La signature cérébrale du vide mental observée

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Nous avons tous déjà été distraits d’une tâche en cours par l’irruption d’une pensée parasite : une course à faire, un souvenir qui remonte, une préoccupation qui traîne… Mais s’il déraille facilement, notre flux de pensée peut-il aller jusqu’à s’interrompre complètement quand nous sommes éveillés ? Il semble bien que oui, selon une étude menée par Esteban Munoz-Musat et codirigée par Lionel Naccache et Thomas Andrillon, de l’institut du Cerveau à Paris, qui a identifié une signature comportementale et cérébrale caractéristique de ce « vide mental » (mind blanking).

Pour la capturer, les chercheurs ont bardé d’électrodes le crâne de 62 volontaires, afin d’effectuer des mesures par électroencéphalographie à haute densité. Les participants devaient effectuer une tâche monotone (appuyer sur une touche quand ils voyaient une image apparaître sur un écran, sauf s’il s’agissait du chiffre 3 ou d’un visage souriant), tout en répondant régulièrement à une question sur leur état mental : juste avant, étaient-ils concentrés sur la tâche, en train de penser à autre chose, ou carrément en train de ne penser à rien ?

Dans ce dernier cas, les participants réagissaient différemment, oubliant par exemple plus souvent d’appuyer sur le bouton. Au niveau cérébral, plusieurs marqueurs électroencéphalographiques associés à la prise de conscience d’une information visuelle disparaissaient, signe d’une certaine déconnexion du monde extérieur. En outre, la complexité du signal et l’amplitude des oscillations rapides, qui sont en général associées à des états de conscience riches, diminuaient dans les zones postérieures et pariétales, tandis que les communications s’affaiblissaient entre les régions frontales et le reste du cerveau. En entraînant une intelligence artificielle à reconnaître ces marqueurs, les chercheurs sont même parvenus à prédire avec une probabilité supérieure au hasard dans quel état mental les participants se trouvaient, à partir de l’analyse de leur signal électroencéphalographique.

Lors du vide mental (MB, pour mind blanking), les ondes rapides (ici bêta et gamma) diminuent à l’arrière du cerveau et augmentent à l’avant, par rapport à un état concentré sur une tâche (ON) ou de vagabondage mental (MW, pour mind wandering, littéralement « vagabondage mental »). Cela suggère que le cortex frontal maintient le contrôle et l’éveil, mais sans que les zones postérieures ne créent d’image.

© E. Munoz-Musat et al., PNAS, 2025

Ces modifications sont compatibles avec deux des principales théories de la conscience. La théorie dite « de l’espace de travail global » postule ainsi que celle-ci émerge lorsque les zones frontales partagent les informations à tout le cerveau, tandis que la théorie de l’information intégrée l’attribue aux échanges et influences multiples entre les différentes régions. Autant de mécanismes perturbés par la baisse des communications, de la complexité et des ondes rapides. Mais au-delà de ces rouages cérébraux, c’est sur l’expérience intime de la conscience que ces résultats renseignent : pour les chercheurs, ils suggèrent en effet que « l’expérience consciente serait un phénomène discret, avec des îlots de contenu conscient temporellement distincts, séparés par de brèves périodes de vide mental ».

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