« Prévenir avant qu’il ne soit trop tard » : les dauphins du golfe de Gascogne ont perdu 7 ans d’espérance de vie

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Malgré les mesures de protection, la longévité des dauphins communs décline dangereusement dans le golfe de Gascogne. « Nous ne trouvons plus un seul individu âgé de plus de 17 ans, contre 24 ans en 1997 », résume Matthieu Authier, ingénieur de recherche auprès de l’observatoire Pelagis de La Rochelle (Charente-Maritime).

Une mauvaise nouvelle qui tombe alors que vient de s’achever (le 20 février) la période pendant laquelle la France interdit durant un mois la pêche à 300 bateaux de plus de 8 mètres, quand les risques de captures accidentelles sont maximaux. La mesure, qui remonte à 2024, avait été mise en œuvre pour cette année le 22 janvier.

Dédié à l’étude des oiseaux et mammifères marins, l’observatoire Pelagis est une unité mixte de l’Université de La Rochelle et du CNRS qui a reçu pour mission de quantifier la viabilité des populations de petits cétacés au cours des 20 dernières années. Les résultats de son étude ont été publiés dans la revue internationale « Conservation Letters » et se révèlent pour le moins préoccupants.

« En moins de deux décennies », les femelles étudiées auraient ainsi perdu sept années d’espérance de vie. « Or, ces femelles ne donnent naissance qu’à un seul petit tous les deux à trois ans, et commencent à se reproduire vers l’âge de 7 ans », souligne Matthieu Authier, l’un des coauteurs de l’étude étude.

La Rochelle (Charente-Maritime), le 01/02/2023. Autopsie d'un dauphin commun à l'observatoire Pelagis. LP/Fabien Paillot

La Rochelle (Charente-Maritime), le 01/02/2023. Autopsie d'un dauphin commun à l'observatoire Pelagis. LP/Fabien Paillot

Cette « une perte de viabilité incompatible est avec les objectifs de préservation » de cette espèce, alertent les scientifiques. La « mortalité accrue » est selon eux directement liée aux « activités humaines en mer ». En France métropolitaine, 1 782 petits cétacés morts ont été découverts sur les côtes en 2024 (derniers chiffres disponibles) contre 2 449 recensés en 2023. La plupart portaient les traces d’une capture accidentelle par des engins de pêche.

Tous les dauphins morts ne s’échouent pas sur les côtes

Ces échouages de carcasses constituent la partie visible de l’iceberg : beaucoup d’autres coulent au large et ne peuvent donc être comptabilisées. Cette « pression » sur les dauphins communs est encore compensée dans le golfe de Gascogne par « une migration venue du large, et notamment de l’Atlantique nord-est » et donne selon l’étude l’illusion d’effectifs plus ou moins stables. « Mais cette population de dauphins est peu résiliente. Il vaut mieux prévenir avant qu’il ne soit trop tard », insiste Matthieu Authier.

Il cite l’exemple du « vaquita », autrement appelé marsouin du golfe de Californie : cette espèce endémique se trouve en danger critique d’extinction. « Le temps que l’on constate son déclin, on est passé de 5 000 à 500 individus… Aujourd’hui, il n’en reste plus qu’une dizaine », rappelle le scientifique rochelais.

Pour déterminer l’âge des femelles échouées, l’observatoire Pelagis a travaillé sur leurs dents. Un travail extrêmement « chronophage », explique l’ingénieur d’études Willy Dabin. « Comme les arbres, les dents grandissent tout au long de la vie. Des stries apparaissent chaque année sur la dentine interne, un tissu », décrypte-t-il. Ces stries, « de l’ordre du millimètre », peuvent être comptées au microscope par deux « lecteurs indépendants ».

Les résultats sont ensuite confrontés pour valider un écart inférieur à une année. En respectant un protocole international exigeant, les scientifiques rochelais espèrent contribuer à la conservation des dauphins tout en la conjuguant avec « le développement durable des activités humaines, dont la pêche ».

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