Guerre en Iran. À 56 ans, le second fils d'Ali Khamenei est le favori pour succéder à son père, mort dans un bombardement samedi dernier. Mais sa nomination pourrait poser de nombreux problèmes, à l'intérieur de l'Iran, et à l'international.
Publié le 04/03/2026 à 18:46

Mojtaba Khamenei (au centre), fils du Guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, est photographié lors d’une manifestation marquant la Journée d’al-Quds (Journée de Jérusalem).
Saeid Zareian/dpa/picture-alliance/Newscom/MaxPPP
Un Khamenei peut en cacher un autre. Quatre jours après la mort d'Ali Khamenei, son second fils Mojtaba semble s'imposer comme le premier choix pour devenir le prochain Guide suprême. Lors de deux réunions virtuelles de l'Assemblée d'experts iranienne, composée des 88 principaux clercs du régime, le nom de Mojtaba a été coché comme le principal candidat pour succéder à son père, selon plusieurs responsables iraniens, sous couvert d'anonymat. Selon le New York Times, le choix aurait dû être annoncé ce mercredi matin mais plusieurs réserves avaient été exprimées, craignant qu'il ne devienne une cible pour les États-Unis et Israël. Une frappe israélienne a d'ailleurs détruit le bâtiment où devaient se réunir initialement les membres de l'Assemblée. Selon l'agence de presse, proche du pouvoir iranien, il était vide lors du bombardement.
Figure influente du régime iranien, très proche des Gardiens de la révolution, Mojtaba Khamenei manœuvre depuis longtemps dans les arcanes du pouvoir. Alors qu'il gérait jusque-là le Beit, le bureau chargé de valider toutes les décisions prises par l’Etat iranien, l'homme de 56 ans a longtemps été perçu comme l'héritier politique de son père, même s'il avait petit à petit disparu de la scène ces dernières années. "Mojtaba est le choix le plus sage en ce moment parce qu'il est intimement familier avec la gestion et la coordination des appareils de sécurité et militaires, selon l'analyste iranien Mehdi Rahmati au New York Times. Il était en charge de cela."
Une future dynastie Khamenei ?
Adepte de la ligne dure du régime, le fils de l'ancien ayatollah a étudié la théologie au séminaire de Qom, à l'instar de son père et d'Ali Larijani, qui assure l'intérim à la tête de l'Iran, le temps de choisir un nouveau Guide suprême. S'il n'a jamais exercé de fonctions publiques, ce qui pourrait être un frein à sa nomination, Mojtaba Khamenei s'est construit une légitimité révolutionnaire en servant dans l'armée iranienne à partir de ses 17 ans, notamment lors de la guerre contre l'Irak.
Mais la nomination de Mojtaba Khamenei pour succéder à son père serait un paradoxe dans le régime : il est construit sur la révolution de 1979, qui s'opposait fermement à la monarchie des Pahlavi. Alors que le fils Khamenei est vu comme un potentiel successeur depuis plusieurs années, l'ancien Premier ministre iranien Mir Hossein Moussavi s'en était justement étonné en 2022. "Des rumeurs sur ce complot circulent depuis 13 ans. S'ils ne le poursuivent pas vraiment, pourquoi ne démentent-ils pas une telle intention une fois pour toutes ?", avait-il écrit en 2022, selon le Guardian. Des soupçons qu'avait balayé l'Assemblée des experts, qui avait affirmé sélectionner "les plus qualifiés et les plus appropriés".
L'élection de Mojtaba Khamenei comme prochain Guide suprême enverrait un message fort, autant en Iran qu'à l'international. Alors que son nom est porté par les Gardiens de la révolution, il serait le symbole d'une continuité à la tête du pays pour les partisans du pouvoir en place, alors que le régime connaît l'une des périodes les plus instables de son histoire depuis plusieurs jours. En revanche, pour les opposants au régime des mollahs, le "fils de" est l'un des responsables politiques du pouvoir qui a tué au moins 7 000 Iraniens lors des violentes manifestations ces derniers mois. Pour les réformistes iraniens, il est l'un des acteurs clés de la sanglante répression du "mouvement vert" de 2009, qui dénonçait des fraudes à l'élection présidentielle.
115 millions d'euros de patrimoine
Un nom clivant en Iran, qui représente la corruption et les détournements du régime en place. En janvier dernier, une enquête de Bloomberg révélait que le fils Khamenei était à la tête d'un empire immobilier de luxe à travers le monde, construit notamment grâce aux revenus pétroliers du pays. Contournant les sanctions américaines qui le visent depuis 2019, il est derrière onze propriétés à Londres, une villa à Dubaï, des hôtels cinq étoiles à Francfort et à Majorque, des comptes en banque en Suisse, au Liechtenstein ou encore aux Émirats arabes unis, pour une valeur totale supérieure à 100 millions de livres sterling (près de 115 millions d'euros). Loin de l'image humble que le régime souhaite envoyer à sa population. Selon l'enquête, le dirigeant iranien se serait caché derrière un tentaculaire réseau de sociétés écrans. De nombreux documents seraient également au nom du magnat de la construction iranien Ali Ansari.
À l'international, le choix de Mojtaba serait un bras d'honneur aux Américains et la preuve que le régime ne souhaite pas négocier avec eux. Sur la question du successeur du Guide suprême, Donald Trump a affirmé, mardi, lors d'une conférence de presse, qu'il voulait éviter le "pire" scénario. "Quelqu'un prend le relais qui est aussi mauvais que la personne précédente", a-t-il précisé. La ligne anti-occidentale que Mojtaba représente ne risque pas de faciliter le dialogue avec les États-Unis. D'autant qu'il pourrait en faire une affaire personnelle : si son père est mort dans le bombardement, il a également perdu sa femme, sa mère et l'un de ses fils.

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