Hausse de l'arsenal nucléaire, "dissuasion avancée"... Ce qu'il faut retenir du discours d'Emmanuel Macron

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Depuis la base de l'Île Longue à Brest, où sont stationnés les quatre sous-marins nucléaires lanceurs d'engins, Emmanuel Macron a pris la parole ce lundi 2 mars pour évoquer le rôle de la dissuasion nucléaire. "Nous vivons actuellement au plan géopolitique une période de rupture pleine de risques", a déclaré le chef de l'Etat, évoquant un contexte international marqué par la guerre en Ukraine, les tensions au Moyen-Orient et la multiplication des crises impliquant des puissances nucléaires. Une situation qui justifie, selon Emmanuel Macron, "un durcissement" du modèle français de dissuasion nucléaire.

Une "dissuasion avancée" à l'échelle européenne

Emmanuel Macron a esquissé une évolution stratégique majeure : la mise en place progressive d’une "dissuasion avancée" inscrite "dans la profondeur du continent européen", à laquelle huit pays européens "ont accepté" de participer. L'Allemagne, qui sera un partenaire clé de cet effort, a précisé le président, mais aussi le Royaume-Uni, la Pologne, les Pays-Bas, la Belgique, la Grèce, la Suède et le Danemark.

Cette initiative vise à renforcer la contribution française à la sécurité européenne, dans un contexte où la fiabilité du parapluie nucléaire américain est perçue comme moins évidente depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en janvier 2025. Le président a souligné que cette démarche se ferait en complément de la mission nucléaire de l’Otan.

"Nos forces aériennes stratégiques pourront ainsi se disséminer dans la profondeur du continent européen. Cette dispersion sur le territoire européen, à la manière d'un archipel de forces, compliquera le calcul de nos adversaires et donnera à cette dissuasion avancée beaucoup de valeur pour nous. Elle renforcera notre défense en lui accordant du champ", a-t-il déclaré. En revanche, Emmanuel Macron a été catégorique : "Il n’y aura aucun partage de la décision ultime ni de sa planification", ni de la définition des "intérêts vitaux" français. La France "assumera donc toujours seule […] le franchissement délibéré du seuil nucléaire".

Le chef de l'Etat a alerté sur un "renforcement du risque que les conflits franchissent le seuil nucléaire" et sur "une intensification de la conflictualité" mondiale. Selon lui, la multiplication des crises impliquant des puissances dotées de l’arme nucléaire ou en voie de prolifération accroît le danger. Pour y faire face, il a détaillé des capacités spécifiques relevant de ce qu’il a appelé "l’épaulement" : alerte avancée pour détecter les menaces, défense aérienne élargie et capacités de frappe dans la profondeur. L’objectif est de pouvoir gérer une escalade avant qu’elle ne franchisse le seuil nucléaire.

Des têtes nucléaires supplémentaires et un nouveau sous-marin

Lors de son discours, Emmanuel Macron a également annoncé avoir "ordonné d'augmenter le nombre de têtes nucléaires" afin de garantir que la dissuasion conserve "son pouvoir de destruction assuré". La France dispose aujourd'hui d'environ 290 têtes nucléaires, contre un peu plus de 300 avant 2008, date à laquelle Nicolas Sarkozy avait décidé de réduire le format de l'arsenal.

"Pour couper court à toute spéculation", Emmanuel Macron n'a pas indiqué le nombre de têtes nucléaires supplémentaires envisagé. "Nous ne communiquerons plus de chiffres sur notre arsenal nucléaire, contrairement à ce qui avait pu être le cas par le passé", a-t-il précisé, rompant ainsi avec la relative transparence adoptée ces dernières années. Le chef de l'Etat a insisté sur le fait qu'il ne s'agissait pas "d'entrer dans une quelconque course aux armements" mais d'assurer le respect du principe de "stricte suffisance", à savoir disposer du nombre d'armes nécessaires sans excédent.

Dans ce cadre solennel, Emmanuel Macron a annoncé que le futur sous-marin nucléaire lanceur d’engins de nouvelle génération, attendu pour 2036, portera le nom de "L'Invincible".

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