Sur le bout des langues. Nous sommes censés les éviter, mais nous les employons tous. Et il y a à cela de bonnes raisons
Publié le 03/03/2026 à 06:15

Il vous arrive de lancer un "bon appétit" avant de passer à table ? Il fut un temps où l'on aurait considéré que vous veniez d'employer un gros mot!
afp.com/Fred Dufour
Vous passez à table et vous lancez à votre petite famille un très sonore « Bon appétit » ? Sachez-le : il fut un temps où vous auriez été considéré comme un ostrogoth de la pire espèce. Et pour cause : du XVIIe au XIXe siècle environ, il s'agissait alors d'un gros mot ! La bonne société bannissait en effet à cette époque de la conversation la moindre allusion au corps. Evoquer "l’appétit" revenait donc à rappeler l’existence d’un tube digestif, autrement dit à ravaler l’être humain au rang d’un vulgaire animal.
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Cet exemple le montre : la notion de « gros mots » est totalement subjective et varie avec le temps. Au Moyen Age, dans une société profondément croyante, le juron suprême était évidemment rattaché à l’univers religieux. Toute allusion gouailleuse au Créateur équivalait, selon certains théologiens, à blesser physiquement le Christ ! Ce qui n’empêchait pas nos ancêtres, je vous rassure, de multiplier les "Bon Dieu", "Tonnerre de Dieu", et autres "Bonne mère", "doux Jésus" et "fils de David". Sans oublier les allusions à Belzébuth que sont "par Lucifer", "enfant de Satan", "que diable", etc.
C’est à mesure que l’Eglise catholique a perdu de sa toute-puissante que la référence au corps humain s’est imposée comme la plus inconvenante, comme on l’a vu pour « bon appétit ». Avec une prédilection, il fallait s’y attendre, pour ce qui ressort du domaine sexuel. La décence m’interdit de les citer tous, mais les gros mots, dans ce registre, sont innombrables, de « foutre » à « zob » en passant par « fiotte ou « roubignoles ».
Mais ici aussi, le temps a fait son œuvre. Aujourd’hui, « merde » ne choque pus grand monde, au point d’être parfois devenu synonyme de « bonne chance ». La matière fécale a même donné naissance à des émoticônes et… à des peluches (personnellement, non merci !). C’est qu’à notre époque, ce ne sont plus les références au sacré et à l’obscène qui choquent le plus, mais les injures racistes. Dans certaines universités des Etats-Unis (avant Donald Trump, en tout cas), il était ainsi interdit de demander à un étudiant de couleur « D’où êtes-vous ? » car on considérait que cela revenait à insister sur sa différence.
Quoi qu’il en soit, cette langue aussi souterraine que vivante offre une foule d’avantages, dont voici quelques illustrations. La décompression : qui, en se tapant sur les doigts au moment d’enfoncer un clou, n’a pas lâché un bien sonore « Mais quel con ! » ? La transgression : ah, quelle libération de pouvoir traiter son chef de service de « gros nul » le jour où l’on a trouvé un emploi ailleurs. Une promesse de vengeance : « Tu vas voir ta gueule à la récré ! ». Et même l’effet littéraire, comme l’a démontré Georges Brassens avec son fameux « Il s’en fallut de peu mon cher que cette putain ne fût ta mère » (voir la rubrique « A regarder »).
Comme je l’ai déjà expliqué dans d’autres articles, (voir la rubrique « Lire aussi »), prenez garde cependant à ne pas tout mélanger ! Un gros mot est un terme incorrect, indélicat, obscène, scatologique, vulgaire, qui offense la pudeur et transgresse les codes de la bienséance. Une injure est une parole qui s’adresse à quelqu’un en particulier pour le blesser. Un juron ne s’adresse à personne et surgit souvent quand on est seul. « Bite » et « couilles » sont des gros mots ; « salaud » et « connard » sont des injures, « mon Dieu » et « bordel de merde » sont des jurons.
Il va falloir que je vous le répète combien de fois, putain !!!
Sources :
Gros mots, petit dictionnaire des noms d’oiseau, par Gilles Guilleron. First Editions
Dieu à travers les mots et leur histoire, par Jean Pruvost, Editions Desclée de Brouwer.
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200 expressions wallonnes et bruxelloises à savourer, par Jean-Jacques de Gheyndt et Michel Francard. Editions Deboeksupérieur
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Souvent méprisées en France, les langues régionales font l’objet d’un grand intérêt dans les pays étrangers. Naoko Sano enseigne par exemple l’occitan au... Japon. Elle s’apprête d’ailleurs à passer un an à Toulouse pour rencontrer des locuteurs et des collègues.
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Aborder le thème de la prostitution dans une chanson en se plaçant du point de vue des prostituées n’est pas facile. Affirmer que ces femmes méritent compassion et respect non plus. Le grand Georges est parvenu à réaliser cet exploit. Son accompagnateur, Joël Favreau, a raconté qu’après un concert à Roubaix, en 1972, plusieurs dizaines de prostituées l’avaient longtemps attendu pour l’ovationner et le remercier de cette chanson.

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