, Bordeaux, comme la Métropole, apparaissent favorables à la raffinerie : incompréhensible. « Nous avons écrit au commissaire enquêteur conjointement » indique la mairie de Bordeaux. « Sur EMME, nous parlons de la sécurité et de la santé des habitants, on ne peut pas transiger. »

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