S’il n’a pas fait l’unanimité, Emmanuel Macron a su établir une sorte de consensus sur certains points, et même séduire les bords les plus extrêmes de l’éventail politique.
Le désormais célèbre «Nous sommes en guerre» n’a pas été prononcé, mais le décor était là. Un petit soldat napoléonien de plomb, un ouvrage du poète anti-impérialiste Pablo Neruda sur le bureau... Dans une allocution aux Français très attendue depuis le début de la guerre au Moyen-Orient samedi 28 février, le président de la République Emmanuel Macron a notamment annoncé le déploiement en mer Méditerranée du porte-avions Charles de Gaulle, ainsi que celui, près de Chypre, de la frégate Languedoc.
Le chef de l’État a aussi indiqué le déploiement «de systèmes de défense anti-aérienne», le rapatriement des ressortissants «les plus vulnérables» parmi les 400.000 Français présents dans les pays impactés par le conflit ou encore le renforcement du dispositif de protection militaire Sentinelle. Sans citer le nom du Guide suprême iranien Ali Khamenei - assassiné au premier jour de l’offensive israélo-americaine - le président a rappelé que «l’Histoire ne pleure jamais les bourreaux de leur peuple. Et aucun ne sera regretté.» Et s’il estime que les frappes des États-Unis et d’Israël ont «été conduites en dehors du droit international» - «ce que nous ne pouvons pas approuver» - il rejette néanmoins la responsabilité «première» sur l’Iran, qui a récemment tué plus de 30.000 Iraniens qui manifestaient contre le régime. Mais comment a réagi la classe politique aux annonces macroniennes ?
«Enfin renouer avec une politique de puissance»
Comme après le discours d’Emmanuel Macron depuis la base navale de l’Île Longue ce lundi, les figures de proue des différents partis nationalistes ont de nouveau fait preuve d’un certain alignement avec le président. La cheffe de file des députés RN à l’Assemblée Marine Le Pen a dit «n’avoir rien trouvé de choquant» dans les dernières annonces du chef de l’État. «Le président de la République a exprimé, et c’est tout à fait légitime, la nécessité de la défense des intérêts français qui passe par évidemment la protection de nos compatriotes, particulièrement nombreux en Israël et aux Émirats arabes unis notamment - et la défense de nos bases militaires», a-t-elle écrit ce matin sur X.
«Je soutiens l’annonce de la fourniture de dispositifs antimissiles et anti-drones à nos amis chypriotes. C’est l’honneur de la France», a quant à elle écrit l’eurodéputé Identité-Libertés Marion Maréchal dans une longue publication. Estimant que «la France et l’Europe doivent peser de tout leur poids en Méditerranée et au Levant», elle a indiqué que «les dirigeants européens doivent exister dans cette crise pour protéger leurs peuples». Et d’appeler à «enfin renouer avec une politique de puissance militaire, économique et civilisationnelle», car «subir ne peut devenir notre destin».
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Le respect des engagements internationaux «légitime»
De son côté, Jean-Luc Mélenchon a entamé sa réaction par une offensive : «Il est pénible d’entendre le Président français retirer toute responsabilité de la situation à Trump et Netanyahu». Mais de reconnaître, pour autant, que «le respect des engagements internationaux de notre pays, notamment avec Chypre, membre de l’Union européenne, est légitime». Le leader insoumis a toutefois soutenu que les actions de protection annoncées «ne peuvent d’aucune manière devenir des actions offensives, ni de parti pris à la stratégie de guerre d’Israël et des USA». Appelant au «cessez-le-feu immédiat», il a également proclamé qu’une aide au Liban contre son invasion est «une priorité». Toutes les réactions des principales figures insoumises (Manuel Bompard, Manon Aubry...) ont été rédigées sur le même modèle.
«La guerre des États-Unis et d’Israël n’est pas la nôtre», a rappelé en préambule de sa réaction l’écologiste Marine Tondelier. Elle affirme ne défendre «aucun camp» et condamne tout aussi fermement l’Iran, qui a «bafoué» le droit international par la poursuite de son programme nucléaire, et l’intervention militaire israélo-américaine. Elle a toutefois indiqué soutenir toutes les mesures annoncées par Emmanuel Macron qui vont dans le sens de la protection des ressortissants et des intérêts français.
«Macron ne peut pas décider seul»
Olivier Faure a affirmé sur X que «la protection de nos compatriotes, de nos alliés, le respect de nos engagements vis-à-vis de Chypre, l’intégrité territoriale du Liban ami, doivent être soutenus». Le socialiste a toutefois argué que de tels actes ne pouvaient conduire «à un soutien implicite à la guerre» menée par «Trump et Netanyaou (sic)». Et de conclure que l’urgence est «au retour du droit international et au refus d’une escalade régionale», et que le rôle de la France «est de fixer des repères clairs».
L’ancienne candidate à l’élection présidentielle Ségolène Royal, désormais présidente de l’association France-Algérie, s’est quant à elle indignée, dans une longue publication sur le réseau social d’Elon Musk, de «l’escalade annoncée (qui) ne correspond pas au rôle de la France». «Macron ne peut pas décider seul, sans débat parlementaire», a-t-elle affirmé. L’ancienne élue PS accuse par ailleurs les dirigeants français, britannique et allemand d’être «impopulaires» et de chercher à «redorer leur blason» avec des «postures militaires dangereuses». Et d’évoquer «les attentats terroristes comme celui du Bataclan (qui) ont été revendiqués comme riposte aux frappes décidées par des présidents français».

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