Le grand flou de Donald Trump sur l’Iran : entre calendrier incertain et objectifs changeants

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Le président américain Donald Trump a cherché lundi 2 mars à justifier la vaste campagne militaire lancée contre l'Iran, offrant ses commentaires les plus détaillés depuis le début des frappes samedi. De retour à la Maison-Blanche après un week-end passé dans sa résidence en Floride, il a déclaré que les attaques aériennes menées par les États-Unis et Israël pourraient durer quatre à cinq semaines, mais pourraient se prolonger au-delà.

"Nous sommes déjà considérablement en avance sur nos prévisions", a-t-il dit dans ses premiers commentaires publics depuis le début du conflit, alors que plus d'un millier de cibles en Iran ont déjà été frappées et que le Guide suprême de la révolution iranienne, l'ayatollah Ali Khamenei, a été tué samedi, de même que d'autres hauts responsables à Téhéran. "Mais peu importe le temps que ça prendra, ça ira. [Nous ferons] tout ce qui est nécessaire", a-t-il ajouté. A ce jour, le président américain n'a toujours pas prononcé d'allocution télévisée à la nation, comme le veut la coutume pour une intervention militaire.

Une "menace intolérable" avancée pour justifier l’attaque

Une seule justification est rabâchée pour expliquer le choix de déclencher une guerre régionale au Moyen-Orient, qui déborde désormais jusqu’au cœur de Beyrouth, la capitale du Liban encore sous les bombes d’Israël ce mardi matin. Selon Donald Trump, l’offensive était nécessaire pour empêcher Téhéran de développer l'arme nucléaire et pour neutraliser le programme balistique iranien. "Un régime iranien armé de missiles à longue portée et d'armes nucléaires serait une menace intolérable pour le Proche-Orient, mais aussi pour le peuple américain", a déclaré lundi le locataire de la Maison-Blanche.

Plusieurs médias américains, s’appuyant sur des sources du renseignement, estiment cependant que cette menace a été exagérée par Donald Trump et ses généraux. "Une évaluation non classifiée de la Defense Intelligence Agency de 2025 indique que l’Iran pourrait développer un missile balistique intercontinental 'militairement viable' d’ici 2035 si Téhéran décidait de poursuivre cette capacité. Il n’existe aucune intelligence suggérant qu’il poursuit actuellement un programme de missile pour frapper les États-Unis", note ainsi la chaîne de télévision CNN.

A l’issue d’une troisième réunion de discussions diplomatiques avec Téhéran, Steve Witkoff, envoyé de Donald Trump, a déclaré jeudi dernier sur Fox News que l’Iran était "probablement à une semaine de posséder du matériel de fabrication de bombe de qualité industrielle". Six mois plus tôt pourtant, le président avait lui-même revendiqué avoir anéanti le programme nucléaire de l'Iran avec de puissants bombardements contre ses principaux sites. Le Pentagone quant à lui a reconnu après le début de l’offensive que l’Iran ne prévoyait pas d’attaquer, à moins qu'Israël ne frappe en premier.

Grand flou autour du changement de régime

Bien qu’aucun plan de guerre n’ait été détaillé par les Etats-Unis, certains objectifs ont été abordés par fragments dans des vidéos publiées sur les réseaux sociaux du président, ou évoqués à la volée lors d’interviews. Parmi eux, la volonté de libérer les Iraniens du joug du régime des mollahs qui leur fait vivre une répression sanglante. Lorsqu’il a annoncé samedi les frappes en Iran, Donald Trump a exhorté les Iraniens à "reprendre leur pays", laissant penser que le but était de faire chuter le régime de Téhéran. "C’est comme si nous allions casser toute la vaisselle et qu'ils devaient ensuite se débrouiller pour réparer les dégâts. Il semble que ce soit la stratégie" commente dans le Washington Post le sénateur démocrate Tim Kaine.

Selon le secrétaire à la Défense Pete Hegseth pourtant, il s’agit bien de "détruire la menace balistique et la marine iranienne", et non d’une "guerre de changement de régime", bien que le régime ait "quand même changé". Donald Trump a par ailleurs comparé la situation au Venezuela, où l’intervention américaine a permis de maintenir une partie de l’autorité locale tout en atteignant les objectifs stratégiques.

Quel que soit son but, cette offensive pourrait ne rien changer à la répression vécue par les Iraniens. Des sources du Washington Post indiquent qu’après étude de plusieurs scénarios pour le gouvernement post-Khamenei, la CIA a estimé que le Corps des Gardiens de la révolution islamique serait le mieux placé pour prendre le pouvoir, Les analystes occidentaux avertissent aussi que l’Iran pourrait connaître de longues périodes de conflits internes, impliquant chiites majoritaires et minorités kurdes et baloutches, compliquant toute tentative de stabilisation du pays, l’opposition iranienne, sans leader clair, ayant peu de chances d’assumer le contrôle.

Un calendrier incertain

Lors de ses dernières prises de parole, le président américain a fourni des indications variables sur la durée de l’opération : quatre semaines "ou moins" auprès du Daily Mail, quatre à cinq semaines auprès du New York Times, et éventuellement plus longtemps jusqu’à l’atteinte des objectifs. Dans une note adressée au Congrès et consultée par Politico, le républicain a précisé que l’ampleur et la durée des opérations restaient incertaines.

Pour Jon Alterman, spécialiste de la zone au Centre pour les études stratégiques et internationales, qui s’exprime auprès de Reuters, Donald Trump semble s'être volontairement gardé de définir le but ultime de la guerre. En juin, pour des frappes limitées sur les sites nucléaires iraniens, il avait prononcé une allocution solennelle avec ses responsables. Après la capture de Maduro en janvier, il avait tenu une conférence à Mar-a-Lago tandis que son administration multipliait les interventions télévisées. Cette fois, aucun haut responsable de l’administration Trump n’est apparu à la télévision, pour éviter des messages divergents et laisser le président être le principal porte-parole. Selon Reuters, des discussions restent en cours pour définir le discours officiel sur l’opération en Iran.

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