Iran, Venezuela, Syrie... Vladimir Poutine, le pire allié du monde

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Avant de rendre son dernier souffle, Ali Khamenei a peut-être eu une pensée pour son ami Vladimir Poutine. Drôle d’ami, qui n’aura pas bougé un petit doigt pour le sauver. Tout juste a-t-il présenté ses "plus sincères condoléances", déplorant "une violation cynique de toutes les normes de la morale humaine et du droit international". C’est sûr, le président russe en connaît un rayon sur ces questions.

Depuis une décennie, l’aspirant tsar et l’ayatollah affichaient leur proximité, unis dans leur haine de "l’Occident collectif" et leur croisade contre les sanctions. En janvier 2025, les deux pays avaient conclu un nouveau partenariat stratégique, signé à Moscou sous les dorures du Kremlin. Trois ans plus tôt, la République islamique volait au secours de Vladimir Poutine dans sa guerre contre l’Ukraine. D'abord en conseillant le Kremlin pour s’adapter – et contourner – les sanctions occidentales. Ensuite, en lui fournissant une précieuse aide militaire.

Dès 2022, l’Iran livre à l’armée russe des drones Shahed par milliers. Des aéronefs bon marché, capables de voler jusqu’à 2 500 kilomètres. Redoutables pour cibler les infrastructures et les civils ukrainiens. Conquis par cette technologie, le gouvernement russe signe en 2023 un accord de 1,75 milliard de dollars autorisant la Russie à les importer, mais aussi à développer les capacités pour les produire localement. Trois ans plus tard, elle maîtrise jusqu’à 90 % de leur fabrication.

Clause d'assistance mutuelle

Ainsi Vladimir Poutine dispose-t-il de ses "alliés", exactement comme de ses soldats envoyés au hachoir à viande en Ukraine : des consommables. Après la Syrie et le Venezuela, l’Iran en fait les frais, pour la seconde fois en quelques mois. En juin 2025, au lendemain des frappes aériennes américaines et israéliennes contre les installations nucléaires iraniennes, la Russie s’était contentée de dénoncer un acte d’"agression non provoquée" sans "fondement ni justification"… mais sans apporter la moindre aide militaire. La Russie n’en a, semble-t-il, ni les moyens ni la volonté. "Moscou a besoin de ses systèmes de défense antiaérienne S-400 pour sa guerre contre l’Ukraine, précise la chercheuse Nicole Grajewski, associée au Centre de recherches internationales de Sciences Po. Si la situation venait à empirer, les Iraniens pourraient se tourner vers les Russes, pour récupérer par exemple certains des missiles balistiques à courte portée qu’ils ont livrés à la Russie et qui n'ont pas été utilisés. Reste à savoir la réponse qu’ils auront."

Rien n’oblige Moscou à épauler son "camarade". Le partenariat stratégique conclu en décembre ne comprend aucune clause d’assistance mutuelle. Et l’accord secret de 500 millions d’euros que Téhéran aurait signé dans la foulée avec Moscou pour acquérir des milliers de missiles portables MANPADS à partir de 2027 n’y change rien.

L’Iran n’est pas le premier pays à éprouver les limites de l’amitié russe, notait dès juillet 2025 la chercheuse Elena Davlikanova dans une note pour l’Atlantic Council. "Il suffit de demander à l’Arménie, qui a été laissée sans le soutien du Kremlin ces dernières années face à l’escalade des hostilités avec l’Azerbaïdjan. En tant que membre fondateur de l’Organisation du traité de sécurité collective, dirigée par la Russie, et allié de longue date de Moscou, l’Arménie comptait sur l’appui russe, mais n’a rien reçu. Une situation similaire s’est produite en Syrie à la fin de l’année dernière, lorsque le régime d’Assad, soutenu par le Kremlin, s’est effondré en l’espace de quelques jours. Une fois encore, la Russie a refusé de s’impliquer directement et a choisi de ne pas fournir à son allié le soutien militaire dont il avait désespérément besoin. Au lieu de cela, la principale contribution de Moscou a été d’offrir l’asile au dirigeant syrien déchu."

Les vrais-faux amis de Moscou

Quant à ceux qui ont eu "droit" au déploiement militaire russe, ils ne s’en portent guère mieux, bien au contraire. En témoigne l’état des pays sahéliens qui ont contracté avec le groupe paramilitaire Wagner, devenu Africa Corps, officiellement pour combattre les groupes djihadistes sur leur territoire. Au Mali, le bilan est catastrophique. "Les forces du groupe Wagner ont été incapables de prendre le contrôle des zones du nord et du centre du pays, où des groupes terroristes et séparatistes armés contestent l’autorité de l’État malien, rapporte une étude de l’ONG américaine The Sentry publiée en août dernier. Les attaques contre les civils et les décès parmi ces derniers ont considérablement augmenté depuis l’arrivée du groupe Wagner au Mali, ce qui, à son tour, a gravement compromis les relations entre l’armée et le public maliens." Le tout pour une facture exorbitante. Le "partenariat" sécuritaire avec la Russie aurait coûté la bagatelle de 900 millions de dollars à Bamako en quatre ans, selon une récente enquête de Jeune Afrique.

Ni le Mali, ni le Niger ni le Burkina Faso, tous les trois dirigés par des juntes prorusses, ne semblent prêts à sacrifier ce partenariat, si boiteux soit-il. Tant que ce dernier leur garantit la pérennité de leur régime. "Quand le régime iranien a été ébranlé au début de l’année par des manifestations de masse, les Russes l’ont aidé à censurer Internet et à brouiller Starlink, rappelle Nicole Grajewski. Les relations entre la Russie et l'Iran restent guidées par leur désir commun d’assurer à tout prix la survie de leur régime." Vladimir Poutine n’a peut-être pas dit son dernier mot, d’autant qu’il a investi en Iran pour exploiter pétrole et gaz et construire quatre réacteurs nucléaires, et qu’il compte sur ce pays pour construire son corridor nord sud, cette route ferroviaire et navale censée relier la Russie et l’Inde via l’Iran. "Les prochaines initiatives du Kremlin seront vraisemblablement calibrées pour préserver sa crédibilité en tant que partenaire contre-occidental, tout en évitant d'être entraîné dans un second conflit de haute intensité", présage dans une note, parue le 2 mars, Grégoire Roos, directeur des programmes Europe, Russie et Eurasie à la Chatham House.

Pour l’heure, le Kremlin profite des avantages que lui offre cette guerre. Non seulement l’attention mondiale est détournée du front ukrainien, mais des moyens militaires destinés à Kiev pourraient être détournés vers le Moyen-Orient. Surtout, le cours du pétrole s’envole : le baril pour le Brent de mer du Nord atteint lundi 2 mars au matin un peu plus de 80 dollars, en hausse de 13 %. Une excellente nouvelle pour les caisses de l’État russe. L’an dernier, les recettes pétrolières et gazières de la Russie ont reculé de près de 25 %.

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